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lundi 3 août 2026

12.00 - MON AVIS SUR LE FILM LA CITE DE L'INDICIBLE PEUR DE JEAN PIERRE MOCKY (1964)

 


Vu le Film La Cité de l'Indicible Peur de Jean Pierre Mocky (1964) avec Bourvil Jean Poiret Véronique Nordey Jean Claude Remoleux René Louis Lafforgue Francis Blanche Jean Louis Barrault


Un an après Un Drôle de Paroissien, Jean-Pierre Mocky retrouve le génial Bourvil pour un polar aussi noir que haut en couleur. Une nouvelle rencontre entre deux personnalités qui n'avaient, en apparence, rien à faire ensemble et qui pourtant se complètent à merveille.

On aime ou on n'aime pas Mocky. Il ne laisse jamais indifférent. Mais il faut au moins lui reconnaître une qualité devenue rare : c'était un artiste libre. Libre de ton, libre de forme, libre de provoquer, quitte à se mettre tout le monde à dos. Il tournait comme il respirait, sans demander la permission.

D'ailleurs, rien que le titre raconte déjà une histoire. Les producteurs avaient imposé La Grande Frousse. Mocky détestait ce titre qu'il trouvait beaucoup trop bourgeois. Lors de la sortie en DVD, conformément à son souhait, le film retrouva enfin son véritable nom : L'Indicible Peur. Tout est dit. Chez Mocky, même un titre devient un acte de résistance.

Comme tous les films de Mocky, expliquer son cinéma revient à trouver le dernier chiffre de Pi. On croit avoir compris... puis il vous échappe entre les doigts. Son univers obéit à une logique qui n'appartient qu'à lui, où l'absurde côtoie le réalisme, où la satire sociale surgit au détour d'un gag complètement fou.

L'histoire démarre pourtant comme un polar presque classique. L'inspecteur Triquet, interprété par Bourvil, est chargé de retrouver Mickey le Bénédictin, un faux-monnayeur condamné à mort qui s'est évadé... à la suite d'une panne de guillotine. Rien que cette idée résume parfaitement le côté anarchiste de Mocky. Chez lui, même la justice tombe en panne.

Persuadé que tout criminel revient un jour sur les lieux de son crime, Triquet débarque incognito dans un petit village d'Auvergne pour tendre son piège. Bonne idée... mais on n'est pas dans un Agatha Christie. On est en Auvergne, entre potée, fromage du Cantal et habitants aussi barges qu'un troupeau de psychopathes.

Le village ressemble à un gigantesque asile à ciel ouvert. On y croise un boucher névrosé, un voyeur vissé derrière ses jumelles, un médecin alcoolique — une habitude chez Mocky —, une sainte qui semble hanter les lieux, sans oublier toute une galerie de villageois dont chacun paraît cacher quelque chose, ou simplement avoir perdu la raison depuis longtemps.

Triquet devra démêler les fils de cette énorme pelote de laine où chacun pourrait être criminel... ou pas. Et c'est précisément là que Mocky s'amuse. Il brouille les pistes, multiplie les fausses directions, les situations improbables et les rencontres absurdes jusqu'à faire exploser les codes du polar traditionnel.

Le film ressemble parfois à une farce, parfois à une enquête criminelle, parfois à une charge féroce contre la bêtise humaine. Mocky saute d'un registre à l'autre avec une insolence réjouissante. On sent qu'il se moque autant de ses personnages que du spectateur, mais toujours avec une incroyable gourmandise.

Les dialogues sont à piquer des hannetons. Ils fusent, surprennent, dérapent sans prévenir. Certaines répliques semblent totalement improvisées avant de devenir d'un seul coup d'une précision redoutable. C'est une écriture qui refuse les belles manières et préfère les coups de pied dans la fourmilière.

Comme souvent chez Mocky, tous les acteurs ne jouent pas sur la même partition. Certains sont excellents, d'autres beaucoup moins. Mais c'est presque devenu une marque de fabrique. Dans son univers, cette étrange inégalité finit par participer au charme général. Tout paraît bancal, mais l'ensemble tient debout par un miracle dont lui seul possédait le secret.

Et puis il y a Bourvil. Formidable. On le connaît pour ses personnages naïfs, tendres ou comiques, mais Mocky lui offre ici un registre inhabituel. Son inspecteur est discret, observateur, malin sans jamais en faire trop. Mocky a su canaliser tout son talent et lui permettre d'exister autrement que comme simple amuseur public.

La mise en scène semble parfois partir dans tous les sens, les situations s'enchaînent avec une logique toute personnelle, les personnages entrent et sortent comme dans un rêve fiévreux. C'est bordélique... mais quel bonheur ! On sent un cinéaste qui refuse les recettes toutes faites et qui préfère mille fois le désordre créatif à la perfection académique.

Au fond, L'Indicible Peur est un véritable film mockylien. Irrévérencieux, anarchique, drôle, grinçant, imprévisible et complètement fou. Un film qui ne ressemble à aucun autre et qui ne cherche jamais à plaire à tout le monde.

Si vous cherchez une enquête policière bien rangée, passez votre chemin. En revanche, si vous acceptez d'embarquer dans l'univers unique de Jean-Pierre Mocky, où l'humour noir côtoie le surréalisme, où les marginaux deviennent les héros et où les fous paraissent parfois les plus lucides, alors vous passerez un excellent moment.

Ce n'est peut-être pas du cinéma bien coiffé. Mais c'est du Mocky. Et ça, personne n'a jamais su le copier.

NOTE : 12 00

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mardi 26 mai 2026

7.10 - MON AVIS SUR LE FILM LA VIE A L'ENVERS DE ALAIN JESSUA (1964)

 


Vu le Film La Vie à lEnvers de Alain Jessua (1964) avec Charles Denner Anna Gaylor Guy Saint Jean Nicole Gueden Jean Yanne Yvonne Clech Robert Bousquet André Thorent


Jacques Valin, employé dans une agence immobilière de Montmartre, mène une vie sans problème en compagnie de son amie cover-girl. Il décide de l'épouser sur un coup de tête. Incapable de supporter les invités de la noce, dont ses patrons, il quitte le restaurant et déambule dans Paris avec sa femme, ce qui lui vaut de perdre son emploi.

Coupé de la routine, il s'enferme dans la solitude et plonge peu à peu dans une folie heureuse.

Premier long-métrage d’Alain Jessua, La Vie à l’envers est un film à part dans sa filmographie. Quand on connaît les coups de poing qu’il assénera plus tard avec Les Chiens ou d’autres œuvres plus nerveuses et féroces, on est presque surpris de découvrir ce récit intimiste, hésitant parfois, mais déjà habité par une profonde inquiétude sur la place de l’individu dans la société. Il faut bien commencer quelque part, et Jessua pose ici les premières pierres de ses obsessions futures.

Le film suit Jacques Valin, interprété par un remarquable Charles Denner — plus simplement Denner pour tous ceux qui admirent cet acteur trop rarement mis en avant. Employé dans une agence immobilière, Jacques mène une existence grise, mécanique, sans véritable passion ni horizon. Un homme ordinaire qui semble avoir renoncé à toute forme d’élan avant même d’avoir commencé à vivre. Et c’est bien là toute la force du personnage : il n’est ni antipathique ni inintéressant, mais il prolonge son pessimisme et sa solitude jusque dans le fauteuil du spectateur.

Denner porte le film sur ses épaules. Presque de tous les plans, il compose un homme qui se détache progressivement du monde, comme s’il observait la vie derrière une vitre de plus en plus épaisse. Son regard, ses silences, sa manière d’habiter les décors racontent souvent davantage que les dialogues. On aimerait parfois lui tendre la main, lui dire que tout n’est peut-être pas perdu, mais la vie, la vraie, ce n’est pas aussi simple.

Malheureusement, si l’interprétation demeure solide, la réalisation d’Alain Jessua manque encore de peps. Le cinéaste semble chercher son ton, son rythme, sa manière de raconter. Certaines scènes s’étirent, d’autres paraissent inachevées, et l’ensemble souffre d’un scénario qui peine à transformer son idée de départ en véritable trajectoire dramatique. J’ai souvent eu l’impression que le sujet le dépassait, comme si le film voulait explorer les profondeurs d’un mal-être moderne sans toujours trouver les outils nécessaires pour y parvenir.

Cela ne rend pas La Vie à l’envers inintéressant, loin de là. On y aperçoit même par moments ce qui fera plus tard la singularité de Jessua : son regard inquiet sur l’aliénation, la difficulté de communiquer, la solitude qui gagne du terrain dans un monde pourtant rempli de monde. Mais ces thèmes restent ici à l’état d’ébauche.

Le film vaut donc surtout pour son personnage principal et pour l’occasion rare qu’il offre à Denner d’occuper le centre de l’écran. Une occasion dont il profite pleinement, rappelant quel grand acteur il était lorsque le cinéma lui donnait enfin la place qu’il méritait.

La Vie à l’envers ressemble à un premier essai honnête mais imparfait. Un film qui intrigue davantage qu’il ne passionne, qui séduit davantage par son acteur que par sa mise en scène. On en retient surtout le visage fatigué de Jacques Valin, perdu dans une existence sans âme, et cette étrange sensation d’avoir passé une heure et demie aux côtés d’un homme dont on aurait aimé alléger un peu le fardeau. Mais la vie, la vraie, ce n’est décidément pas aussi simple.

NOTE : 7.10

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