Vu le Film Maigret et le Mort Amoureux de Pascal Bonitzer (2026) avec Denis Podalydés Anne Alvaro Manuel Guillot Irène Jacob Micha Lescot Julia Faure Olivier Rabourdin Matthieu Lucci Hughes Quester Dominique Reymond
Le commissaire Maigret est appelé en urgence au Quai d'Orsay au sujet d'un ancien ambassadeur renommé qui a été assassiné chez lui et dont le corps a été découvert par sa domestique. Il entretenait depuis cinquante ans une correspondance amoureuse avec une princesse, dont le mari, étrange coïncidence, vient de décéder. Face aux membres des deux familles et au manque de collaboration de la domestique du diplomate, Maigret enquête parmi les proches du défunt.
Fan de Georges Simenon et de son commissaire Maigret depuis toujours, nourri aux films avec Jean Gabin et à la série avec Jean Richard, j'abordais ce Maigret et le Mort Mystérieux de Pascal Bonitzer avec une curiosité sincère. D'autant plus que le film adapte Maigret et les Vieillards, un roman souvent considéré comme l'un des meilleurs de toute la saga.
L'histoire débute lorsqu'un vieil homme est retrouvé mort dans des circonstances mystérieuses. Maigret est chargé de l'enquête et découvre peu à peu un monde de notables, de secrets enfouis, de fidélités anciennes et de blessures que le temps n'a jamais totalement refermées. Comme souvent chez Simenon, l'enquête criminelle n'est finalement qu'une porte d'entrée vers l'étude des êtres humains, de leurs regrets et de leurs silences.
Sur le papier, tout semblait réuni pour donner naissance à un grand Maigret. Hélas, mille fois hélas, la promesse reste largement inaboutie.
Je ne remets absolument pas en cause le talent de Pascal Bonitzer. C'est un cinéaste et un scénariste de qualité. Mais raconter un Maigret demande autre chose que du talent ou même de l'admiration pour l'œuvre. Pour raconter Maigret, il faut avoir la foi. Une foi presque religieuse dans l'univers de Simenon, dans ses atmosphères, dans ses personnages et dans ce mélange unique de mélancolie et d'humanité.
Et c'est précisément ce qui manque ici.
Bonitzer n'est tout simplement pas dans son domaine de prédilection et cela se voit. Dès le départ, le choix de transposer l'action des années 1960 vers les années 2000 me paraît être une erreur. Tout ce qui faisait le charme du roman perd en saveur. Le lien si particulier avec le Quai des Orfèvres disparaît peu à peu. Les couloirs, l'escalier mythique, cette sensation de vieille maison policière pleine de souvenirs s'effacent au profit d'un décor beaucoup plus banal.
Même l'entourage de Maigret semble perdre une partie de son identité. Janvier est devenu commandant et l'ensemble donne l'impression d'une adaptation qui cherche davantage à actualiser qu'à comprendre ce qu'elle adapte.
Le problème est que Simenon n'a jamais été un auteur moderne. Il est profondément ancré dans son époque. En retirant cette époque, on retire une partie de son âme.
Et puis il y a Maigret lui-même.
J'apprécie énormément Denis Podalydès. C'est un excellent acteur. Mais il ne suffit pas d'une pipe et d'un chapeau pour être Maigret.
Chez Simenon, Maigret est une présence. Une masse tranquille. Une humanité silencieuse qui observe avant de juger. Gabin possédait cette évidence naturelle. Jean Richard aussi à sa manière. Ici, je ne retrouve jamais totalement le commissaire que j'aime depuis tant d'années.
Le film souffre également des nombreuses libertés prises avec le roman. Certaines adaptations nécessitent des ajustements, bien sûr. Mais ici, les modifications s'accumulent jusqu'à toucher la conclusion elle-même. Et lorsque l'on modifie la fin d'un des meilleurs romans de Simenon, il faut être capable de proposer quelque chose d'au moins aussi fort.
Ce n'est malheureusement pas le cas.
Résultat, malgré quelques qualités de mise en scène et un réel savoir-faire dans la direction d'acteurs, l'ensemble peine à captiver. On finit par regarder la grande horloge du salon pour voir quand l'enquête va se terminer...
Ah non, même pas : on est passé à Internet.
Le plus frustrant reste sans doute cette impression qu'un grand film était possible. Tous les ingrédients existaient. Le roman, les personnages, le mystère, les thèmes. Mais l'esprit de Simenon s'est perdu quelque part entre la modernisation forcée et une vision qui ne semble jamais totalement comprendre ce qui fait la singularité de Maigret.
Déçu d'être déçu.
Et puisqu'il faut conclure avec une évidence que le film semble parfois oublier :
Ceci est une pipe !
« La vérité finit toujours par sortir... mais parfois elle prend le temps de boire un verre avant.
NOTE : 8 90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Pascal Bonitzer
- Scénario : Pascal Bonitzer, d'après le roman Maigret et les Vieillards de Georges Simenon
- Musique : Alexeï Aïgui
- Décors : Sébastien Danos
- Costumes : Marielle Robaut
- Photographie : Pierre Milon
- Montage : Monica Coleman
- Production : Saïd Ben Saïd
- Producteurs associés : Kevin Chneiweiss et John Simenon
- Sociétés de production : SBS Productions ; coproduit par Versus Productions
- Société de distribution : Pyramide Distribution (France)
DISTRIBUTION
- Denis Podalydès : le commissaire Jules Maigret
- Anne Alvaro : Jacqueline Larrieu, dite "Jacotte"
- Manuel Guillot : le commandant Janvier
- Irène Jacob : Mme Maigret
- Micha Lescot : Mazeron
- Julia Faure : Charlotte, épouse Mazeron
- Olivier Rabourdin : le procureur
- Laurent Poitrenaux : Philippe de Vuynes, fils de la princesse
- Dominique Reymond : la princesse Isabelle de Vuynes
- Arcadi Radeff : Julien de Vuynes, fils aîné de Philippe
- Noël Simsolo : l'abbé Gauge
- Hugues Quester : Maître Aubonnet
- Cyril Gueï : Lapointe
- Matthieu Lucci : Lucas
- Natalia Pujszo : Ludmilla, employée maladroite de Charlotte
- Stéphane Mercoyrol : Moers
- André Marcon : l'inspecteur principal

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