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dimanche 7 septembre 2025

14.80 - MON AVIS SUR LE FILM LE CLIENT DE JOEL SCHUMACHER (1994)


 Vu le FIlm Le Client de Joel Schumacher (1994) avec Brad Renfro Susan Sarandon Tommy Lee Jones Davis Speck Marie Louise Parker Anthony LaPaglia Amy Hattaway Kim Coates  

Le jeune Mark Sway est témoin du suicide d'un avocat véreux qui se confesse à lui avant de mourir. Mark est alors autant courtisé par la police que par les mafiosi. Il refuse de parler mais, conscient du danger qu'il court, il se décide cependant à engager une avocate, Reggie Love, qui accepte de le defendre pour un dollar symbolique. 

Le Client (The Client, 1994) de Joel Schumacher est un thriller juridique et mafieux où l’humanité des personnages compte autant que la mécanique du suspense. L’histoire démarre dans la moiteur du Sud des États-Unis : Mark Sway, un gamin de 11 ans (le regretté Brad Renfro, incroyable de justesse dès son premier rôle), fume une cigarette avec son petit frère Ricky quand ils assistent au suicide d’un avocat véreux de la mafia. Mais avant de mourir, cet homme lui murmure un secret capital : l’emplacement du corps d’un sénateur assassiné, clé d’un procès majeur, enjeu explosif entre la mafia et le gouvernement fédéral. 

À partir de cet instant, Mark n’est plus un enfant ordinaire : il devient la pièce la plus convoitée d’un échiquier dangereux. Le procureur Roy Foltrigg (Tommy Lee Jones), ambitieux, charismatique et obstiné, veut à tout prix arracher le secret pour faire tomber le crime organisé et briller politiquement. En face, la mafia entend faire taire le garçon avant qu’il ne parle. Entre les deux, Mark joue sa peau, sa liberté, et celle de sa famille. Conscient qu’il ne pourra pas s’en sortir seul, il se tourne vers une avocate civile, Reggie Love (Susan Sarandon), une femme blessée par la vie, séparée, sobre depuis peu, qui n’a pas pour habitude de défendre des enfants contre des tueurs. Mais Reggie a un cœur immense et un instinct de protection féroce. Leur rencontre change tout. 

Le cœur du film repose sur cette relation improbable entre un enfant effronté, malin, souvent effrayé mais courageux, et une femme qui retrouve à travers lui un sens à son métier et à sa vie. Susan Sarandon est parfaite : fragile et combative, drôle parfois, toujours profondément humaine. Tommy Lee Jones, dans un rôle plus ambigu que d’ordinaire, n’est pas un méchant caricatural : il veut la vérité, mais son ego et sa carrière biaisent sa sincérité. Quant à Brad Renfro, il est tout simplement bouleversant. Jamais il ne surjoue la peur ni la rébellion. Son Mark est un gamin du peuple, vif, débrouillard, obstiné, terrifié mais digne — un héros malgré lui qui se bat avec l’acharnement d’un adulte pour protéger son frère traumatisé et sa mère dépassée. 

Joel Schumacher, souvent inégal, signe ici une mise en scène nerveuse, efficace, sans effets tape-à-l’œil. Le suspense repose moins sur les fusillades que sur les échanges, les menaces voilées, les pressions légales et illégales qui s’entrecroisent. Le scénario, fidèle à l’esprit du roman de John Grisham (que j’ai eu la chance de rencontrer), sait équilibrer le drame intime, le thriller juridique et la menace mafieuse. Le film n’est pas qu’une course contre la montre : c’est aussi l’histoire d’un enfant qui perd brutalement son innocence et d’une femme qui retrouve sa vocation dans le combat pour la justice. 

Le rythme ne faiblit jamais : chaque scène pousse Mark dans un coin plus étroit, chaque décision l’expose davantage, jusqu’à ce plan final où, libéré de son secret, il peut enfin respirer. Mais le spectateur, lui, reste marqué par ce voyage à la fois haletant et profondément humain. On y retrouve le meilleur du cinéma hollywoodien des années 90 : des acteurs en état de grâce, une tension morale palpable, un scénario solide, une réalisation fluide qui respecte ses personnages. 

Le Client n’est pas seulement un thriller juridique brillant : c’est aussi une ode à la résilience, au courage des faibles face aux puissants, et au lien protecteur entre deux êtres cabossés que le destin a mis sur la même route. Ce mélange de suspense, de tendresse et de critique sociale en fait, trente ans plus tard, un film qui n’a pas pris une ride. 

 NOTE : 14.80

MON AVIS SUR LE FILM 


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mardi 1 juillet 2025

17.80 - MON AVIS SUR LE FILM LA REINE MARGOT DE PATRICE CHEREAU (1994)

 


Vu le film La Reine Margot de Patrice Chereau (1994) avec Isabelle Adjani Virna Lisi Pascal Gréggory Jean Hughes Anglade Daniel Auteuil Vincent Perez Dominique Blanc Claudio Amendola Miguel Bosé Asia Argento Julien Rassam Thomas Kretschmann Jean Claude Brialy 

La vie à la Cour et à Paris, entre-les « Noces vermeilles » et le massacre de la Saint-Barthélemy. 

Août 1572. Paris est en ébullition. Le protestant Henri de Navarre, futur Henri IV (Daniel Auteuil), s'apprête à épouser Marguerite de Valois (Isabelle Adjani), dite Margot. Catholique, fille de France, elle est surtout la fille de Catherine de Médicis (Virna Lisi) et la sœur de l'instable roi Charles IX (Jean-Hugues Anglade) et des ambitieux princes Henri (Pascal Greggory) et François (Julien Rassam). Les deux époux ne s'aiment pas. Il s'agit d'un mariage politique, orchestré par Catherine de Médicis 

Quand le sublime rencontre le tragique 

Il est des films qui, bien des années après leur sortie, continuent de brûler dans les mémoires comme une torche vive. La Reine Margot, adaptation magistrale du roman d’Alexandre Dumas père par Patrice Chéreau, en fait indiscutablement partie. Véritable opéra de sang et de chair, le film transcende l’Histoire pour en tirer une fresque baroque, hallucinée et tragique, comme un long cri étouffé dans les couloirs humides d’un pouvoir corrompu. Ce n’est pas un film historique au sens académique du terme, mais une plongée organique dans une époque où les corps, les passions et la foi s’entre-déchiraient dans un tourbillon de haine, d’amour et de mort. 

Nous sommes en 1572. Pour apaiser les tensions entre catholiques et protestants, un mariage politique est organisé entre Marguerite de Valois, dite Margot (Isabelle Adjani), sœur du roi Charles IX, et Henri de Navarre (Daniel Auteuil), protestant et futur Henri IV. Mais ce simulacre d’union, célébré dans la douleur et l’incompréhension, précède l’un des plus grands bains de sang de l’histoire de France : la Saint-Barthélemy. Derrière cette alliance forcée, se cache un complot sanglant, fomenté par une figure déjà infernale : Catherine de Médicis, mère de Margot et du roi Charles IX. 

Patrice Chéreau, immense metteur en scène de théâtre, transpose ici toute sa science du geste, de l’espace et du silence sur l’écran. Il filme les palais comme des pièges, les escaliers comme des labyrinthes, les corps comme des champs de bataille. Le film est oppressant, baroque, charnel. Il ne cherche pas à raconter l’Histoire avec exactitude, mais à la faire ressentir — dans sa violence, son absurdité, sa cruauté. Le résultat est un chef-d’œuvre fiévreux, où chaque scène est traversée par une tension quasi opératique, où le sublime côtoie la fange. 

Le casting, flamboyant et totalement investi, est l’un des piliers de cette réussite. Isabelle Adjani est impériale dans le rôle de Margot. Sublime, ambiguë, passionnée, elle traverse le film telle une femme prisonnière de son destin, ballotée entre loyauté familiale et désirs inavoués. Rarement elle aura été aussi puissante à l’écran, à la fois vulnérable et animale, reine et proie. 

Daniel Auteuil, dans un rôle contenu et en apparence effacé, donne à Henri de Navarre une épaisseur remarquable. Tacticien sous-estimé, observateur prudent, il est la seule figure de raison dans cette mer de fous. Sa retenue contraste avec la folie furieuse du roi Charles IX, incarné de manière vertigineuse par Jean-Hugues Anglade. Ce dernier offre une composition d’une intensité hallucinée, entre enfant malade, pantin tragique et souverain possédé. Chaque plan où il apparaît semble vaciller avec lui, dans une agonie de plus en plus palpable. 

Virna Lisi, en Catherine de Médicis, est peut-être le cœur noir du film. Son visage figé dans le marbre, son regard impassible, son phrasé glacial : elle incarne la terreur froide du pouvoir absolu. Lionne sans scrupule, mère manipulatrice, stratège glaçante, elle domine l’écran avec une autorité surnaturelle. Son prix d’interprétation à Cannes n’était que justice. 

Pascal Grégory, en duc d’Anjou, apporte une touche trouble et vénéneuse au tableau. Entouré de ses mignons, il attend son heure, se maquille, se dérobe, mais n’est jamais loin des décisions fatales. Dominique Blanc, elle, incarne Henriette de Nevers, amie et confidente de Margot, avec une intensité douce et bouleversante, présence presque spectrale dans ce monde de fer et de sang. Sans oublier le ténébreux Vincent Perez en La Môle, amant sacrifié, et Claudio Amendola en Coconnas, qui injecte une touche de bravoure et d’humanité dans cette tragédie. 

Chéreau orchestre tout cela avec une virtuosité rare. Les scènes de banquet dégoulinent de vin, de sueur et de tension. Les orgies sont filmées comme des exorcismes, les assassinats comme des ballets. La musique de Goran Bregović ajoute au trouble général : ses thèmes incantatoires, entre chants religieux et cris tribaux, accompagnent la montée inexorable vers le chaos. Les décors sont somptueux, les costumes superbes, mais rien n’est jamais muséal. Tout sent la vie, la chair, la boue, le sang. 

Et au cœur de cette fresque, la tragédie intime d’une femme libre dans un monde où les femmes n’ont pas le droit d’exister autrement qu’en épouses ou en pions. Margot, baignée de rouge, échevelée, aimante, trahie, traverse cette nuit noire avec une grâce furieuse. 

 
La Reine Margot est un film total, incandescent, qui marie le souffle de l’Histoire à la brûlure de la tragédie. Chéreau filme comme on sculpte, dans la douleur et la beauté. Et grâce à un casting au sommet, il réussit à faire d’une époque sombre un opéra envoûtant. Dumas peut reposer en paix : là, c’est de la grande adaptation. 

NOTE : 17.80

FICHE TECHNIQUE



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