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mardi 17 février 2026

12.40 - MON AVIS SUR LE FILM RAQQA DE GERARDO HERRERO (2024)

 


Vu le Film Raqqa de Gerardo Herrero (2024) avec Álvaro MorteMina El HammaniAbdelatif Hwidar  Cristina Covani Ben Temple Deborah François 

 

En 2014, dans les rues dangereuses de Raqqa, l'espion international Haibala tente de traquer El Jordano, l'un des chefs les plus recherchés de l'État islamique. Mais il n'est pas le seul à s'infiltrer en Syrie : Malika, une infirmière de Ceuta travaillant pour Europol, est arrivée dans la ville pour la même raison. Témoins d'exécutions sommaires, d'esclavage de femmes et de bombardements, Haibala et Malika tenteront chacun d'atteindre leur objectif : localiser et livrer le chef de l'organisation fondamentaliste pour précipiter la chute de l'État islamique. 

Avec Raqqa, Gerardo Herrero signe un thriller d’espionnage tendu, sec, presque minéral. Le titre renvoie évidemment à la ville syrienne devenue capitale autoproclamée de l’État islamique, et le film nous plonge dans une mission d’infiltration à haut risque : Haibala, agent secret, doit s’introduire dans un réseau islamiste pour approcher l’un de ses chefs et permettre son arrestation. Comme dans les grands films de la guerre froide, l’ennemi est partout, invisible, et l’arme principale reste la patience. 

L’histoire suit donc Haibala dans un univers où chaque mot peut trahir, chaque regard peut condamner. Sous le sable et le soleil brûlant, la tension ne retombe jamais. On pense aux classiques du film d’espionnage où l’action importe moins que l’attente, où la paranoïa devient une seconde peau. Ici, pas d’explosions spectaculaires à répétition, mais une progression étouffante, presque documentaire dans son approche des réseaux clandestins. 

Le scénario est prenant, même s’il use de quelques raccourcis gênants. Certaines transitions semblent facilitées, certaines coïncidences un peu trop providentielles. Mais le cœur dramatique fonctionne : on tremble pour notre héros du jour, conscient qu’une telle mission, dans la réalité, ne laisse personne indemne. Réalité ou imagination, le film joue sur cette frontière, et c’est ce qui le rend passionnant. 

La mise en scène de Herrero privilégie une sobriété efficace. Pas d’esbroufe stylistique, mais un sens du rythme et de l’espace. Le désert n’est pas qu’un décor : il devient un personnage, hostile, écrasant, presque abstrait. Les intérieurs, eux, sont filmés comme des pièges. Cette opposition renforce l’idée que l’infiltration est un enfermement progressif. 

Le traitement des femmes mérite qu’on s’y arrête. Elles sont montrées comme esclaves, victimes d’un système brutal. Le réalisateur surligne cette réalité sans véritablement insister, comme s’il refusait le voyeurisme. On peut regretter que cet aspect ne soit pas davantage développé, tant il constitue un élément central de l’idéologie combattue. Mais ce choix de retenue évite aussi le sensationnalisme. 

Les acteurs portent le film. L’interprète de Haibala compose un personnage tout en tension contenue, visage fermé, regard inquiet mais déterminé. Il incarne bien cette ambiguïté permanente de l’agent infiltré, obligé de jouer un rôle au péril de sa vie. Les seconds rôles, notamment les figures du réseau islamiste, évitent la caricature purement démoniaque, ce qui rend l’ensemble plus crédible et plus inquiétant. 

Il n’est jamais simple de faire un film sur les talibans ou sur l’univers djihadiste sans tomber dans le manichéisme ou la simplification. Herrero tente un équilibre : montrer la brutalité du système tout en gardant le cap du thriller. La petite note d’optimisme finale nous rappelle que nous sommes au cinéma, que l’on peut encore enjoliver les choses. Dans la vraie vie, une mission de ce type laisse des cicatrices invisibles. 

Au finalRaqqa est un film correct, solide, parfois imparfait, mais habité par une tension constante. Un thriller d’espionnage à l’ancienne, transposé sous un soleil implacable. On en sort secoué, pas totalement dupe, mais conscient d’avoir traversé un territoire dangereux — et c’est déjà beaucoup. 

NOTE : 12.40

FICHE TECHNIQUE

Directed byGerardo Herrero
Screenplay byIrene Zoe Alameda
Based onVirgins and Executioners
by Tomás Bárbulo
Produced by
  • Mariela Besuievsky
  • Gerardo Herrero
Starring
CinematographyJuan Carlos Gómez
Edited byClara Martínez Malagelada
Music byPaula Olaz
Production
companies
  • Tornasol Media
  • Malika y el Saharaui AIE
  • Angle Production
Distributed byDeAPlaneta (es)


DISTRIBUTION

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