Vu le Film La Femme Enfant de Raphaelle Billedoux (1980) avec Klaus Kinski Pénélope Palmer Michel Robin Hélène Surgère
Élisabeth, treize ans, vit dans un faubourg industriel du Nord de la France. Douée pour la musique, elle joue de l'orgue à l'église locale, alors que ses parents ne s'intéressent qu'à leur salon de coiffure. Depuis trois ans déjà, Élisabeth a en secret une relation amoureuse avec Marcel, un homme de 45 ans à qui elle rend visite chaque matin avant l'école, faisant un crochet à vélo jusqu'à sa maison solitaire au milieu des bois.
Il y a des films que l’on remet sans cesse au lendemain, comme si une intuition nous soufflait qu’il vaut mieux les éviter. La Femme enfant fait partie de ceux-là, et pour une fois, cette hésitation était largement justifiée.
Sous couvert de poésie et de prétendue passion amoureuse, le film met en scène une relation profondément dérangeante entre une enfant de 11 ans et un homme de 45 ans, incarné par Klaus Kinski. Que l’actrice Pénélope Palmer ait eu 14 ans au moment du tournage ne change strictement rien au malaise : ce qui est montré à l’écran reste troublant, et difficilement défendable.
Le film tente de s’abriter derrière le silence de cet homme marginal, rejeté par son village, comme si cela pouvait atténuer la nature problématique de la relation. Mais ce mutisme n’excuse rien, et encore moins l’ambiguïté persistante du regard porté sur cette enfant.
Sur le plan cinématographique, difficile de trouver un quelconque salut. La mise en scène semble approximative, presque brutale, “filmée à la truelle”, sans véritable regard ni distance critique. Rien ne vient sublimer ou interroger le propos : tout paraît au contraire pesant, maladroit, voire complaisant.
Le contexte de tournage ajoute une couche supplémentaire de malaise. Connaissant la réputation explosive et les comportements problématiques de Klaus Kinski, on peine à comprendre comment le projet a pu aller jusqu’à son terme sans être stoppé. La réalisatrice elle-même a exprimé des regrets, mais cela ne suffit pas à effacer le sentiment qu’une limite aurait dû être posée — pour des raisons artistiques, mais surtout humaines.
Ce qui frappe le plus, c’est l’absence apparente de garde-fous. À aucun moment, on n’a le sentiment qu’une réflexion collective ait eu lieu pour protéger la jeune actrice ou interroger le bien-fondé du projet. Même en replaçant le film dans le contexte des années 1980, cela interroge profondément.
Que le film ait été présenté à Festival de Cannes, dans la section Un Certain Regard, laisse également perplexe. Cela témoigne d’une époque où certaines œuvres pouvaient être légitimées au nom de l’audace artistique, sans que leur dimension éthique ne soit réellement remise en question.
Certains parleront d’œuvre poétique, d’autres de regard singulier sur l’innocence et la marginalité. Mais ici, la frontière entre provocation artistique et malaise profond semble largement franchie.
Au final, plus qu’un simple mauvais film, La Femme enfant laisse une impression d’inconfort durable. Ce n’est pas un navet que l’on oublie : c’est une œuvre qui dérange, non pas par sa profondeur, mais par ce qu’elle donne à voir — et par ce qu’elle semble cautionner.
Et pour beaucoup, cela suffit à en faire non pas un film raté, mais une véritable faute.
NOTE : 4.90
FICHE TECHNIQUE
La Femme enfant est un film franco-ouest-allemand réalisé par Raphaële Billetdoux, sorti en 1980.
- Musique : Vladimir Cosma
- Son : Harald Maury
- Première assistante réalisatrice : Claire Lusseyran
- Premier assistant opérateur : Daniel Leterrier
- Conseiller technique : Jean-Jacques Flori
- Scripte : Sylvie Koechlin
- Directeur de production : Daniel Deschamps
- Sociétés de production : Gaumont, Bavaria Atelier, Les Films de l'Alma, G.P.F.I., Bavaria Film
- Sociétés de distribution : Gaumont Distribution (France), New Yorker Films (États-Unis)
- Klaus Kinski : Marcel
- Pénélope Palmer : Élisabeth
- Michel Robin : le père
- Hélène Surgère : la mère

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