Vu le Film Agents Secrets de Frédéric Schoendoerffer (2004) avec Vincent Cassel Monica Bellucci Charles Berling André Dussolier Bruno Todeschni Sergio Peris-Mencheta Eric Savin Serge Avedikian Gabriele Lazure Jo Prestia
Agents secrets met en scène un groupe d'agents de terrain de la direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), avant, pendant, et après une mission au Maroc. L'un des agents, Lisa (Monica Bellucci), est piégée par le service et se retrouve derrière les barreaux pour accomplir, au sein de la prison, une mission contre son gré. Échappant au contrôle du service qui tente de le faire taire, l'ami de Lisa, Brisseau (Vincent Cassel), comprend que les deux missions sont liées entre elles pour des raisons politiques et financières.
Toujours difficile de passer derrière la carrière d’un très grand cinéaste du chaos comme Pierre Schoendoerffer. Même si l’univers n’est pas le même que celui de son père, Frédéric Schoendoerffer semble avoir du mal à se défaire totalement de cet héritage encombrant.
Avec Agents Secrets, il ambitionne pourtant de plonger le spectateur dans les arcanes de la DGSE, là où les opérations clandestines se décident dans l’ombre et où les conséquences dépassent souvent les plans les mieux établis.
L’histoire suit deux missions parallèles menées par les services français. D’un côté, Georges Brisseau, interprété par Vincent Cassel, agent de terrain rompu aux opérations délicates. De l’autre, Lisa, jouée par Monica Bellucci, engagée dans le même engrenage secret. Autour d’eux gravite une galerie d’agents et de responsables incarnés notamment par André Dussollier, Charles Berling, Bruno Todeschini, Éric Savin et Simon Abkarian, tous beaucoup plus crédibles dans leurs fonctions que le tandem vedette. Car c’est bien là que le bât blesse. Georges Brisseau se la joue gros baroudeur, et évidemment il finira dans les bras de Lisa.
Pourquoi hein, pourquoi ? Cette romance imposée apparaît comme une évidence de scénario plutôt que comme une évolution naturelle des personnages. C’est d’autant plus frustrant que tous les autres agents semblent parfaitement dans leurs baskets. Eux donnent l’impression d’appartenir réellement à cet univers de manipulations, de mensonges et d’opérations spéciales.
Le couple principal, lui, reste constamment à côté de la plaque.Le film évoque inévitablement l’ombre de l’Affaire du Rainbow Warrior. On croit d’abord que Schoendoerffer va s’en inspirer pour explorer les zones grises des services secrets français. Mais très vite, le récit s’en éloigne et préfère emprunter des chemins beaucoup plus balisés.
Le résultat ressemble davantage à un thriller d’espionnage formaté qu’à une véritable plongée dans les mécanismes du renseignement.Pourtant, il y avait matière à faire voyager le spectateur. Entre le Maroc, l’Espagne et la France, le film multiplie les décors et les changements d’ambiance. Sur le papier, cela promettait une aventure internationale pleine de tension.
Dans les faits, ces déplacements donnent surtout l’impression de cocher des cases. Une mission à l’étranger ? Coche. Des agents infiltrés ? Coche. Des trahisons ? Coche. Une romance obligatoire ? Double coche.
Et c’est précisément ce qui finit par plomber l’ensemble. Le film manque cruellement de rythme et de pêche. Chaque séquence semble avancer avec le frein à main serré.
Là où l’espionnage devrait créer du suspense, de la paranoïa et de l’incertitude, Agents Secrets accumule les clichés les plus attendus. Les enjeux paraissent artificiels, les rebondissements téléphonés et les situations rarement surprenantes.On sent que Schoendoerffer cherche à fabriquer un grand thriller à la française, sérieux, international et ambitieux. Mais à force de vouloir satisfaire les attentes des producteurs, il oublie peut-être d’embarquer le public.
Tout paraît appliqué, professionnel même, mais jamais véritablement vivant. Le film avance comme une mission administrative alors qu’il devrait fonctionner comme une opération clandestine sous haute tension.
C’est d’autant plus regrettable que le casting secondaire tient remarquablement la route. Dussollier, Berling, Todeschini, Savin et Abkarian apportent une crédibilité qui manque souvent au duo central. Eux semblent appartenir à cet univers opaque où chaque regard cache une information et chaque silence un secret.
Au final, Agents Secrets est un thriller d’espionnage qui promet les coulisses de la DGSE mais ne livre qu’une version très sage et très convenue de cet univers fascinant.
Lent, raté par moments, encombré de clichés complètement stupides, il donne l’impression que tout le monde a été invité à la fête... sauf le spectateur. Des agents pas si secrets, donc, mais surtout un film qui ne parvient jamais à révéler ce qu’il cache derrière sa façade d’espionnage international.
NOTE : 9.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Frédéric Schoendoerffer
- Scénario : Yann Brion, Jean Cosmos, Olivier Douyère, Frédéric Schoendoerffer et Ludovic Schoendoerffer
- Production : Éric Névé, Francisco Ramos, Catherine Lapoujade et Jean-Louis Porchet
- Image sous marine CINEMARINE Cinéaste Christian Pétron
- Distribution :
France : TFM Distribution - Musique : Bruno Coulais
- Photographie : Jean-Pierre Sauvaire
- Montage : Irene Blecua
- Décors : Jean-Baptiste Poirot
- Costumes : Nicole Ferrari et Virginie Montel
- Régleur cascades : Stéphane Boulay
- Cascadeur : Stéphane Boulay
- Travelling voiture : Stéphane Boulay
- Pays de production :
France,
Italie,
Espagne
DISTRIBUTION
- Vincent Cassel : Georges Brisseau
- Monica Bellucci : Lisa
- André Dussollier : le colonel Grasset
- Bruno Todeschini : homme maigre en civil
- Ludovic Schoendoerffer : Loïc
- Sergio Peris-Mencheta : Raymond
- Éric Savin : Tony
- Charles Berling : Eugène
- Serge Avédikian : Igor Lipovsky
- Gabrielle Lazure : Véronique Lipovsky
- Simón Andreu : Maître Deligny
- Najwa Nimri : Maria Menendez
- Rosanna Walls : l'amie de Maria Menendez
- Clément Thomas, Pierre Balesi et Stéphane Boulay : hommes de main
- Jay Benedict : l'Américain
- Maud Buquet : jeune femme du Bon Marché
- Beatrice Kessler : Helena Standler
- Roberto Molo : douanier Genève
- François Bercovici : homme au chapeau
- Jean-Pierre Bouchard, Alain Cousseau et Salah Dizane : hommes prépa DGSE
- Shadrak Malinka : Da Silva
- Marina Moncade : gardienne de prison
- Jo Prestia : Gianni
- Walter Shnorkell : nettoyeur DGSE
- Paul Schoendoerffer : Piotr Lipovsky
- Louis Schoendoerffer : Luther Lipovsky
- Nathalie Billote : amie de Gianni
- Antonio Buíl : homme Lipovsky
- Hubert Cudre : douanier Geneve 1
- Jérôme Dassier : opérateur DGSE
- Jean-Marie Daunas et Laurent Flaesch : victimes
- Alessandro Di Martini, Dominique Nikola et Alexandre Ottovaggio : les touristes
- Doctor Gabs : pianiste hôtel chic
- Stefan Godin : technicien
- Georges Guerreiro et Jacques Michel : hommes Volkswagen break
- Hicham Ibrahimi : réceptionniste
- François Kounen : technicien DGSE
- Laurent Labasse : vieil ami Brisseau
- Natalia Menéndez : femme médecin prison
- Gérard Moll : homme Volkswagen break
- Stéphane Petit : garde du corps Lipovsky
- Emmet Judson Williamson : homme Lipovsky 2
- Marisol Rozo : jeune fille
- Lamia Rhoul : femme à la piscine
- Edmond Vullioud : homme hôtel 50 ans
- Stephen Shagov (non crédité) : ?
- Amélie Schoendoerffer (non créditée) : secrétaire
- Pierre Schoendoerffer (non crédité) : client au bar

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