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mardi 24 février 2026

14.40 - MON AVIS SUR LE FILM LA PASSION DE DODIN BOUFFANT DE TRAN AN HUNG (2024)

 


Vu le Film La Passion de Dodin Bouffant de Tran An Hung (2024) avec Benoit Magimel Juliette Binoche Gallatea Bellugi Emmanuel Salinger Patrick d’Assumçao Jan Hammenecker Clément Hervieu Léger 

En France vers 1885, Eugénie travaille depuis vingt ans comme cuisinière pour le célèbre gastronome Dodin. Elle est considérée comme excellente dans son domaine. Cela s'explique notamment par le temps qu'Eugénie a passé en cuisine avec Dodin. Au fil des années, une passion affectueuse s'est développée entre eux. De leur amour commun pour la gastronomie naissent des plats uniques, savoureux et délicats. Eugénie, femme éprise de liberté, n'a cependant jamais voulu épouser Dodin. Elle tombe malade. Il décide alors de cuisiner lui-même pour la première fois pour sa bien-aimée 

Vu La Passion de Dodin Bouffant de Trần Anh Hùng, difficile de trouver film plus emblématique pour parler cuisine au cinéma. Ici, pas de cauchemars en cuisine, pas de brigades hystériques ni d’assiettes qui volent, mais l’excellence faite cuisine, des légumes croquants qui claquent sous la dent, des viandes qui cuisent dans nos palais à travers les Palais, des sauces qui s’enquennaillent avec leurs ingrédients dans une volupté presque indécente.  

Le film est une adaptation assez libre du roman suisse La Vie et la Passion de Dodin-Bouffant gourmet de Marcel Rouff (1924), œuvre déjà gourmande que le réalisateur transforme en symphonie sensorielle. Nous sommes à la fin du XIXe siècle : Dodin Bouffant, gastronome de génie, règne sur l’art culinaire français et partage depuis vingt ans sa vie et ses fourneaux avec Eugénie, cuisinière hors pair, muse silencieuse et amour discret. 

 Ils s’aiment sans l’avoir officialisé, se comprennent sans grands discours, se parlent par les plats. Le parallèle est limpide : la relation entre Dodin, incarné par Benoît Magimel, et sa cuisinière aimée, interprétée par Juliette Binoche, est construite comme une recette, avec patience, maîtrise, équilibre des saveurs et montée en température lente mais irréversible. 

Ce film parle de la bouffe de nos terroirs, pas de quinoa ni de tisane au gingembre, non, du cochon, du rôti, des sauces bien grasses aux calories élevées dont on sent les odeurs à travers les travées. 

 La mise en scène est d’une précision flamboyante : la caméra caresse les aliments comme un peintre ses pigments, les gestes sont chorégraphiés, presque sacrés, et le découpage laisse le temps aux mets d’exister. Lent certes, mais faut prendre son temps pour préparer et déguster tous ces plats. Le scénario épouse cette lenteur assumée, sans rebondissements tapageurs ;  

le drame est intime, le cœur bat dans une cuisine et lorsque la maladie surgit, elle s’impose comme une rupture de cuisson, brutale, injuste. Benoît Magimel est moelleux comme un quatre-quarts arrosé de miel d’acacia, il a la rondeur du gourmet, la précision du chef et la vulnérabilité de l’amoureux tardif, son regard mange autant qu’il désire.  

Juliette Binoche est la sauce douce mais qui pique au fond de la gorge, elle incarne la maîtrise tranquille, la femme qui n’a pas besoin de hausser la voix pour imposer son art, sa présence illumine les fourneaux et son silence devient un assaisonnement. Entre eux, l’alchimie est totale, ils ne jouent pas l’amour, ils le mijotent.  

Ce n’est pas un film démonstratif mais une dégustation, un hommage charnel à la tradition française et un rappel que la cuisine est un art, et que l’art est affaire de transmission, de patience et de désir. On sort de là avec faim, faim de sauce, faim d’amour, faim de lenteur, et dans un monde pressé cela relève presque de la résistance gastronomique. 

NOTE : 14.40

FICHE TECHNIQUE

 

  • Réalisateur et scénario : Trần Anh Hùng
  • Direction artistique : Tran Nu Yên-Khê
  • Décors : Toma Baquéni
  • Costumes : Tran Nu Yên-Khê
  • Photographie : Jonathan Ricquebourg
  • Montage : Mario Battistel
  • Son : François Waledisch
  • Production : Olivier Delbosc, Cédric Iland et Bastien Sirodot
  • Sociétés de production : Curiosa Films et Umedia ; Gaumont et France 2 Cinéma (coproductions)
  • Sociétés de distribution : Gaumont ; Athena Films (Belgique), Frenetic Films (Suisse romande) et Métropole Films Distribution (Québec)
  • Pays de production : Drapeau de la France France / Drapeau de la Belgique Belgique

DISTRIBUTION

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