Vu le Film Le Voleur de Louis Malle (1967) avec Jean Paul Belmondo Genevieve Bujold Paul le Person Charles Denner Christian Lude Berndette Lafont Monique Mélinand Julien Guiomar Marie Dubois Françoise Fabian Marlène Jobert Martine Sarcey
L'action principale se déroule au début des années 1890. Une nuit, Georges Randal, alors qu'il cambriole une villa, revient sur sa carrière de voleur. Orphelin sous la tutelle de son oncle, il revient à Paris une fois ses études terminées, où il pense épouser Charlotte, sa cousine. Ne l'attendent que des désillusions : l'oncle a détourné sa fortune et sa cousine est promise à un autre. Lors de la soirée des fiançailles, par dépit et par vengeance, il vole les bijoux de la famille du fiancé et s'enfui
Il y a des acteurs qu’on aime pour ce qu’ils dégagent naturellement. Et puis il y a les réalisateurs qui prennent un malin plaisir à casser le jouet. Avec Le Voleur, Louis Malle prend Jean-Paul Belmondo à contre-emploi total. Ici, pas de flingue qui claque, pas de cascade sur un toit de voiture, pas de galipettes à la Lautner, non. Randall est un type froid, introverti, presque absent au monde, sauf quand il s’agit des affaires des autres. Les bijoux, les tableaux, les coffres, les petites pacotilles bourgeoises accumulées par des gens qui ne savent même plus pourquoi ils les possèdent. Lui, au moins, ça l’intéresse.
Le film suit Georges Randall, orphelin élevé par une famille bourgeoise qui lui vole son héritage avant même qu’il comprenne comment fonctionne le monde. Alors il devient voleur. D’abord par rancœur, ensuite par plaisir, enfin presque par philosophie. Pas un Arsène Lupin romantique en monocle, non. Randall aime salir derrière lui. Il aime provoquer. Il laisse des traces comme un crachat sur les bonnes manières. Ce n’est pas un gentleman-cambrioleur, c’est un cynique élégant.
Et Belmondo joue ça remarquablement bien. On sent qu’il se retient sans cesse. Le regard est vide puis ironique, le sourire jamais vraiment chaleureux. Un Bebel différent, dégraissé de tout son côté cabotin populaire. On comprend pourquoi certains adorent cette performance : elle est tout en intérieur. Mais justement, ce côté fermé finit aussi par créer une distance. Personnellement, je regarde Randall vivre, voler, séduire, manipuler… sans jamais vraiment m’intéresser à son parcours. Il glisse dans le film comme un fantôme bien habillé.
Autour de lui, il y a pourtant du beau monde : Paul Le Person en fidèle Roger la Honte, silhouette magnifique de compagnon discret, Geneviève Bujold, Marie Dubois, Julien Guiomar ou encore Charles Denner qui apportent chacun une présence étrange à cet univers feutré où tout le monde semble mentir poliment.
Et puis visuellement, difficile de nier la beauté du film. Les costumes de Ghislain Uhry, les décors, les salons étouffants, les rues sombres, et surtout la photographie sublime de Henri Decaë. On a parfois l’impression que l’électricité n’existait pas encore tant tout semble éclairé à la bougie, dans une pénombre noble et poussiéreuse. C’est magnifique à regarder.
Mais voilà : le rythme est lent. Très lent. Louis Malle prend son temps, énormément de temps. Il observe Randall comme un entomologiste regarde un insecte rare. Certains y verront une élégance romanesque, d’autres décrocheront franchement. Et je dois reconnaître que malgré la beauté du film, je me suis un peu ennuyé. Ce n’est pas le genre de lenteur hypnotique qui vous aspire ; c’est une lenteur qui laisse parfois le spectateur sur le quai pendant que le film continue sans lui.
Reste une œuvre curieuse, presque froide, mais singulière dans la carrière de Belmondo. Un film pour les amateurs de Louis Malle, les amoureux du cinéma d’époque et les fans de Bebel qui veulent le voir ailleurs que dans ses numéros de charme habituels. Les autres risquent de regarder ce voleur faire les poches du bourgeois… en vérifiant discrètement leur montre.
NOTE : 13/00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Louis Malle
- Assistants réalisateur : Patrick Bureau et Juan Luis Buñuel
- Scénario : Jean-Claude Carrière et Louis Malle, d'après le roman du même nom de Georges Darien
- Dialogues : Daniel Boulanger
- Décor et costumes : Ghislain Uhry
- Photographie : Henri Decaë
- Musique : Henri Lanoë
- Décors : Jacques Saulnier
- Costumes : Paulette Breil
- Photographe de plateau : Vincent Rossell
- Sociétés de production : NEF (Nouvelles Éditions de Films), Artistes Associés
- Pays de production :
France
- Jean-Paul Belmondo : Georges Randal
- Geneviève Bujold : Charlotte Randal
- Christian Lude : Urbain Randal, oncle et tuteur de Georges
- Bernadette Lafont : Marguerite, la bonne des Montareuil
- Julien Loisel : M. de Montareuil
- Monique Mélinand : Mme de Montareuil
- Christian de Tillière : Armand de Montareuil, le fiancé de Charlotte
- Julien Guiomar : l'abbé Félix La Margelle
- Paul Le Person : Roger Voisin dit Roger-La-Honte
- Marie Dubois : Geneviève Delpiels
- Françoise Fabian : Ida
- Marlène Jobert : Broussaille, sœur de Roger-la-Honte
- Roger Crouzet : Mouratet
- Martine Sarcey : Renée Mouratet
- Gaston Meunier : un invité chez Mouratet
- Charles Denner : Jean-François Cannonier
- Madeleine Damien : Marie-Jeanne
- Maurice Auzel : Marcel
- Jean-Luc Bideau : l'Huissier anglais
- Jean Champion : le patron de l'hôtel de la Biche
- Odette Piquet : la patronne de l'hôtel de la Biche (rôle coupé)
- Nicole Chollet : la patronne du restaurant
- Irène Daix : la gouvernante anglaise
- Jacques David : l'homme volé
- Jacques Debary : le député Courbassol
- Marc Dudicourt : Georges Antoine, l'homme au tambour
- Duncan Elliott : le receleur anglais
- Pierre Étaix : le pickpocket de Dieppe
- Gilbert Servien : le complice du pickpocket
- Gabriel Gobin : le père Voisin
- Nane Germon : la mère Voisin
- Jacques Gheusi : le professeur Boileau
- Fernand Guiot : Emile Van der Busch
- Jacqueline Staup : Mme Van der Busch
- Dario Meschi : le patron de l'hôtel du « Roi Salomon »
- Paul Vally : Me Vivonne, le notaire d'Urbain Randal

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