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vendredi 20 février 2026

12.90 - LA FOLLE HISTOIRE DE ROXIE HART DE WILLIAM A.WELLMAN (1942)

 


 Vu le Film La Folle Histoire de Roxie Hart de William A.Wellman (1942) avec Ginger Rogers George Montgommery Adolphe Menjou Lynne Overman Nigel Bruce Sara Allgood Phil Silvers h2L7NE rEYNOLDS 

Dans un bar, un journaliste relate à son nouveau partenaire, un débutant, une affaire policière vieille de quinze ans qui l'a marquée : l'histoire de Roxie Hart. Flash back et retour dans le Chicago de 1927. Pendant son absence, un meurtre est commis dans l'appartement de Roxie, une danseuse de vaudeville, peu raffinée. Le coupable est en réalité son mari, lequel est rapidement arrêté par la police. 

Vu La Folle Histoire de Roxie Hart (1942) de William A. Wellman, j’ai enfin découvert le film d’origine qui donnera bien plus tard Chicago de Rob Marshall. La curiosité était trop forte, et je dois dire que le voyage en valait la peine. Décidément, mon William A. Wellman aura exploré tous les genres, et ici il s’essaie avec une belle audace à la comédie satirique teintée de musical. Il est tout de même à l’origine, avec A Star Is Born, de deux œuvres qui deviendront parmi les comédies musicales les plus jouées sur scène et au cinéma — ce n’est pas rien. 

L’histoire est déjà là dans toute sa modernité : Roxie Hart, petite ambitieuse fascinée par la célébrité, se retrouve mêlée à un meurtre et comprend très vite que son procès peut devenir un formidable tremplin médiatique. La justice devient spectacle, le tribunal une scène, la presse un chef d’orchestre. Le principe et la trame sont exactement ceux que l’on retrouvera plus tard dans Chicago : manipulation des médias, fabrication d’une star à partir d’un scandale, fascination du public pour le sensationnel. Seul le livret musical change réellement. Là où le film de Marshall assume pleinement la comédie musicale spectaculaire, ici on est plus proche du burlesque hérité du muet, avec une énergie excentrique, des numéros enjoués et des claquettes qui surgissent comme des clins d’œil au vaudeville. 

La mise en scène de Wellman est menée de main de maître. Il impose un rythme vif, nerveux, presque insolent. On sent l’influence du cinéma muet dans la précision des gestes, l’exagération savoureuse des attitudes, le tempo des situations comiques. Rien ne traîne, tout fuse. Wellman ne filme pas seulement une satire judiciaire, il orchestre un véritable ballet de l’absurde où chacun joue sa partition avec gourmandise. 

Le film repose évidemment sur les épaules de la formidable Ginger Rogers. On connaît ses talents de danseuse, mais ici elle révèle pleinement ses qualités de comédienne comique. Elle a le rythme, le sens du timing, la vivacité du regard. Elle peut passer de la fausse ingénuité à la manipulation assumée en une fraction de seconde. Elle a ce ressort comique, cette énergie qui me fait penser à Lucille Ball : une capacité à faire exister le burlesque tout en restant profondément humaine. Roxie n’est jamais une simple caricature, elle est à la fois naïve, opportuniste et lucide sur le pouvoir de son image. 

Autour d’elle, le casting soutient parfaitement la mécanique. Le journaliste prêt à exploiter l’affaire, l’avocat qui transforme le procès en numéro de scène, tout ce petit monde gravite autour de Roxie comme des satellites attirés par la lumière médiatique. Le scénario est acéré, drôle, mais aussi mordant dans sa critique de la presse et du goût du public pour le scandale. Déjà en 1942, Wellman pointe du doigt la fabrication artificielle des idoles. 

Alors oui, la comparaison avec Chicago vient naturellement. Les mentalités ont évolué, la forme musicale est plus flamboyante dans la version moderne, mais la colonne vertébrale est identique. Ce qui change, c’est le degré d’ironie et le style du spectacle. Ici, l’enjouement prime, la satire passe par le burlesque et la vivacité. 

En tout cas, je suis content d’avoir enfin vu ce film. C’est fascinant de découvrir la matrice d’une œuvre devenue culte, et de constater que Wellman, encore une fois, avait une longueur d’avance. Une comédie vive, intelligente, portée par une Ginger Rogers éblouissante, et un réalisateur qui prouve qu’il savait décidément tout faire. 

NOTE : 12.90

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DISTRIBUTION

Acteurs non crédités :


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