Revu
Touchez-pas au Grisbi de Jacques Becker
(1954) avec Jean Gabin, Lino Ventura, René Dary, Paul Frankeur, Dora Doll,
Vittorio Sanipoli, Marilyn Bufferd, Gaby Basset, Barge, Daniel Cauchy, Jeanne Moreau,
Dominique Davray.
Max (Jean Gabin) et Henri Ducros dit Riton (René Dary)
sont deux truands associés depuis vingt ans. Ils viennent de réaliser un
« coup fumant » en volant 50 millions en lingots.
Riton parle un jour du magot à sa petite amie, qui en parle à Angelo Fraiser (Lino
Ventura), un bandit rival. Après une tentative ratée d’enlèvement de Max
pour lui faire dire où est caché l'or, Angelo enlève Riton et propose de le
libérer en échange du trésor.
Touchez pas au grisbi de Jacques Becker est un classique du film noir français d’après-guerre, mais c’est aussi le film qui va permettre à Jean Gabin de retrouver le chemin du succès public et critique après une période de vaches maigres. Il obtiendra pour ce rôle la Coupe Volpi de la Mostra de Venise et commencera à imposer ce nouveau style qui fera sa gloire pendant près de vingt ans, jusqu’à en faire cette figure de patriarche du cinéma français que l’on connaît.
Adapté de la trilogie d’Albert Simonin consacrée à Max le Menteur, le film raconte l’histoire de Max et de son ami Pierrot, deux vieux routiers du milieu qui viennent de réussir un joli coup en mettant la main sur cinquante millions en lingots d’or. Mais dans le petit monde de la pègre, le grisbi attire forcément les convoitises et Max va rapidement comprendre que son butin risque de lui attirer quelques ennuis, surtout lorsque son ancien complice Angelo décide de mettre la main dessus. Et avec Gabin dans le rôle de Max, on comprend vite qu’il ne va pas abandonner son grisbi sans discuter.
Les deux autres romans de Simonin seront eux aussi adaptés au cinéma avec Le Cave se rebiffe, toujours avec Gabin, puis Les Tontons flingueurs, avec Lino Ventura, ce qui permet d’ailleurs de faire une jolie boucle puisque Touchez pas au grisbi marque également les débuts de Ventura au cinéma. Pour un premier rôle, il s’en sort plutôt bien avant de devenir quelques années plus tard un Gorille beaucoup plus célèbre.
Simonin et Becker changent surtout le rythme du roman pour en faire un film beaucoup plus intimiste sur la vie des gangsters. Ici, les truands ne passent pas leur temps à faire les 24 Heures du Mans à chaque seconde. Ils prennent leur temps, gèrent leurs petits business, leurs magouilles, les casses et la revente des recels, tout en profitant de la vie et des femmes. L’amitié virile entre Max et Pierrot compte finalement autant que les barres de lingots à refourguer, et le duo formé par Gabin et René Dary fonctionne à merveille.
Si l’on connaît bien Touchez pas au grisbi et Les Tontons flingueurs, on retrouve d’ailleurs quelques similitudes entre les deux films, notamment cette solidarité entre copains prêts à se mettre dans la merde pour aider l’un des leurs, ainsi que la fameuse bataille finale sur une route de province avec mitraille, explosions et voitures qui passent un sale quart d’heure. Et évidemment, impossible de ne pas penser à la phrase de Francis Blanche dans Les Tontons flingueurs : « Touche pas au grisbi, salope ! », même si la formule est ici évidemment à l’envers puisque le titre du film de Becker est devenu une expression à part entière.
La musique jazzy de Jean Wiener accompagne parfaitement le film et son thème est devenu éternel : dès que les premières notes résonnent, on sait immédiatement où l’on est. René Dary et Paul Frankeur, habitués de ce type de cinéma, sont toujours parfaits, parce que ça, c’était des acteurs ! Quant à Gabin, par sa prestance, son calme et cette droiture qu’il impose au personnage, il domine le film sans avoir besoin d’en faire des tonnes.
Avec lui, on n’a d’ailleurs pas franchement envie de toucher au grisbi, sinon on risque rapidement de manger de la purée pendant plusieurs jours. Et dans beaucoup de films de cette époque qui ont fait la gloire de notre cinéma, la morale est sauve. Pas besoin de mettre un carton au début pour nous expliquer qui sont les méchants : ils finissent généralement par payer l’addition et, si au passage un clampin peut récupérer une rivière d’or, personne ne va vraiment s’en plaindre.
Touchez pas au grisbi reste ainsi un immense plaisir, encore partagé soixante-dix ans après sa sortie, avec son atmosphère, ses personnages, ses dialogues, son amitié virile et cette musique de Jean Wiener qui n’a pas pris une ride. Un film noir à l’ancienne, sans fausse note… de jazz.
FICHE TECHNIQUE
DISTRIBUTION
- Jean Gabin : Max le menteur, complice de Riton
- René Dary : Henri Ducrot dit Riton
- Dora Doll : Lola, la petite amie de Max
- Vittorio Sanipoli : Ramon, un homme d'Angelo (V.F. Fernand Sardou)
- Marilyn Bufferd : Betty, une maîtresse de Max
- Gaby Basset : Marinette, la femme de Pierrot
- Barge : Eugène, le portier chez Oscar
- Bouvette : le chauffeur de taxi
- Daniel Cauchy : Fifi le dingue, un homme d'Angelo
- Denise Clair : la mère Bouche, la restauratrice
- Angelo Dessy : Bastien, un homme d'Angelo
- Michel Jourdan : Marco, le jeune truand 3
- Paul Œttly : Oscar, le receleur et oncle de Max
- Jean Riveyre : le garçon du Moderna
- Delia Scala : Huguette, la secrétaire d'Oscar
- Umberto Silvestri : le complice de Ramon dans l'ascenseur
- Lucilla Solivani : Nana, une secrétaire de Pierrot
- Lino Ventura : Angelo Fraisier, un chef de bande concurrente
- Paul Frankeur : Pierrot, le propriétaire de la boîte
- Jeanne Moreau : Josy, la petite amie de Riton
- Dominique Davray : une prostituée chez Bouche (non créditée)
- Jean Clarieux : un des quatre malfrats attablés chez Bouche (non crédité)
- Jean Daurand : un des quatre malfrats attablés chez Bouche (non crédité)
- René Hell : un des quatre malfrats attablés chez Bouche (non crédité)
- Charles Mahieu : Bébert, un des quatre malfrats attablés chez Bouche (non crédité)
- Gérard Blain : le portier de la boîte de nuit (non crédité)
- Robert Le Fort : un client éconduit chez Bouche (non crédité)
- Charles Bayard : M. Dufiond, un danseur (non crédité)
- Pierre Moncorbier : un barman (non crédité)