Vu le film The Lost City of Z de James Gray (2016) avec Charlie Hunnam Tom Holand Robert Pattinson Sienna Miller Angus MacFayden Ian McDiarmid Pedro Coello Clive Francis
Magnifique, puissant et humain
Définitivement, James Gray est un très grand réalisateur. Et je crois même que je suis à jamais Graysien !
Lui qui nous a habitués à New York, sa ville natale, présente d’une manière ou d’une autre dans tous ses films, nous abandonne cette fois sur les rives du Rio Verde, aux confins de l’Amazonie, entre la Bolivie et le Brésil. Et comme aurait dit Pierre Bellemare : « Incroyable… mais vrai ! »
James Gray aurait pu nous faire son Apocalypse Now à lui. Mais son intelligence est justement de ne pas réduire cette aventure à la jungle. Il nous emmène aussi dans les tranchées de la Première Guerre mondiale et dans les sièges du Parlement anglais. Trois mondes, trois combats, trois façons pour un homme de chercher sa place.
Le film est l’adaptation du livre éponyme de David Grann, lui-même inspiré de l’incroyable histoire de l’explorateur britannique Percy Harrison Fawcett, parti à la recherche d’une mystérieuse cité perdue qu’il baptisera Z.
Et là commence la véritable aventure.
Fawcett part d’abord presque par obligation, puis la découverte devient une obsession. Comme un Tintin, cher à notre pays même s’il est belge, parti vers son Temple du Soleil, il va poursuivre son rêve jusqu’au bout du souffle. Son Eldorado à lui n’est pas seulement fait d’or : c’est l’inconnu, la découverte, la possibilité de prouver que des civilisations anciennes ont existé au cœur de cette forêt que les Européens considèrent comme hostile et sauvage.
Mais The Lost City of Z est aussi un film sur les épreuves : les trahisons, le scepticisme de la communauté scientifique, la place des femmes dans la société britannique, la guerre, et surtout les années volées à une famille.
Car pendant que monsieur cherche sa cité perdue, madame attend !
Sienna Miller est formidable en épouse et mère délaissée, condamnée à supporter les absences de cet homme qui préfère parfois courir après un rêve plutôt que de rester auprès des siens.
La quête de Fawcett se fera en plusieurs expéditions, chacune repoussant un peu plus les limites de l’homme : la jungle, la chaleur, les maladies, les animaux, les fleuves, les tribus, les flèches… et même les Américains, engagés dans une véritable course avec les Britanniques pour la conquête de ces territoires.
Mais ce qui me fascine chez James Gray, c’est qu’il ne nous donne jamais complètement ce que nous attendons.
À chaque expédition, il nous laisse avec nos propres questions. Et cette frustration devient magnifique.
Car l’histoire vraie est encore plus incroyable : lors de son dernier voyage, Fawcett disparaît avec son fils Jack. Ils ne seront jamais retrouvés.
Alors ont-ils découvert Z ?
Se sont-ils perdus et sont-ils morts de faim dans cette forêt obscure, terrifiante et magnifique ? Ont-ils été tués par une tribu ? Ou Fawcett a-t-il découvert quelque chose qu’il a préféré garder pour lui ?
Et si, finalement, le père avait convaincu son fils de rester auprès d’une tribu et de vivre une autre aventure, plus humaine, loin de cette civilisation qui ne pensait déjà qu’à conquérir ?
Cette dernière possibilité me plaît presque davantage.
Car le film est aussi profondément écologiste. Il montre déjà la folie humaine : détruire des territoires, massacrer des populations, ravager la faune et les arbres pour quelques grammes d’or ou quelques lignes dans les journaux.
Et si Fawcett avait réellement découvert cette cité et choisi de ne jamais révéler son emplacement aux militaires ou aux sociétés géographiques ?
Alors là, je signe immédiatement pour que cette histoire soit vraie !
James Gray nous offre un film magnifique sur le fond, magnifique visuellement — et avec Darius Khondji à la photographie, dire magnifique est presque un pléonasme.
Et puis il y a la jungle.
Pas la jungle de carte postale avec trois perroquets qui passent devant la caméra pour faire joli. Non, la vraie jungle, celle qui semble vouloir vous avaler tout entier.
Chez James Gray, elle n’est jamais un simple décor. Elle respire, elle transpire, elle enferme, elle menace. Chaque arbre semble cacher quelque chose, chaque bruit devient suspect, chaque rivière peut être un piège. On avance avec Fawcett mais on se demande constamment si nous-mêmes aurions fait dix mètres de plus !
Mais c’est véritablement la jungle qui m’a le plus bouleversé et intrigué. On a envie d’y être… enfin presque ! Parce qu’entre les araignées, les serpents et toutes les autres bestioles qui veulent visiblement vous manger, on peut aussi réfléchir deux minutes !
Charlie Hunnam est parfait de justesse dans le rôle de Fawcett. Benedict Cumberbatch et Brad Pitt avaient été envisagés avant lui, mais le choix de Hunnam est finalement une excellente décision. Et il a bien fait de préférer cette aventure à Cinquante nuances de Grey !
Sienna Miller est bouleversante, Tom Holland, futur Spider-Man, incarne avec beaucoup de force ce fils partagé entre colère et admiration pour son père. Et Robert Pattinson, bien barbu, est excellent lui aussi — ce qui rappellera aux Deauvillais pourquoi certains attendaient sa venue au Festival de Deauville !
Une magnifique aventure humaine, historique, écologique et cinématographique, réalisée de main de maître par l’un des grands réalisateurs de notre époque.
Et surtout un film qui nous laisse avec une question merveilleuse : parfois, vaut-il mieux découvrir le rêve… ou continuer à rêver qu’on l’a découvert ?
James Gray ne répond pas.
Et c’est précisément pour cela que son film est grand.
Je suis à jamais Graysien.
NOTE : 18.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : James Gray
- Scénariste : James Gray, à partir du récit La Cité perdue de Z de David Grann
- Musique : Christopher Spelman
- Direction artistique : John Merry, Emilia Roux et Nóra Takács
- Décors : Jean-Vincent Puzos
- Costumes : Sonia Grande
- Photographie : Darius Khondji
- Montage : John Axelrad, Lee Haugen
- Production : Brad Pitt, Dede Gardner, Jeremy Kleiner, Anthony Katagas et Dale Armin Johnson
- Production déléguée : Marc Butan, Julie B. May et Glenn Murray
- Sociétés de production : MICA Entertainment, MadRiver Pictures, Paramount Pictures et Plan B Entertainment
- Sociétés de distribution : Paramount Pictures
- Budget : 30 millions de dollars
DISTRIBUTION
- Charlie Hunnam (VF : Marc Arnaud) : Percy Fawcett
- Robert Pattinson (VF : Thomas Roditi) : Henry Costin
- Sienna Miller (VF : Céline Mauge) : Nina Fawcett
- Tom Holland (VF : Gabriel Bismuth-Bienaimé) : Jack Fawcett
- Edward Ashley (VF : Nathanel Alimi) : Arthur Manley
- Angus Macfadyen (VF : Frédéric Souterelle) : James Murray
- Ian McDiarmid (VF : Georges Claisse) : Sir George Goldie
- Clive Francis (VF : Philippe Catoire) : Sir John Scott Keltie
- Matthew Sunderland : Dan
- Johann Myers : Willis
- Aleksandar Jovanovic (de) : Rudolf
- Elena Solovei : Madame Kumel
- Bobby Smalldridge : Jack Fawcett, à sept ans
- Tom Mulheron : Jack Fawcett, enfant
- Harry Melling : William Barclay
- Michael Jenn (VF : Thierry Garet) : Sidney Thornton
- Franco Nero : Baron de Gondoriz
