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jeudi 5 février 2026

6.10 - MON AVIS SUR LE FILM CALMOS DE BERTRAND BLIER (1976)

 


Vu le film Calmos de Bertrand Blier (1976) avec Jean Rochefort Jean Pierre Marielle Bernard Blier Brigitte Fossey Claude Piéplu rard Jugnot Sylvie Joly Claudine Beccarie Dora Doll Pierre Bertin 

(Scène de cuisine au début du film dans un Relais château) 

 

Le gynécologue Paul Dufour (Jean-Pierre Marielle) et son ami Albert dont le patronyme n'est pas révélé (Jean Rochefort) se rendent compte combien ils se sentent harcelés et exténués par les femmes. Le duo abandonne tout pour partir vivre dans un village perdu, pour retrouver la forme, pour couler une vie à la fois simple partageant ivresse, pensées philosophiques éthérées, rigolades et franche camaraderie. 

Calmos de Bertrand Blier est typiquement le genre de film qui divise, hérisse, irrite, et parfois amuse, mais surtout qui laisse un goût de malaise persistant. Un objet cinématographique non identifié, presque un nanar cosmique, où Blier, fidèle à sa mission autoproclamée de provocateur, semble ici avoir confondu transgression et provocation gratuite. 

Nous sommes au milieu des années 70, époque charnière où le cinéma français explore sans retenue le sexe, la provocation et le scandale. Le public masculin, souvent marié, se presse alors pour voir EmmanuelleLes Valseuses, ou les premiers films X projetés à visage découvert. Calmos s’inscrit clairement dans ce contexte mercantile : attirer le spectateur par le fantasme, le racolage, et une promesse de liberté sexuelle, quitte à sacrifier toute finesse. 

Le film repose sur un postulat volontairement excessif : un monde où les femmes sont réduites à des chipies hurlantes, envahissantes, hystériques, et prédatrices, tandis que les hommes fuient pour retrouver un fantasme de paix virile. Blier force le trait, mais à force de grossir le caricatural, il finit par sombrer dans une vision machiste et ouvertement antiféministe, qui ne laisse plus vraiment de place au second degré. 

La mise en scène accentue ce malaise. Blier filme le corps féminin non pas comme un sujet, mais comme un objet, souvent réduit à un argument commercial. Certaines scènes, que l’on peut difficilement qualifier autrement que de pornographiques, plombent le film et cassent tout élan comique ou satirique. Là où la provocation aurait pu être intelligente, elle devient lourde, vulgaire, presque embarrassante. 

Et pourtant… tout n’est pas à jeter. 

La première partie du film fonctionne étonnamment bien. Grâce à l’écriture des dialogues et surtout au trio Marielle / Rochefort / Blier, on se délecte de ces fameuses répliques chocs, absurdes, grinçantes, parfois drôles malgré tout. Jean-Pierre Marielle, immense acteur, apporte son art du verbe et de la démesure, tandis que Jean Rochefort impose sa nonchalance ironique, sauvant plusieurs scènes à lui seul. Ce duo, par son charisme et son intelligence de jeu, empêche littéralement qu’on éteigne le film. 

C’est d’ailleurs là que réside le principal intérêt de Calmos : dans ses acteurs. Sans eux, le film serait probablement irregardable. Leur présence donne l’illusion d’une satire maîtrisée, même si le scénario finit par s’effondrer sous le poids de ses propres excès. 

Le problème vient surtout de l’intention. Calmos tente clairement de contrer la vague féministe née dans les années 60, en la tournant en dérision par l’humour et l’outrance. Mais là où Blier croit attaquer une idéologie, il finit par attaquer les femmes elles-mêmes. La satire se brouille, le propos devient confus, et l’humour se transforme en règlement de comptes mal dégrossi. 

Le scénario, découpé en deux parties, illustre bien ce déséquilibre. Une première moitié relativement inspirée, mordante, dialoguée, suivie d’une seconde qui s’enlise dans la répétition, la vulgarité et l’absence totale de point de vue critique. Blier semble s’y perdre, déraper, et ne plus savoir où il va. 

Reste enfin un vrai regret : voir des comédiennes comme Brigitte Fossey se prêter à ce jeu douteux. Non pas par pruderie, mais parce que le film ne leur offre aucun espace de jeu, aucun regard, aucun contrechamp. Elles ne sont jamais des personnages, seulement des fonctions. 

Au finalCalmos est un film transgressif, oui. Moderne, certainement pas. Machiste, clairement. Antiféministe, sans ambiguïté. Un film qui provoque, mais qui provoque mal, et surtout pour de mauvaises raisons. Un accident de parcours chez Blier, où le talent d’écriture et la liberté se sont noyés dans l’excès et le racolage. 

Heureusement, Marielle et Rochefort sont là. Sans eux, Calmos ne serait pas un film polémique… mais juste un mauvais film. 

NOTE : 6.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


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