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samedi 25 juillet 2026

12.30 - MON AVIS SUR LE FILM REPO MAN DE ALEX COX (1985)


 Vu le Film Repo Man de Alex Cox (1985) avec Emilio Estevez Olivia Barash Harry Sean Stanton Jimmy Buffet Jennifer Balgobin Tracey Walter


Bienvenue dans un monde où les punks côtoient les extra-terrestres, où une Chevrolet de 1964 vaut plus que tous les lingots de Fort Knox, où les types chargés de récupérer des voitures deviennent des chasseurs de primes malgré eux. Bienvenue dans Repo Man, un OVNI cinématographique comme les années 80 savaient en fabriquer.


Un film complètement punk... avec un punk comme héros !


Otto Maddox, interprété par le toujours formidable Emilio Estevez, est un jeune rebelle qui traîne ses Doc Martens, ses cheveux en bataille et son mépris de la société dans un Los Angeles totalement déglingué. Viré de son boulot, lâché par ses copains, incompris par ses parents, Otto erre sans véritable but... jusqu'à sa rencontre avec Bud, un "Repo Man" vétéran campé par l'immense Harry Dean Stanton.


Un Repo Man, c'est quoi ? C'est un type payé pour récupérer les voitures des mauvais payeurs. Dit comme ça, ça paraît presque administratif. Chez Alex Cox, cela devient une profession à mi-chemin entre le cow-boy, le mercenaire et le philosophe de comptoir.


Bud devient rapidement le père spirituel d'Otto et lui apprend toutes les ficelles du métier. Enfin... presque. Car dans Repo Man, rien ne se passe normalement.


Une mystérieuse Chevrolet Malibu de 1964 est recherchée par absolument tout le monde. Des Repo Men concurrents, des agents gouvernementaux, des scientifiques complètement timbrés, des marginaux, des criminels... Tous veulent mettre la main dessus sans vraiment savoir ce qu'elle contient.


Et lorsqu'on découvre enfin son secret...


On comprend pourquoi ce film est devenu culte.


Je ne dévoilerai rien, mais disons simplement qu'Alex Cox démarre comme un polar urbain, poursuit comme un road movie totalement barré et termine dans un délire de science-fiction flirtant avec le fantastique. Plus le film avance, plus il semble perdre la raison... et c'est précisément ce qui le rend aussi jouissif.


Il y a dans certaines scènes une folie qui annonce presque Bad Taste de Peter Jackson. Ce même goût pour le grand n'importe quoi, les situations absurdes, les personnages qui semblent avoir échappé d'un asile et cette impression permanente que personne n'a dit au réalisateur qu'il existait des limites.


Même si la réalisation n'est pas toujours à la hauteur de ses ambitions, le fun prend immédiatement le dessus. Impossible de bouder son plaisir devant un tel chaos organisé.


Alex Cox, qui réalisera quelques années plus tard le passionnant Sid & Nancy, consacré à Sid Vicious et Nancy Spungen, affichait déjà ici tout son amour pour la culture punk. On ne sent jamais un réalisateur qui observe ce mouvement de loin. On sent un cinéaste qui le vit, qui le respire et qui en partage toute l'énergie anarchique.


La bande originale participe énormément à cette réussite. Impossible d'imaginer un autre habillage sonore. Chaque morceau transpire le punk rock et accompagne parfaitement cette galerie de personnages complètement allumés.


Car des personnages hors du commun, le film en déborde. Des Repo Men philosophes, des agents fédéraux dépassés, des savants illuminés, des marginaux, des complotistes, des malfrats... tout ce petit monde se lance dans une chasse délirante derrière cette automobile atomique qui cache un secret qu'on n'est pas près d'oublier.


Emilio Estevez est absolument parfait. Il apporte à Otto une vraie fraîcheur, beaucoup d'humour et juste ce qu'il faut d'insolence pour devenir immédiatement sympathique. Face à lui, Harry Dean Stanton est impérial. Son Bud est bourru, ironique, fatigué de la vie mais incroyablement attachant. Leur duo fonctionne à merveille et donne au film une véritable colonne vertébrale au milieu de cette douce folie.


On rit très souvent tellement tout est farfelu, invraisemblable et totalement imprévisible. Chaque scène semble vouloir surprendre la précédente. Dès qu'on croit avoir compris où le scénario nous emmène, Alex Cox balance un énorme doigt d'honneur aux conventions et repart dans une autre direction.


C'est un cocktail explosif entre polar, satire sociale, science-fiction, fantastique et humour noir. Un mélange qui, sur le papier, ne devrait jamais fonctionner... et pourtant, il fonctionne.


Repo Man est de ces films qu'on ne regardait pas simplement. On se les échangeait en VHS sous le manteau entre copains, comme un secret bien gardé réservé aux amateurs de cinéma déjanté. Il faisait partie de ces K7 usées jusqu'à la corde, qu'on rembobinait avec le même plaisir à chaque visionnage.


Farfelu ? Complètement.


Bizarre ? Évidemment.


Inclassable ? Plus que jamais.


Et c'est justement pour ça qu'on l'aime. Parce qu'il refuse d'être un film comme les autres. Il préfère enfiler son blouson de cuir, monter le son, écraser l'accélérateur et partir dans un délire atomique dont seuls les années 80 avaient le secret.


Une véritable bombe punk qui n'a jamais cherché à plaire à tout le monde... et qui est devenue, pour cette raison, un authentique film culte.

NOTE : 12.30

FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION

dimanche 23 novembre 2025

16.90 - MON AVIS SUR LE FILM RAN DE AKIRA KUROZAWA (1985)

 


Vu le Film Ran de Akira Kurozawa (1985) avec Tatsura Nakadai Akira Terao Jinpachi Nezu Daisuke Riyu Mieko Harada Yoshiko Myazaki Hisachi Agawa Shinosuku Peter Ikehata 

Au xvie siècle, dans un Japon ravagé par la guerre, le vieux daimyo Hidetora Ichimonji décide de céder le contrôle de son fief à ses trois fils, TaroJiro et Saburo, afin de finir ses jours heureux et en paix. Mais les dissensions entre les trois frères plongent rapidement leurs familles, leurs foyers et la région dans le chaos. 

Ran, c’est ce moment où Shakespeare serre la main de Kurosawa, et où les deux décident de faire exploser les limites du tragique. Le Roi Lear, oui, mais passé par le prisme féodal japonais, avec des armées colorées, des plaines balayées par le vent, des châteaux en feu et un vieil homme qui perd son monde autant que sa raison. Bref : épique et dantesque,  On s’installe dans son canapé, saké à la main, en se disant qu’un tel film, hélas, on aurait rêvé de le découvrir en salle, tant chaque scène semble conçue pour un écran immense et un son qui vous assomme. 

L’histoire est limpide et cruelle : un seigneur vieillissant, Hidetora Ichimonji, décide de diviser son pouvoir entre ses trois fils. Mauvaise idée — très mauvaise idée même. Les liens familiaux se déchirent, les alliances se font et se défont avec une hypocrisie presque mathématique. Et comme toujours chez Shakespeare… chacun finira par payer le prix fort, entre vengeance, appât du pouvoir et folie. Kurosawa respecte la trame, mais l’adapte avec une liberté qui donne à l’ensemble une portée quasi mythologique. 

Ce qui frappe d’abord, c’est la beauté formelle du film. Les vastes paysages semblent respirer. Les couleurs des clans — jaune, rouge, bleu — glissent comme des coups de pinceau sur la toile du monde. Kurosawa compose chaque plan comme un tableau, prenant le temps de laisser le vent, la poussière, la lumière modeler l’espace. Le brouillard, les rafales, les tourbillons de terre deviennent des personnages à part entière, complices de la tragédie. 

Et puis il y a les batailles. Pas seulement grandioses : hypnotiques. La scène du château, sans le moindre son diégétique, uniquement portée par la musique de Toru Takemitsu, est un sommet de mise en scène. Les flèches enflammées traversent l’écran comme des météores, et au milieu de ce chaos pictural, Hidetora, catatonique, immobile, comme déjà mort dans un monde qui brûle autour de lui. C’est du cinéma pur, du cinéma qui ose la beauté au cœur de la violence. 

Le casting, lui aussi, porte cette ampleur. Tatsuya Nakadai en Hidetora est monumental : vieillard orgueilleux, tyran repenti trop tard, silhouette errante dans un monde qui bascule. Sa lente dérive vers la folie est jouée avec une précision sidérante — chaque regard, chaque tremblement raconte un homme qui comprend enfin les conséquences de ses propres cruautés. Les fils, chacun avec son tempérament — le loyal, l’arrogant, le traître — incarnent parfaitement les tensions familiales qui minent la dynastie. Et impossible d’ignorer les figures féminines, faussement en retrait : Machiko Kyō en Lady Kaede, par exemple, incarne la vengeance froide, méthodique, presque surnaturelle. Sans elles, Ran ne serait pas Ran. 

La force du film réside aussi dans sa manière d’illustrer l’absurdité du pouvoir et la violence humaine. Pas de manichéisme : chacun est responsable, chacun est complice, chacun est pris dans un engrenage ancestral. Kurosawa pousse plus loin encore que Shakespeare l’idée d’un monde où les dieux sont absents, ou indifférents, et où les hommes courent à leur perte avec une énergie dévastatrice. 

Et il y a ce rouge. Pas n’importe quel rouge : un rouge plus rouge que le rouge. Le sang coule comme s’il voulait devenir couleur dominante du film, absorbant le bleu du ciel et le vert de la terre. Le cadrage des champs de bataille — immense, lointain, presque documentaire — donne à l’ensemble cet “effet de réel” qui rend la tragédie encore plus glaçante. 

La fin ? Sublime et tragique, . Un dernier souffle de beauté noire, une chute sans filet, un monde qui s’écroule dans un silence presque religieux. 

Ran, c’est la Terre et le Feu. Le clan et la poussière. Le Shakespeare épique revisité par le dantesque Kurosawa. Une œuvre totale, immense, qui vous écrase autant qu’elle vous émerveille. Et même si on le regarde depuis son canapé… on sait très bien qu’on est face à un monument. 

NOTE : 16.90

FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Akira Kurosawa

Assistants réalisateurs : Ishirō Honda, Bernard Cohn et Takashi Koizumi

Scénario : Akira Kurosawa, Hideo Oguni, Masato Ide, d'après la tragédie Le Roi Lear de William Shakespeare

Production : Masato Hara, Serge Silberman et Hisao Kurosawa

Producteur exécutif : Katsumi Furukawa

Photographie : Asakazu Nakai, Takao Saitō et Masaharu Ueda

Son : Claude Villand, Fumio Yanoguchi et Shōtarō Yoshida

Montage : Akira Kurosawa

Direction artistique : Yoshiro Muraki et Shinobu Muraki

Costumes : Emi Wada

Musique : Tōru Takemitsu

Chef d'orchestre : Hiroyuki Iwaki

Sociétés de production : Greenwich Film Productions, Herald Ace et Nippon Herald Films

Sociétés de distribution : Tōhō (Japon), Acteurs auteurs associés (France)

Budget : 12 000 000 $

DISTRIBUTION

vendredi 14 novembre 2025

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM POULET AU VINAIGRE DE CLAUDE CHABROL (1985)


 Vu le Film Poulet au Vinaigre de Claude Chabrol (1985) avec Jean Poiret Stéphane Audran Lucas Belvaux Michel Bouquet Pauline Lafont Jean Topart Caroline Cellier Joséphine Japy Dominique Zardi 

Dans une petite ville de province, Madame Cuno, une impotente qui refuse de vendre sa maison, prend un plaisir certain à refuser les offres, pourtant intéressantes, de trois notables. Louis, son fils facteur, profite quant à lui de sa fonction pour se tenir au courant des petites histoires peu avouables de ses concitoyens. Après avoir saboté la voiture d'un des notables, qui lorgnait sur la demeure familiale, il apprend que celui-ci a été assassiné. L'inspecteur Lavardin mène l'enquête. 

Claude Chabrol remet une fois de plus le couvert avec Poulet au Vinaigre (1985), et dans sa marmite, il nous mijote une volaille au sang acide, un plat bien de chez lui : la bourgeoisie de province cuite à feu lent, dans sa graisse morale et ses petits secrets bien rôtis. On pourrait dire que Chabrol retrouve ici ses fondamentaux : les notables en façade impeccable, les rancunes bien grasses et les petits arrangements sordides de ceux qui s’ennuient entre deux repas. Le tout servi avec un humour noir et une précision de bistrotier du crime. 

La volaille, ici, c’est l’Inspecteur Lavardin. Et quel oiseau rare ! Jean Poiret, tout en malice, cynisme et autorité tranquille, incarne un flic comme on n’en fait plus. Pas de gants blancs ni de phrases de commissariat, mais des répliques qui piquent et des regards qui décortiquent. Lavardin, c’est un poulet au vinaigre, oui, mais c’est surtout un aigle déguisé en simple volatile. Il ne se laisse pas voler dans les plumes, surtout face à ces bourgeois normands dont la vertu n’a d’égale que la pourriture sous la nappe. Poiret donne à Lavardin une humanité rugueuse, une ironie tendre, et un plaisir de traquer qui le rend inoubliable — un flic à part, définitivement à part, dans la mémoire du cinéma français. 

À ses côtés, une galerie chabrolienne d’une justesse cruelle : Stéphane Audran, impériale et blessée, incarne une femme diminuée par le corps mais debout dans la dignité. Son fils, joué par le jeune Lucas Belvaux (futur réalisateur), devient le bras vengeur d’une mère humiliée, un facteur porteur de rage et de vérité. Le trio Poiret–Audran–Belvaux, c’est le cœur battant du film : trois solitudes, trois douleurs, trois formes de résistance dans une société qui préfère étouffer plutôt qu’avouer. 

Le scénario, signé Chabrol et Odile Barski, condense tout ce que le cinéaste sait faire : un polar d’apparence classique où chaque plan découpe la chair du mensonge provincial. Le crime n’est jamais le moteur, mais le révélateur. On tue ici moins par haine que par peur d’être vu tel qu’on est. Et Chabrol filme cette peur avec un calme de chirurgien, sans éclats, sans effets, mais avec cette rigueur entomologique qui transforme le petit fait divers en étude de mœurs. 

La mise en scène, faussement tranquille, regorge de détails assassins : un plan sur une assiette, un regard qui se détourne, une porte qui claque — tout respire la tension larvée. Le montage, précis comme un coup de scalpel, épouse le rythme du flic et de ses suspects : le spectateur, lui, se retrouve complice malgré lui. Et derrière l’enquête, c’est tout un monde qui se fissure : Chabrol s’amuse à faire sauter les couvercles, à révéler la crasse sous les nappes blanches. 

Visuellement, Poulet au Vinaigre n’a rien d’un festin baroque : c’est une cuisine sobre, mais goûteuse, où chaque ingrédient trouve sa place. Les couleurs froides de la province, les intérieurs étouffants, les visages fermés — tout participe à ce sentiment d’enfermement, de société close sur ses hypocrisies. Et au milieu de ce décor, Lavardin, comme un poivre sur la langue, vient tout relever. 

Chabrol signe ici un film à la fois drôle, cruel, et incroyablement vivant. Poulet au Vinaigre, c’est du Chabrol comme on l’aime : savoureux, piquant, salé juste ce qu’il faut, mais surtout très poivré. Un polar à mijoter lentement, à déguster avec un grand sourire carnassier. 

Et si certains réalisateurs nous servent du réchauffé, Chabrol, lui, nous rappelle qu’un bon poulet au vinaigre, ça se prépare à feu doux, avec du caractère, du fiel et beaucoup d’ironie. 

Et au final, Chabrol, comme un grand chef, nous rappelle qu’au cinéma comme en cuisine, tout est affaire de feu, de patience et de goût 

Un grand cru, millésime 1985 — à servir sans modération. 

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION