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dimanche 22 février 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM BLACK DOG DE HUANG HU (2024)

 


Vu le Film Black Dog de Huang Hu (2024) avec  Eddie Peng Liva Tong Xiaoguang Hu Jia Zhangke Zhang Yi et You Zhou 

Lang, la trentaine, emprisonné à cause de son implication dans la mort d'un homme, sort de prison et retourne dans sa ville natale, Chixia, près du désert de Gobi. Alors que les Jeux de Pékin 2008 approchent, Il est embauché pour capturer les très nombreux chiens errants qui occupent des quartiers abandonnés destinés à être détruits. Il recueille alors un chien noir, accusé de porter la rage, qui effraie les habitants. Lang et le chien s'attachent silencieusement l'un à l'autre. 

Avec Black Dog, réalisé par Guan Hu, on tient un thriller chinois d’une efficacité redoutable — plus sur la forme que sur le fond, et je le dis sans détour. Mais parfois, la forme suffit à vous tenir cloué au fauteuil. Et là, elle mord. 

L’histoire se déroule à la veille des Jeux Olympiques de Pékin d'été de 2008. La Chine veut briller. La vitrine doit être propre. Trop propre. Dans une ville du nord en pleine “normalisation”, Lang, jeune trentenaire taiseux, sort de prison et tente de se réinsérer. Pas simple quand le passé vous colle à la peau comme une odeur de cellule. 

Pour survivre, il accepte un boulot pour le moins symbolique : nettoyer la ville de ses chiens errants qui pullulent dans les quartiers pauvres. Métaphore à peine voilée d’un pays qui range sous le tapis ce qui dérange. Lang et les chiens, ce n’est pas le grand amour. Il en a vraiment peur. Et dans cette ville hostile, il n’est déjà pas rassuré. 

Puis il croise un chien noir, maigrichon, presque fantomatique. Au début, c’est la méfiance. Deux solitudes qui se reniflent sans se comprendre. Mais petit à petit, ils vont s’apprivoiser. Se reconnaître. Se protéger. Et faire face ensemble aux rackets, aux magouilles, à la misère ambiante. Deux laissés-pour-compte dans une société qui avance à marche forcée. 

L’acteur principal — d’une sobriété impressionnante — incarne Lang avec une économie de mots mais une intensité physique remarquable. Il parle peu, mais son corps raconte tout : la tension, la peur, la honte, la rage contenue. Face à lui, le chien devient un véritable partenaire de jeu. Et oui, le film a du chien — au sens propre comme au figuré. 

La mise en scène de Guan Hu est d’une maîtrise glaciale. Des plans larges sur des friches industrielles, des cadres qui enferment les personnages, une caméra qui vous place toujours légèrement en déséquilibre. On sent la poussière, la chaleur, la violence prête à éclater. Certains plans sont d’enfer : ils vous stressent littéralement sur votre fauteuil. 

Le scénario, lui, reste plus classique. Trajectoire de rédemption, amitié improbable, corruption locale… On n’est pas surpris, mais on est pris. Parce que tout est tenu. Rythmé. Sec. Sans gras. 

Et puis, comme si cela ne suffisait pas, Guan Hu vous glisse plusieurs fois dans le film “Hey You” de Pink Floyd. Et là, c’est magique. Cette chanson, avec sa mélancolie et son appel désespéré à l’autre, épouse parfaitement la solitude de Lang. La musique ne souligne pas l’émotion, elle l’amplifie. Elle crée une bulle presque irréelle au milieu de la brutalité. 

Ce qui m’a marqué, c’est cette tension constante entre le nettoyage officiel et la saleté morale. On traque les chiens, mais les vrais prédateurs ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Le film ne fait pas un grand discours politique. Il suggère. Il montre. Et c’est souvent plus efficace. 

Je le redis : plus fort sur la forme que sur le fond. Mais quelle forme ! Une réalisation millimétrée, une photographie abrasive, une direction d’acteurs tout en retenue. On sent un cinéaste sûr de son cadre, sûr de son rythme. 

Est-ce que cela suffit à m’emballer totalement ? Peut-être pas. Il manque ce supplément d’âme qui transforme un très bon film en grand film. Mais il y a des scènes qui restent. Des images qui collent. Et ce duo improbable qui touche juste. 

Un thriller tendu, sec, politique sans slogans, sentimental sans mièvrerie. 

Un film qui a du chien. Et qui ne lâche pas sa proie.

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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