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jeudi 14 mai 2026

12.90 - MON AVIS SUR LE FILM CHICO ET RITA DE JAVIER MARISCAL FERNANDO TRUEBA TONO ERRANDO (2010)

 




Vu le Film
Chico et Rita de 
Javier Mariscal, Tono Errando, Fernando Trueba (2010) Il y a dans Chico et Rita quelque chose d’assez rare aujourd’hui : un film d’animation pour adultes qui ne cherche jamais à épater techniquement mais à faire danser les souvenirs. Et quelle danse… Dès les premières notes, le Jazz est il transpire dans les rues de La Havane, dans les clubs enfumésdans les regards fatigués des musiciens qui jouent comme si leur vie dépendait de chaque touche de piano. Quand le Jazz est là… tout le reste s’efface presque. 

Le film nous plonge dans le Cuba des années 40 et 50, un pays magnifique mais profondément inégalitaire  les blancs gardent leurs dominations sociales, économiques et même musicales. Les artistes métisses ou noirs doivent être deux fois meilleurs pour simplement exister. Et c’est dans ce décor de chaleur, de sueur et de rythmes brûlants qu’on découvre Chico, jeune pianiste génial un peu grande gueule, et Rita, chanteuse à la voix capable de faire taire un bar entierDeux caractères explosifsdeux orgueils immensesdonc forcément deux êtres condamnés à s’aimer et à se déchirer. 

L’histoire suit leur histoire d’amour comme une partition de Jazz : improvisée, chaotique, parfois sublime, parfois douloureuse. Ils se rencontrent, se désirent, se perdent, se retrouvent, puis se reperdent encore dans un monde qui change autour d’eux. Avant même la Révolution cubaine, on sent déjà un pays en mutationpartagé entre la fascination américaine, le tourisme, les mafias, les rêves hollywoodiens et les humiliations sociales permanentes. 

Ce qui est beau dans le filmc’est qu’il voyage sans cesse. La Havane devient un personnage vivant, puis on part vers New York, Las Vegas, Hollywood, avec cette impression permanente que le succès est toujours juste à côté… avant de vous gifler. Chico croit toucher la gloire grâce à son talent, Rita grâce à sa voix et à son magnétismemais le système broie vite ceux qui ne sont pas du bon côté de la couleur ou du pouvoirDerrière les musiques sensuelles et les corps qui dansent, le film parle aussi d’exil, de racisme et d’amours sacrifiées. 

Et puis il y a cette animation si particulière signée Javier Mariscal. Certains trouveront le trait simple, presque esquissémais justement c’est ce qui donne cette fluidité permanente. Les corps semblent danser même quand ils marchent. La nuit cubaine devient liquide, les cigarettes flottent dans l’air comme des notes de saxophone, et les visages portent une mélancolie magnifique. On est loin du cinéma d’animation ultra-numérique aseptiséIci tout paraît vivant, imparfaithumain. 

Fernando Trueba, immense amoureux du Jazz, ne fait jamais semblant. On sent que chaque scène musicale a été pensée par quelqu’un qui aime cette musique physiquement. Les morceaux ne servent pas de décoration : ils racontent les personnages. Le piano de Chico parle souvent mieux que lui-même. Rita, elle, chante comme si elle voulait survivre à chaque chanson. 

Et quel plaisir de voir un film parler du Jazz non pas comme une musique de musée mais comme un bain de jouvence permanent. Cette musique donne envie de vivre, de boired’aimer, de recommencer malgré les claques. Le film déborde d’énergie même dans ses moments tristes. On sort avec une étrange nostalgie d’une époque qu’on n’a pourtant jamais connue. 

Le casting vocal apporte énormément aussi. En version originale, les voix donnent une authenticité formidable aux personnagesavec cette musicalité latino-américaine qui colle parfaitement au récit. Et la bande originale… impossible de ne pas avoir envie de réécouter du Dizzy Gillespie, du Thelonious Monk ou du Charlie Parker après ça. 

Le film réussit surtout quelque chose de difficile : raconter une grande histoire romantique sans devenir guimauve. Chico et Rita s’aiment profondément mais sont aussi capables de se faire énormément de mal. Leur amour prend des coups parce que la vie leur en donne sans arrêt. Et le temps qui passe devient presque le vrai méchant du film. 

Il y a aussi quelque chose d’assez cruel dans cette idée que les artistes passent leur vie à courir après une reconnaissance qui arrive souvent trop tard. Le film est rempli de succès ratésd’occasions manquées, de mauvais choix faits en quelques secondes. Comme dans le Jazz finalement : une fausse note et tout bascule. 

Mais malgré cette mélancolie permanente, Chico et Rita reste lumineuxSensuel aussiRarement un film d’animation aura autant senti la chaleur humaine, la peaul’alcool, les nuits qui finissent à l’aube. On entend presque les verres s’entrechoquer dans les clubs. 

Joli film plein d’énergie  le Jazz nous entraîne dans un bain de jouvence mêlé de notes intemporelles. Quand le Jazz est … même les amours perdues continuent de danser quelque part dans la nuit cubaine

NOTE : 12.90

FICHE TECHNIQUE

Réalisateurs : Fernando Trueba et Javier Mariscal

Scénario : Fernando Trueba et Ignacio Martínez de Pisón

Musique originale : Bebo Valdés

Montage : Arnau Quiles

Montage son : Pelayo Gutiérrez

Mixage son : Nacho Royo-Villanova

Directeur de l’animation : Manolo Galiana

Supervision artistique des personnages : Bojan Pantelic

Supervision des couleurs : Nuria Puig

Direction technique 3D : David Campassol

Direction technique 2D : Jose Carlos Jiménez

Direction artistique : Pedrín E. Mariscal

Supervision story-board : Carlos Arroyo

Développement des personnages : Marcello Quintanilha

Production : Cristina Huete, Santi Errando, Martin Pope et Michael Rose

Production associée : Steve Christian et Marc Samuelson

Coproduction : Andrew Fingret

Production exécutive : Angélica Huete

Sociétés de production : Isle of Man Film, CinemaNX, Fernando Trueba Producciones Cinematográficas S.A., Magic Light Pictures

Sociétés de distribution : Rezo Films, Studio 37

Pays d'origine : Drapeau de l'Espagne Espagne, Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni


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