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dimanche 15 février 2026

5.10 - MOI QUI T'AIMAIS DE DIANE KURYS (2025)


 Vu le Film Moi qui t’Aimais de Diane Kurys (2025) avec Roschdy Zem Marina Fois Raphaelle Rousseau Vincent Colmobe Sébastien Pouderoux Thierry de Peretti Pauline Cassan Leonor Obessan 

Elle l'aimait plus que tout, il l'aimait plus que toutes les autres. Simone Signoret et Yves Montand étaient le couple le plus célèbre de leur temps. Hantée par la liaison de son mari avec Marilyn Monroe et meurtrie par toutes celles qui ont suivi, Signoret a toujours refusé le rôle de victime. 

Pourquoi cette manie actuelle de vouloir faire des biopics à la chaîne, plus ou moins complets, plus ou moins documentés, sur des légendes de la chanson et du cinéma, sans réellement respecter ni les artistes ni leur histoire ? À vouloir cocher des cases contemporaines, on finit parfois par perdre l’essentiel : la vérité humaine et artistique de ceux qu’on prétend célébrer. Et le public, lui, ne s’y trompe pas. 

Diane Kurys choisit de raconter l’histoire d’amour et de fractures entre Simone Signoret et Yves Montand. Sur le papier, le sujet est en or : deux monstres sacrés, deux tempéraments, deux engagements politiques forts, une époque brûlante – des planches aux plateaux hollywoodiens, des amours passionnées aux désillusions publiques. Il y avait matière à un grand film romanesque et tragique. 

Mais dès le casting, quelque chose coince. Montand, né Ivo Livi, d’origine italienne, est incarné par Roschdy Zem, acteur d’origine marocaine. Cherchez l’erreur. On aime Roschdy Zem, souvent juste, souvent intense. Mais ici, malgré tous ses efforts, il boit le bouillon. Il n’a ni la gestuelle, ni la musicalité, ni cette arrogance charmeuse et solaire qui faisaient de Montand un séducteur-né. Le mimétisme ne fait pas tout, mais l’absence totale de ressemblance physique et d’énergie scénique finit par sortir le spectateur du film. 

Quant à Simone Signoret, femme imposante, regard dense, voix grave immédiatement reconnaissable, elle est incarnée par Marina Foïs. Actrice talentueuse, certes, mais fluette, avec un timbre très identifiable… et qui n’a rien à voir avec celui de Signoret. On la grime, on la maquille, on force les traits, mais le corps et la voix trahissent constamment le personnage. Pourquoi tant d’efforts pour transformer Marina Foïs quand, en face, l’acteur incarnant Montand ne ressemble en rien à son modèle ? L’incohérence affaiblit tout l’édifice. 

La mise en scène, elle, reste sage, presque académique. On enchaîne les tableaux, les époques, les figures célèbres – Trintignant, Allégret, Sautet, Périer, Reggiani, Corneau – comme un défilé de silhouettes sans âme ni intention comme avec le film Nouvelle Vague. Ils passent à l’écran comme des noms qu’on coche dans un manuel d’histoire du cinéma français. On ne sent ni la fièvre artistique ni les tensions créatives de cette génération. 

Le scénario choisit un angle réducteur : Signoret l’alcoolique, Montand le hâbleur, beau parleur et dragueur compulsif. Oui, ces aspects ont existé. Mais les réduire à cela, c’est passer à côté de leurs engagements politiques, de leur complexité morale, de leurs contradictions intimes, de leur place majeure dans la culture française et internationale. Ils méritaient plus qu’un résumé psychologique un peu appuyé. 

Montrer la vraie cérémonie des Oscars avec la véritable Simone Signoret – immense, magnétique, unique – et revenir ensuite à une incarnation qui ne lui ressemble en rien est une faute de mise en scène. La comparaison est fatale. Le cinéma est un art d’illusion ; encore faut-il que l’illusion tienne. 

On pense aux biopics réussis sur Bob Dylan ou les Doors : qu’ils prennent des libertés, oui, mais ils captent une énergie, une époque, une vibration. Ici, tout semble appliqué mais jamais habité. Le film raconte une histoire sans parvenir à la faire vivre. 

Les feuilles mortes se ramassent… ce film aussi. À vouloir raconter des légendes sans en comprendre la grandeur, on fabrique des œuvres qui glissent sur leur sujet. Moi qui t’aimais avait un titre magnifique. Il lui manque la passion et la vérité qu’il promettait. 

NOTE : 5.10

FICHE TECHNIQUE


  • Réalisation : Diane Kurys
  • Scénario : Diane Kurys et Martine Moriconi, en collaboration avec Sacha Sperling
  • Musique : Philippe Sarde
  • Direction artistique : Maxime Rebière
  • Décors : Tony Egry
  • Costumes : Thierry Delettre
  • Photographie : Philippe Rousselot
  • Son : Ahmed Maalaoui, Emmanuel Augeard et Christian Fontaine
  • Montage : Manuel De Sousa
  • Production : Diane Kurys
  • Sociétés de production : New Light Films, en coproduction avec Alexandre Films et France 2 Cinéma, ainsi que La Compagnie Cinématographique et Panache Productions
  • Sociétés de distribution : Pan Distribution (France) ; Adok Films (Suisse romande), Anga Productions (Belgique)
  • Budget : 6 millions d'euro

DISTRIBUTION

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