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samedi 28 février 2026

13.40 - MON AVIS SUR LE FILM PHASE IV DE SAUL BASS (1974)


 Vu le film Phase IV de Saul  Bass (1974) avec Nigel Davenport Michael Murphy Lynne Frederick Alan Gifford Robert Henderson 

Ernest D. Hubbs, scientifique issu d'une grande université, découvre que le cosmos influence certaines espèces de fourmis, en Arizona Celles-ci s'unissent, éliminent leurs prédateurs et construisent des structures inhabituelles. Elles semblent douées d'intelligence et de stratégie. Hubbs s'associe avec son collègue James Lesko pour en faire une étude plus poussée. Ils font évacuer la région, construisent un laboratoire de pointe et commencent à étudier le comportement des fourmis. Le lendemain de l'installation du laboratoire, celles-ci l'attaquent, mais Lesko diffuse un poison jaune qui tue toutes les assaillantes 

C’est un cas unique dans l’histoire du cinéma : l’unique long métrage réalisé par Saul Bass, immense designer graphique à qui l’on doit des génériques mythiques comme celui de West Side Story. Et pour son seul film, il choisit les fourmis. Pas des monstres géants. Pas d’invasion spectaculaire. Non. Des fourmis. 

Phase IV part d’un postulat simple et vertigineux : après un événement cosmique inexpliqué, les fourmis développent une intelligence collective supérieure et commencent à défier l’humanité. Dans le désert de l’Arizona, deux scientifiques s’isolent dans une station expérimentale pour comprendre le phénomène : Ernest Hubbs (interprété par Nigel Davenport), rationnel, méthodique, presque froid ; et James Lesko (Michael Murphy), plus intuitif, plus inquiet face à ce qu’ils observent. À leurs côtés, une jeune femme rescapée, Kendra (Lynne Frederick), introduit une fragilité humaine dans ce huis clos scientifique. 

Ce n’est pas un film d’attaque animale classique. C’est un film d’observation. Chirurgical. Bass nous entraîne au plus près des fourmilières, dans leurs galeries, dans leur organisation presque militaire. Pas d’images de synthèse — évidemment — mais une caméra macro fascinante qui transforme la terre en jungle et la fourmilière en cité futuriste. On ne regarde plus des insectes : on observe une civilisation. 

Et si ces petites bêtes étaient aussi grandes que nous ? Indiscutablement, on ne serait plus grand-chose. 

Le scénario joue sur l’intelligence plutôt que sur le spectaculaire. Les fourmis ne foncent pas. Elles analysent. Elles testent. Elles apprennent. Elles communiquent par symboles géométriques, comme si Bass, le graphiste, dialoguait directement avec elles. Le conflit devient alors intellectuel : qui s’adaptera le plus vite ? 

Nigel Davenport impose une autorité sèche, presque arrogante. Il croit encore à la suprématie humaine. Michael Murphy, lui, laisse filtrer le doute, et c’est là que le film bascule : la peur n’est pas dans les cris, elle est dans la prise de conscience. Lynne Frederick incarne une humanité prise en étau entre science et instinct. 

Film terrifiant, oui. Stressant, assurément. Mais surtout cérébral. On est loin du “game” spectaculaire façon blockbuster. Ici, pas d’explosion gratuite. Le danger est minuscule, méthodique, organisé. Comme une pensée qui progresse. 

Étonnamment, Bass n’a même pas eu le droit de concevoir son propre générique — ironie presque cruelle pour celui qui en a redéfini les codes. Les producteurs ont préféré un spécialiste plus ancré dans l’horreur classique. Comme si on refusait au maître graphiste de signer son œuvre jusqu’au bout. 

Mais le film, lui, porte sa signature dans chaque cadre. Les lignes, les formes, les compositions géométriques, tout respire le designer devenu cinéaste. 

Et au fond, la question reste : être cigale ou fourmi ? Pendant que nous profitons de la vie, distraits, persuadés d’être au sommet, d’autres espèces perfectionnent leur organisation. Les chats n’ont peut-être pas dit leur dernier mot… mais les fourmis, elles, n’ont jamais cessé de travailler. 

Phase IV est un objet rare. Un film d’anticipation minimaliste, presque expérimental, qui regarde l’humanité avec la distance d’un insecte. Et franchement, vu d’en bas, on n’a pas l’air si impressionnant. 

NOTE : 13.40

FICHE TECHINIQUE


DISTRIBUTION

 

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