Vu le Film El Norte de Gregory Nava (1983) avec Ernesto Gomez Cruz David Villalpando Zaide Sylvia Gutteriez Alicia Del Lago Lupe Ontiveros Tony Plana
Enrique et Rosa doivent quitter le Guatemala après avoir vu leurs parents assassinés car le père cherchait à unir les paysans pour obtenir de meilleurs droits. Ils entament un long voyage à travers le Mexique, puis réussissent avec grande difficulté à passer la frontière américaine grâce à un passeur.
Une fois installés à Los Angeles, ils commencent à travailler et s'aperçoivent que la vie aux États-Unis pour des clandestins n'est pas aussi parfaite que celle décrite dans les magazines.
Voilà un film qui m’a collé à la peau comme une seconde chemise trempée de sueur : El Norte de Gregory Nava. Pas un énième road-movie hollywoodien avec bande-son qui swingue, non, un vrai coup de poing dans le ventre sur la condition humaine et ces rêves d’ailleurs qui finissent toujours par te claquer la gueule.
Dès les premières minutes, on est plantés au Guatemala, mais pas du côté des touristes avec leurs tongs et leurs margaritas. On est avec les locaux, les paysans mayas qui triment la terre pendant que les cartels, les gangs et les militaires rackettent tout ce qui bouge. Le père d’Enrique et Rosa se fait assassiner sous leurs yeux parce qu’il osait organiser un peu de résistance.
Fin de l’innocence. Les deux frères et soeurs n’ont plus qu’une idée : foutre le camp vers le nord, vers ce Mexique qui n’est que l’antichambre de l’Eldorado promis.Le voyage est une odyssée crasse et magnifique. Ils marchent, ils courent, ils se font arnaquer par des coyotes aux dents longues, ils traversent des frontières invisibles qui te bouffent l’âme. La scène du tunnel sous la frontière US, infesté de rats gros comme des chats, je l’ai encore dans les tripes.
T’as envie de fermer les yeux mais tu peux pas, parce que c’est exactement ça, la réalité qu’on ne montre jamais dans les pubs pour l’Amérique.Et puis ils arrivent à Los Angeles. Bam. La claque. L’herbe n’est pas plus verte ailleurs, elle est juste plus sèche, plus grise, plus chère. Rosa et Enrique se retrouvent à bosser comme des damnés : elle en bonne à tout faire chez des riches qui la regardent à peine, lui dans des chantiers où on te paie en liquide et en mépris.
Les nouvelles conditions ? Pas mieux. Pire, même. La solitude, l’exploitation, la peur permanente d’être renvoyé d’où tu viens. Le rêve américain se transforme en cauchemar éveillé, mais un cauchemar où tu continues à sourire parce que t’as pas le choix.Gregory Nava a écrit et réalisé un truc monumental. Le scénario a été nominé aux Oscars pour le meilleur scénario original, et franchement il aurait dû le gagner les doigts dans le nez. Parce que ce n’est pas seulement une histoire de migrants, c’est une chronique universelle sur ce que ça fait de tout plaquer pour un ailleurs qui n’existe que dans ta tête. Les personnages sont vivants, respirants, douloureux. Zaide Silvia Gutiérrez en Rosa est une révélation : fragile, têtue, lumineuse même dans la merde.
David Villalpando en Enrique est le grand frère parfait, celui qui porte tout sur ses épaules jusqu’à ce qu’elles craquent. Tu les aimes, tu les souffres avec eux, tu te demandes à chaque minute ce que tu aurais fait à leur place.Ce qui me scotche le plus, c’est cette humanité brute, sans filtre, sans leçon de morale dégoulinante. Nava filme la violence, la pauvreté, l’espoir et la désillusion avec une caméra qui ne triche jamais. Pas de musique facile pour te faire pleurer, juste la réalité qui te rentre dedans comme un camion. Et pourtant, au milieu de toute cette noirceur, il reste une beauté, une dignité dans ces deux gamins qui refusent de crever debout.
El Norte, c’est pas un film que tu regardes, c’est un film qui te regarde en retour et te demande : et toi, jusqu’où irais-tu pour un bout de rêve ? Moi je suis ressorti lessivé, admiratif, un peu plus lucide sur ce grand cirque qu’on appelle l’immigration et l’Amérique. Un chef-d’œuvre absolu, un de ceux qui restent gravés dans la chair bien après le générique. Si vous ne l’avez pas vu, courez. Et si vous l’avez vu, revoyez-le. Parce que des films comme ça, y en a pas deux. Point.
NOTE ; 14.50
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Gregory Nava
- Scénario : Gregory Nava et Anna Thomas
- Photographie : James Glennon
- Pays de production :
États-Unis |
Royaume-Uni
DISTRIBUTION
- Ernesto Gómez Cruz : Arturo
- David Villalpando : Enrique
- Zaide Silvia Gutiérrez : Rosa
- Alicia del Lago : Lupe
- Lupe Ontiveros : Nacha
- Tony Plana : Carlos

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