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vendredi 23 octobre 2026

4.80 - MON AVIS SUR LE FILM LES LEOPARDS DE CHURCHILL (1970)

 


Vu le Film Les Léopards de Churchill de Maurizio Pradeaux (1970) avec Richard Harrison Klaus Kinski Giacomo Rossi Stuard Helga Liné Pilar Velazquez


En regardant Les Léopards de Churchill, j’ai immédiatement repensé à mon fameux Cinex, ce cinéma de quartier parisien où l’on pouvait découvrir des films dans une salle enfumée, avec un son qui crachotait et une pellicule qui se coupait parfois en plein milieu d’une scène. À l’époque, on ne venait pas forcément pour voir un chef-d’œuvre, mais on pouvait tomber sur des films dont on ressortait avec quelques souvenirs, même si ce n’était pas toujours pour les bonnes raisons. Celui-ci fait partie de cette catégorie où le mot « nanar » semble avoir été inventé spécialement pour lui.

Maurizio Pradeaux nous propose ici un film de guerre dans lequel les Alliés doivent déjouer les plans des nazis. Sur le papier, l’affaire pourrait tenir la route : une mission périlleuse, des ennemis à tromper, des identités à brouiller et suffisamment de dangers pour entretenir le suspense. Mais entre le papier et l’écran, il y a un gouffre que le réalisateur ne parvient jamais à franchir. On aurait presque envie de lui tendre une passerelle, mais même le matériel nécessaire semble avoir été acheté en kit.

Le scénario nous sort une idée qui permet de faire des économies tout en compliquant inutilement les choses : deux frères jumeaux, l’un dans le camp allié, l’autre chez les Allemands, tous deux interprétés par Richard Harrison. Voilà donc notre acteur chargé de jouer deux personnages, avec le petit avantage pour la production de ne payer qu’un seul comédien pour deux rôles. Le cinéma italien savait parfois faire des miracles avec trois bouts de ficelle, mais ici, les ficelles sont tellement visibles qu’elles finissent par constituer l’essentiel du spectacle.

L’astuce consiste à faire passer l’Allié pour son frère allemand afin de contrecarrer les projets nazis. Il faut donc que les personnages se ressemblent suffisamment pour tromper leurs adversaires, mais que le spectateur puisse tout de même suivre l’histoire. Avec Richard Harrison dans les deux rôles, le problème est réglé : il suffit de changer de camp, de costume et de position devant la caméra. On aurait presque pu lui demander de jouer aussi le réalisateur, histoire de poursuivre les économies jusqu’au bout.

Au milieu de tout cela, nous avons droit à Klaus Kinski, dont la présence devrait normalement apporter un peu de relief à cette aventure. Mais Kinski fait du Kinski, avec cette intensité qui lui appartenait et qui pouvait donner du poids à certains films. Ici, on a plutôt l’impression qu’il joue dans une production parallèle, persuadé d’être au milieu d’un film autrement plus important que celui dans lequel il se trouve. Il semble parfois que les acteurs ne soient pas tous au courant du film auquel ils participent, ce qui expliquerait bien des choses.

La mise en scène ne vient malheureusement pas sauver l’entreprise. Les décors donnent l’impression d’avoir été achetés chez IKEA, avec montage à la va-vite et quelques vis oubliées dans la boîte. On attend presque de voir apparaître la notice en plusieurs langues et le petit outil fourni avec le meuble. Quant à la lumière, elle est tellement faible qu’on pourrait croire que l’équipe a voulu économiser l’électricité, mais assombrir une image ne suffit pas à lui donner du caractère. Encore faudrait-il savoir où placer la caméra et comment filmer une scène.

Le cadrage n’arrange rien, les scènes manquent de rythme et l’action peine à décoller. On nous parle de guerre, de résistance, de sabotage et de nazis à tromper, mais l’ensemble donne surtout l’impression que le film cherche lui-même la sortie de secours. Les situations s’enchaînent sans véritable tension, les rebondissements arrivent comme ils peuvent et le spectateur finit par se demander si quelqu’un, sur le tournage, a réellement lu le scénario jusqu’au bout.

D’ailleurs, quel scénario ? L’histoire pourrait tenir sur l’emballage d’un Malabar, et il resterait probablement assez de place pour noter les dialogues. L’idée des jumeaux aurait pu offrir quelques possibilités amusantes ou entretenir un minimum de suspense, mais elle est exploitée avec une telle lourdeur que l’on voit arriver les ficelles avant même que les personnages aient compris ce qui leur arrive. Les nazis se font berner, les Alliés avancent dans leur mission et nous, devant l’écran, nous attendons toujours que le film commence réellement.

Les seconds rôles ne relèvent guère le niveau. Certains donnent franchement l’impression d’avoir appris leur texte après l’avoir joué, ce qui constitue une méthode de travail originale, mais dont les résultats restent discutables. Les dialogues sont débités sans conviction, les réactions tombent à côté et les personnages semblent parfois aussi surpris que nous par ce qui leur arrive. Il ne manque plus qu’un acteur qui demande à son partenaire ce qu’il est censé faire dans la scène suivante.

Tout cela serait presque attendrissant si le film parvenait à transformer ses faiblesses en charme. Or, il ne possède ni l’énergie nécessaire pour faire oublier ses défauts, ni l’imagination qui permet à certains films fauchés de devenir de véritables plaisirs coupables. Le manque de moyens n’excuse pas tout : avec une bonne idée, un peu d’inventivité et une mise en scène qui tient debout, on peut accomplir beaucoup de choses. Ici, on a surtout le sentiment que les économies ont été faites partout, y compris sur les idées.

Dire que Les Léopards de Churchill est mauvais serait donc un euphémisme. Il accumule les maladresses, les facilités et les approximations sans jamais réussir à donner à son histoire le souffle d’un véritable film d’aventures. Même le contexte de la Seconde Guerre mondiale, qui offre pourtant matière à des récits autrement plus passionnants, ne parvient pas à réveiller cette production.

Je lui reconnais malgré tout une qualité très personnelle : il m’a rappelé le Cinex, ses fauteuils, sa fumée, le bruit de la machine et ces séances où l’on ne savait pas toujours ce que l’on allait voir. À défaut d’être un grand film, il réveille quelques souvenirs de cinéma de quartier, une époque où l’on pouvait entrer dans une salle pour passer le temps et en ressortir avec une histoire à raconter.

Sauf que, cette fois, le souvenir du Cinex est nettement meilleur que le film lui-même. Et si les léopards de Churchill ont réellement mené une mission aussi peu convaincante que celle-ci, les nazis ont dû finir la guerre en demandant le remboursement de leurs billets.

NOTE : 4.80

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samedi 16 mai 2026

11.20 - MON AVIS SUR LE FILM LE VOYOU DE CLAUDE LELOUCH (1970)

 


Vu le Film Le Voyou de Claude Lelouch (1970) avec Jean Louis Trintignant Charles Denner Charles Gérard Danièle Delorme Christine Cochet Yves Robert Aldo Maccione Judith Magre Paul le Person


Simon dit « le Suisse », un gangster condamné pour l'enlèvement d'un enfant cinq ans plus tôt, parvient à s'évader de prison. Il trouve une planque et reprend contact avec ses anciens complices. Il cherche un moyen de se venger du père de l'enfant, Gallois, celui-ci ayant participé à l'organisation du rapt (afin d'escroquer la banque qui l'emploie), avant de le dénoncer à la police.

Il y a des films qui sentent immédiatement le vidéo-club, la cassette qu’on loue un vendredi soir et qu’on finit par connaître par cœur à force de rembobiner. Le Voyou fait partie de ceux-là. Pas étonnant d’apprendre que c’est un des polars préférés de Quentin Tarantino tant le film ressemble parfois à une grande cour de récréation pour amoureux du polar, des gueules et des dialogues qui avancent à l’instinct plus qu’à la logique pure.

Chez Claude Lelouch, les gens qui ne devraient jamais se rencontrer finissent toujours par se croiser au coin d’une rue, dans une bagnole ou autour d’un mauvais coup. Ici il y a Simon dit “le Suisse”, joué par un Jean-Louis Trintignant absolument parfait en voyou élégant, fatigué, malin et presque romantique malgré lui. Autour de lui gravitent les habitués de la maison Lelouch : Charles Gérard, Aldo Maccione, Yves Robert Judith Magre ou Danièle Delorme , tous donnant cette impression de bande qui se connaît depuis toujours. Même les prénoms semblent revenir d’un film à l’autre chez Lelouch : Simon, Charlot, Aldo… comme si ces personnages pouvaient continuer leurs aventures ailleurs, dans un autre film, une autre époque, une autre combine.

Le scénario lui-même aime brouiller les pistes. Lelouch dédouble son récit, joue avec le temps, perturbe volontairement le spectateur entre présent et passé. On croit suivre une histoire classique de cavale et d’enlèvement d’enfant pour récupérer du fric, puis le film bifurque sans arrêt vers autre chose : des rencontres improbables, des histoires d’amour bancales, des amitiés de truands, des hasards presque absurdes. C’est très lelouchien dans le meilleur comme dans le plus agaçant du terme. On sent le cinéaste qui s’amuse énormément avec sa narration, beaucoup plus parfois que le spectateur lui-même.

Mais même quand ça part dans tous les sens, impossible de nier le charme du film. Il y a cette photographie très années 70, ces ballets hors-sol typiques de Lelouch où les personnages semblent flotter dans un monde parallèle, entre polar réaliste et rêverie sentimentale. Et puis il y a surtout la musique de Francis Lai qui enveloppe tout ça avec cette mélancolie immédiatement reconnaissable, capable de rendre poétique un simple trajet en voiture ou une conversation de bistrot.

Le film avance comme une improvisation permanente. Un peu comme si Lelouch avait réuni une bande de copains acteurs avec une envie simple : faire un polar libre, élégant, parfois drôle, parfois bancal, mais vivant du début à la fin. Et c’est justement ce qui fait son charme culte. Ce n’est pas un polar millimétré à l’américaine, c’est un polar français qui roule à l’instinct, au visage, à la musique et aux coïncidences.

Moi, Lelouch s’amuse beaucoup. Moi un peu moins quand même. Parce qu’à force de vouloir perturber, de casser la chronologie et de faire se croiser tout le monde, il finit parfois par regarder son propre cinéma fonctionner avec un peu trop de satisfaction. Mais même dans ses excès, il reste impossible à confondre avec un autre. Et c’est peut-être pour ça que des cinéphiles comme Tarantino adorent ce film : ce mélange de polar, de romance, de hasard et de liberté totale, on ne le trouve que chez Lelouch.

NOTE : 11.20

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dimanche 12 avril 2026

16.10 - MON AVIS SUR LE FILM PANIQUE A NEEDLE PARK DE JERRY SCHATZBERG (1970)


 Vu le Film Panique à Needle Park de Jerru Schatzberg (1970) avec Al Pacino Kitty Winn Alan Vint Richard Bright Raul Julia Marcia Jean Kurtz Warren Finnerty Joe Santos Payl Sorvino 

Le film dépeint la vie d'un groupe d'héroïnomanes à New York. Le contexte est pour eux particulièrement difficile en raison d'une grande pénurie de drogue à New York par suite d'une saisie faite par les forces de l'ordre. Bobby (Al Pacino), un des héroïnomanes, tombe amoureux de Helen (Kitty Winn) et l'initie à cette drogue. Le film est donc surtout la chronique de leur chute, d'une charmante histoire d'amour à l'enfer de la toxicomanie. 

Double légende à l’affiche de ce film : le réalisateur, que j’ai eu la chance de rencontrer à Deauville en 2023, et devant la caméra, le monstre sacré Al Pacino. Là, on ne joue plus, on est dans le dur, dans ce que les années 70 ont produit de plus cru. 

Cette fois, notre cher Al n’est pas un flic infiltré, non, il est dans la sauce. En plein dedans. Lui, c’est Bobby, petit dealer de rien du tout, qui traîne sa came et sa dégaine dans un New York poisseux, où la drogue et les toxicomanes sont aussi nombreux que les cafards. Et cafard, c’est exactement l’état dans lequel est mis le spectateur. 

Parce que ce qu’on voit, c’est la misère. La vraie. Physique, mentale, sociale. Des gamins qui se défoncent sans aucune raison apparente, si ce n’est oublier, s’isoler, être hors système. Disparaître sans faire de bruit. Schatzberg ne cherche pas à expliquer, il montre. Et ça fait mal. 

Bobby tombe amoureux de Helen, incarnée par Kitty Winn. Et là, tu te dis peut-être qu’il va y avoir une lumière. Une sortie. Une rédemption. Mais non. Mauvaise pioche. Au lieu de la stabiliser, il l’embarque avec lui dans sa chute. Une chute lente, sale, inévitable. L’amour ici, c’est pas une bouée, c’est un poids en plus qui t’entraîne vers le fond. 

Le scénario est simple, presque minimaliste, mais d’une efficacité redoutable. Pas de grands discours, pas de morale plaquée. Juste une trajectoire. Une descente. Et chaque scène enfonce un peu plus le clou. Jusqu’à l’inconfort total. 

Et alors la mise en scène… Schatzberg fait du cinéma brut. Il te balance les seringues, les piqûres, les défonces, les manques, les alertes médicales en pleine figure. Sans filtre. Sans musique pour te tenir la main. On est presque dans le documentaire, avec une caméra qui semble traîner là par hasard, au milieu de ces vies foutues. 

C’est du cinéma Actors Studio dans ce qu’il a de plus organique. Les corps parlent, les regards suffisent. Et nous, spectateurs, on se défonce à ce type de cinéma. Violent, oui. Mais terriblement efficace. 

Et Pacino… mais Pacino quoi. Déjà immense. Déjà habité. Il ne joue pas Bobby, il est Bobby. Cette nervosité, cette fragilité derrière la tchatche, cette manière de te faire sentir que tout peut exploser à chaque seconde. C’est de l’orfèvrerie. 

Et face à lui, Kitty Winn est bouleversante. Elle ne surjoue jamais. Elle glisse, lentement, presque innocemment, vers quelque chose de plus sombre. Et c’est justement cette douceur qui rend sa chute encore plus violente. 

Les seconds rôles ne sont pas là pour faire joli. Ils existent, ils respirent, ils puent la rue. On sent que tout ce petit monde a été observé, digéré, recraché avec une sincérité totale. 

New York n’est pas un décor, c’est un personnage. Sale, étouffant, indifférent. Une ville qui avale ses gamins et ne recrache rien. 

Ce film, c’est une expérience. Pas un divertissement. Une immersion. Une claque. 

On ressort pas grandi. On ressort marqué. Et franchement… qu’est-ce que c’est bon. 

Parce que oui, c’est violent. Oui, c’est inconfortable. Mais c’est du cinéma. Du vrai. Du cinéma qui ne triche pas. 

Et ça, aujourd’hui, ça vaut de l’or. 

 NOTE ; 16.10

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