Vu le Film La Grazia de Paolo Sorrentino (2026) avec Toni Servillo Anna Ferzetti Orlando Cinque Massimo Ventunello Milvia Marigiano Giuseppe Gaiano Giovanna Guida
Le président de la République italienne Mariano De Santis est désormais âgé et arrive au terme de son mandat. Veuf, ancien juriste et profondément catholique, il sera confronté à deux derniers dilemmes : accorder la grâce à deux personnes qui ont commis un meurtre dans des circonstances pouvant être considérées comme atténuantes et promulguer la loi sur l'euthanasie
Avec La Grazia, Paolo Sorrentino poursuit son exploration des palais du pouvoir italien, après les fresques baroques de Il Divo ou la mélancolie romaine de La grande bellezza. Mais ici, le tumulte laisse place à un quasi-silence.
L’histoire est simple, presque minimale : Mariano De Santis, Président de la République italienne en fin de mandat, vit ses derniers jours dans le palais présidentiel. En Italie, la fonction est plus arbitrale que toute-puissante : ratifier les lois, représenter l’unité nationale, accorder la grâce. Deux dossiers s’imposent à lui. Deux condamnés qu’il estime innocents et qu’il pourrait gracier. Et une loi sur l’euthanasie, votée par le Parlement, qu’il doit signer — dilemme intime pour ce catholique convaincu. Tout est là. Et presque rien ne bouge.
Le film tient sur cette attente. Deux heures de déambulation dans les couloirs dorés, sous les plafonds chargés d’histoire. Les ors de la République sont moins des instruments du pouvoir que des miroirs d’ego. Bibliothèques majestueuses, cours intérieures, hauteurs d’où l’on fume en regardant Rome : visuellement, c’est somptueux. Pour le spectateur, c’est beau à regarder. Indéniablement. Mais la beauté suffit-elle ?
Sorrentino filme l’ennui du pouvoir avec une lenteur assumée. Le Président s’ennuie. Nous aussi, parfois. Il erre, il fume, il pense. Les couloirs deviennent des labyrinthes mentaux. On regarde notre montre, puis la sortie, parce qu’il ne se passe — en apparence — rien. Ni explosion politique, ni révélation fracassante. Le film est contemplatif, mais pas toujours habité.
Le scénario épouse cette vacuité : peu d’événements, peu de confrontation directe. Les enjeux — la grâce présidentielle, la loi sur l’euthanasie — restent souvent à l’état d’idées, plus que de véritables scènes dramatiques. On aurait aimé que le conflit moral soit plus incarné, plus tendu, moins suspendu dans l’air feutré des salons officiels.
En revanche, côté interprétation, le film repose presque entièrement sur Toni Servillo. Présent dans pratiquement toutes les scènes, il compose un Président fatigué, ironique, intériorisé. Son visage suffit à raconter les hésitations, la lassitude, le poids de la décision. Servillo ne joue pas le pouvoir, il joue son usure. Il habite chaque silence, chaque bouffée de cigarette, chaque regard perdu dans les fresques. Sans lui, le film se dissoudrait probablement dans sa propre lenteur.
Autour de lui, les seconds rôles gravitent avec retenue : conseillers, collaborateurs, figures institutionnelles. Personne ne cherche à voler la scène. Tout est calibré pour maintenir cette atmosphère de fin de règne suspendue.
La mise en scène reste fidèle à Sorrentino : cadres millimétrés, mouvements de caméra élégants, goût pour la composition picturale. Mais là où ses films précédents pulsaient d’une énergie baroque, La Grazia semble volontairement épuré, presque vidé. Comme si le cinéaste avait voulu filmer non plus l’excès du pouvoir, mais son vide.
Moi aui aime son œil acéré sur la politique italienne,je retrouve ici le décor, la critique feutrée, l’ironie discrète. Mais l’acidité s’est atténuée. Il reste la contemplation, pas forcément la morsure. Oui, c’est deux heures de déambulation. Oui, on admire. Oui, on s’impatiente.
Au fond, le film ressemble à son personnage principal : digne, élégant, conscient de son importance… et légèrement en retrait du monde réel. Reste alors à regarder et admirer le travail d’acteur de Toni Servillo, pratiquement de toutes les scènes — et à se demander si, parfois, la grâce ne tient pas seulement à celui qui l’incarne.
NOTE : 12.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation et scénario : Paolo Sorrentino
- Costumes : Carlo Poggioli (it)
- Photographie : Daria D'Antonio
- Montage : Cristiano Travaglioli (it)
- Société de distribution : Pathé Films
- Toni Servillo : Mariano De Santis
- Anna Ferzetti : Dorotea De Santis
- Orlando Cinque (it) : colonel Massimo Labaro
- Massimo Venturiello (it) : Ugo Romani
- Milvia Marigliano (it) : Coco Valori
- Giuseppe Gaiani : Lanfranco Mare
- Giovanna Guida : Valeria Cafiero
- Alessia Giuliani (it) : Maria Gallo
- Roberto Zibetti (it) : Domenico Samaritano
- Linda Messerklinger : Isa Rocca
- Vasco Mirandola : Cristiano Arpa
- Rufin Doh Zeyenouin (it) : Le Pape
- Francesco Martino (it) : Riccardo De Santis
- Alexandra Gottschlich (de) : L'ambassadrice lituanienne
- Guè : lui-même

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