Vu le film ExMachina de Alex Garland (2015) avec Alicia Vikander Oscar Isaac Domhnall Gleeson Sonoya Mizuno Corey Johnson Claire Shelby Symara A .Templeman
Avec Ex Machina, enfin un film en ces temps bien secs qui convient parfaitement à mon envie de cinéma. Alex Garland, scénariste de Danny Boyle et auteur de La Plage, passe ici derrière la caméra et prend son temps pour nous emmener exactement là où il a envie de nous conduire, sans nous donner immédiatement les clés de son petit jeu.
À la différence de la téléréalité, où l’intelligence est très artificielle, ici, comme dans 2001, Metropolis ou Wall-E, les robots sont peut-être bien prêts à gouverner le monde. Caleb, jeune programmateur interprété par Domhnall Gleeson, gagne une sorte de loterie organisée au sein de sa boîte informatique et décroche le droit de passer une semaine dans la propriété totalement isolée de son mystérieux employeur. Direction les lieux en hélicoptère, parce qu'on ne se téléporte pas encore, même si vu ce qui nous attend là-bas, on pourrait finir par le regretter.
Il va y rencontrer Nathan, son patron, incarné par un excellent Oscar Isaac, personnage aussi brillant que mystérieux, qui va lui demander de participer à une expérience pour le moins particulière : tester pendant une semaine une de ses inventions. Et cette invention est un robot, ou plutôt une androïde, Ava.
Ava pense, agit, discute, semble avoir des sentiments et possède même une sexualité. Nous sommes bien avant Real Humans et Garland va rapidement brouiller les frontières entre la machine et l'être humain. Caleb, malgré lui, va d'ailleurs commencer à éprouver des sentiments pour cette belle androïde qui semble beaucoup moins mécanique qu'elle ne devrait l'être.
Mais rapidement, le spectateur se demande si Caleb n'est pas lui-même manipulé par Nathan, qui pourrait se servir de lui comme d'un simple pion dans une expérience beaucoup plus vaste. Et s'il n'a pas été choisi au hasard parmi tous les programmeurs, mais plutôt pour ses qualités d'empathie, voire pour sa capacité à établir un rapport émotionnel et sexuel avec Ava.
À partir de là, dans ce bunker isolé où les pannes de courant deviennent aussi inquiétantes que fréquentes, chacun épie l'autre, se jauge et manipule son voisin. Ava n'est pas seule puisqu'une deuxième androïde, Kyoko, que j'appellerai ici Marie, vient ajouter un nouvel élément de trouble dans cet étrange huis clos. La jalousie s'empare alors de cet isolement, comme si l'âme humaine commençait progressivement à habiter les corps électriques.
Commence alors un véritable jeu du chat et de la souris, qui rappelle par moments Le Limier de Mankiewicz, où celui qui manipule n'est pas forcément celui que l'on imagine. Les robots sont mis à nu, au sens propre comme au figuré, et essaient de découvrir, sic, ce que sont réellement les humains, tandis que les humains se retrouvent complètement perdus dans leurs propres certitudes.
Et c'est justement là que Ex Machina devient passionnant : Garland ne se contente pas de nous montrer un robot qui ressemble à une femme. Il nous interroge sur ce qui fait réellement l'être humain, sur l'intelligence, le désir, la manipulation et surtout sur notre prétention à croire que nous sommes toujours ceux qui contrôlent la machine.
Le film fonctionne d'autant mieux qu'il repose sur peu de personnages, peu de décors et une atmosphère de plus en plus étouffante. Pas besoin de nous envoyer une armée de robots à travers New York pour nous faire comprendre que quelque chose est en train de nous échapper. Un bunker, quatre personnages et quelques coupures de courant suffisent largement.
Et quelle révélation qu'Alicia Vikander dans le rôle d'Ava, qui donne à son androïde une présence à la fois troublante, fragile, séduisante et finalement terriblement inquiétante. Elle réussit le tour de force de nous faire oublier qu'elle joue une machine tout en nous rappelant constamment qu'elle pourrait justement être beaucoup plus humaine que ceux qui l'observent.
Un excellent film qui a rencontré un joli succès aux States malgré un petit budget, comme quoi il y a encore de l'espoir pour le cinéma lorsque l'on donne des idées aux spectateurs plutôt que de simplement leur donner du spectacle.
Et au bout du compte, une question reste suspendue : qui observait qui depuis le début ? Avec Ex Machina, Garland nous rappelle surtout une chose : méfiez-vous des machines qui semblent comprendre l'être humain.
Comme dans X-Files, finalement, ils sont parmi nous.
NOTE : 15.40
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Alex Garland
- Scénario : Alex Garland
- Direction artistique : Denis Schnegg
- Décors : Michelle Day
- Costumes : Sammy Sheldon
- Photographie : Rob Hardy
- Montage : Mark Day
- Musique : Geoff Barrow et Ben Salisbury
- Production : Andrew Macdonald et Allon Reich
- Sociétés de production : DNA Films, Film4 Productions et Scott Rudin Productions
- Société de distribution : Universal Pictures (International), A24 (États-Unis)
- Budget : 11 000 000 euro
DISTRIBUTION
- Domhnall Gleeson (VF : Félicien Juttner) : Caleb Smith
- Oscar Isaac (VF : Jonathan Cohen) : Nathan Bateman
- Alicia Vikander (VF : Anna Sigalevitch) : Ava
- Sonoya Mizuno : Kyoko
- Corey Johnson (VF : Hervé Icovic) : Jay, le pilote d'hélicoptère
- Deborah Rosan : la manager
- Evie Wray : la secrétaire
- Elina Alminas : Amber
- Symara A. Templeman : Jasmine
- Gana Bayarsaikhan (VF : Ludmila Ruoso) : Jade
- Tiffany Pisani (en) : Katya

