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jeudi 26 février 2026

11.40 - MON AVIS SUR LE FILM AMELIE ET LA METAPHYSIQUE DES TUBES DE MIALYS VALADE ET LIANE CHI AN (2025)

 


Mon avis sur le Film Amélie et la Métaphysique des Tubes de Mialys Valade et Liane Cho An (2025Film d’Anination Franco/Belge 

Amélie est une petite fille belge née au Japon. Grâce à Nishio san, sa nounou, le monde n’est qu’aventures et découvertes ! Mais le jour de ses trois ans, un événement change le cours de sa vie. Car à cet âge-là pour Amélie, tout est joué, le bonheur comme la tragédie... 

Adapter Métaphysique des tubes de Amélie Nothomb n’avait rien d’une évidence. Le roman est intérieur, philosophique, presque immobile par moments. Et pourtant, le film trouve un mouvement, une respiration, une chair. Quand on connaît un peu l’autrice, pas surprenant que ses personnages soient ballotés entre les pays, les langues, les identités. Ici, la petite Amélie vit au Japon avec sa famille belge, et lorsque vient le temps du retour en Belgique, c’est un arrachement. Elle est japonaise, dans son cœur, dans ses jeux, dans ses amitiés. Ses copains sont japonais. Le reste n’est qu’un exil. 

Pas de Stupeur et tremblements ici — autre roman de Nothomb — mais une clarté métaphysique. Le monde est vu à hauteur d’enfant, mais avec une acuité redoutable. L’histoire est simple en apparence : une petite fille qui observe, qui ressent, qui découvre la vie, puis qui doit quitter son paradis intime. Mais derrière cette simplicité se cache une réflexion sur l’identité, la mémoire et l’héritage des origines. Être d’un pays, est-ce y naître, y grandir, ou l’aimer viscéralement ? 

Le choix de l’animation adoucit le propos sans l’édulcorer. C’est même l’inverse : le dessin permet d’entrer dans l’abstraction avec délicatesse. Des couleurs pastel, des décors minimalistes mais parlants, une stylisation qui ne surcharge jamais le cadre. Chaque plan semble respirer. La mise en scène est fluide, élégante, jamais démonstrative. On sent la main sûre des réalisatrices : elles ne forcent rien, elles accompagnent. 

Le scénario respecte l’esprit du livre tout en lui donnant une narration plus incarnée. Les scènes de vie sont délicieuses : un repas, un jeu, un regard échangé. Ce sont ces petites choses qui construisent un monde. Le pont entre la Belgique et le Japon est traité avec finesse, sans folklore appuyé. Juste des gestes, des silences, des habitudes différentes. Deux cultures qui se frôlent. 

Les voix apportent beaucoup à l’émotion. Le casting vocal, tout en retenue, évite le surjeu souvent tentant dans l’animation. La petite Amélie est vive, grave parfois, déjà philosophe. Les parents existent sans écraser. Chacun trouve sa place, avec pudeur. 

Ce qui me touche particulièrement, c’est cette idée du déracinement vécu comme une injustice intime. Pour les adultes, ce n’est qu’un déménagement. Pour elle, c’est la fin du monde. Et le film réussit à nous faire ressentir cette catastrophe à hauteur d’enfant. C’est là sa grande réussite. 

Visuellement, certaines séquences frôlent la poésie pure : un jardin, une lumière d’été, un silence suspendu. On est dans l’épure, mais une épure habitée. Rien n’est gratuit. Tout sert le récit. 

Depuis son Prix du Public au Festival d’Annecy, le film poursuit un joli parcours de nominations (BaftasCésarOscars) , preuve qu’il touche large sans perdre sa singularité. Et c’est mérité. 

Joli film, oui. Magnifique même, par moments. Juste et fin. Un film pour tous, mais surtout pour les petites filles — et pour les anciens enfants que nous sommes encore un peu. Un héritage des origines, porté avec grâce.

NOTE : 11.40

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Maïlys Vallade et Liane-Cho Han
  • Scénario : Liane-Cho Han, Aude Py, Maïlys Vallade et Eddine Noël, d'après le roman Métaphysique des tubes d'Amélie Nothomb
  • Musique : Mari Fukuhara
  • Direction artistique : Eddine Noël
  • Création graphique : Eddine Noël, Liane-Cho Han, Rémi Chayé, Justine Thibault, Marietta Ren, Maïlys Vallade, Marion Roussel et Simon Dumonceau
  • Design des personnages : Marietta Ren, Maïlys Vallade et Marion Roussel
  • Décors : Eddine Noël
  • Montage : Ludovic Versace
  • Production : Nidia Santiago, Henri Magalon, Edwina Liard, Claire La Combe[3]
  • Société de production : Ikki Films, Maybe Movies, Puffin Pictures, 2 MinutesFrance 3, en association avec 3 SOFICA
  • Société de distribution : Haut et Court
  • Budget : 8,1 millions d'euros

DISTRIBUTION (VOIX)


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