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mardi 22 septembre 2026

15.40 - MON AVIS SUR LE FILM EX-MACHINA DE ALEX GARLAND (2015)


 Vu le film ExMachina de Alex Garland (2015) avec Alicia Vikander Oscar Isaac Domhnall Gleeson Sonoya Mizuno Corey Johnson Claire Shelby Symara A .Templeman


Avec Ex Machina, enfin un film en ces temps bien secs qui convient parfaitement à mon envie de cinéma. Alex Garland, scénariste de Danny Boyle et auteur de La Plage, passe ici derrière la caméra et prend son temps pour nous emmener exactement là où il a envie de nous conduire, sans nous donner immédiatement les clés de son petit jeu.

À la différence de la téléréalité, où l’intelligence est très artificielle, ici, comme dans 2001, Metropolis ou Wall-E, les robots sont peut-être bien prêts à gouverner le monde. Caleb, jeune programmateur interprété par Domhnall Gleeson, gagne une sorte de loterie organisée au sein de sa boîte informatique et décroche le droit de passer une semaine dans la propriété totalement isolée de son mystérieux employeur. Direction les lieux en hélicoptère, parce qu'on ne se téléporte pas encore, même si vu ce qui nous attend là-bas, on pourrait finir par le regretter.

Il va y rencontrer Nathan, son patron, incarné par un excellent Oscar Isaac, personnage aussi brillant que mystérieux, qui va lui demander de participer à une expérience pour le moins particulière : tester pendant une semaine une de ses inventions. Et cette invention est un robot, ou plutôt une androïde, Ava.

Ava pense, agit, discute, semble avoir des sentiments et possède même une sexualité. Nous sommes bien avant Real Humans et Garland va rapidement brouiller les frontières entre la machine et l'être humain. Caleb, malgré lui, va d'ailleurs commencer à éprouver des sentiments pour cette belle androïde qui semble beaucoup moins mécanique qu'elle ne devrait l'être.

Mais rapidement, le spectateur se demande si Caleb n'est pas lui-même manipulé par Nathan, qui pourrait se servir de lui comme d'un simple pion dans une expérience beaucoup plus vaste. Et s'il n'a pas été choisi au hasard parmi tous les programmeurs, mais plutôt pour ses qualités d'empathie, voire pour sa capacité à établir un rapport émotionnel et sexuel avec Ava.

À partir de là, dans ce bunker isolé où les pannes de courant deviennent aussi inquiétantes que fréquentes, chacun épie l'autre, se jauge et manipule son voisin. Ava n'est pas seule puisqu'une deuxième androïde, Kyoko, que j'appellerai ici Marie, vient ajouter un nouvel élément de trouble dans cet étrange huis clos. La jalousie s'empare alors de cet isolement, comme si l'âme humaine commençait progressivement à habiter les corps électriques.

Commence alors un véritable jeu du chat et de la souris, qui rappelle par moments Le Limier de Mankiewicz, où celui qui manipule n'est pas forcément celui que l'on imagine. Les robots sont mis à nu, au sens propre comme au figuré, et essaient de découvrir, sic, ce que sont réellement les humains, tandis que les humains se retrouvent complètement perdus dans leurs propres certitudes.

Et c'est justement là que Ex Machina devient passionnant : Garland ne se contente pas de nous montrer un robot qui ressemble à une femme. Il nous interroge sur ce qui fait réellement l'être humain, sur l'intelligence, le désir, la manipulation et surtout sur notre prétention à croire que nous sommes toujours ceux qui contrôlent la machine.

Le film fonctionne d'autant mieux qu'il repose sur peu de personnages, peu de décors et une atmosphère de plus en plus étouffante. Pas besoin de nous envoyer une armée de robots à travers New York pour nous faire comprendre que quelque chose est en train de nous échapper. Un bunker, quatre personnages et quelques coupures de courant suffisent largement.

Et quelle révélation qu'Alicia Vikander dans le rôle d'Ava, qui donne à son androïde une présence à la fois troublante, fragile, séduisante et finalement terriblement inquiétante. Elle réussit le tour de force de nous faire oublier qu'elle joue une machine tout en nous rappelant constamment qu'elle pourrait justement être beaucoup plus humaine que ceux qui l'observent.

Un excellent film qui a rencontré un joli succès aux States malgré un petit budget, comme quoi il y a encore de l'espoir pour le cinéma lorsque l'on donne des idées aux spectateurs plutôt que de simplement leur donner du spectacle.

Et au bout du compte, une question reste suspendue : qui observait qui depuis le début ? Avec Ex Machina, Garland nous rappelle surtout une chose : méfiez-vous des machines qui semblent comprendre l'être humain.

Comme dans X-Files, finalement, ils sont parmi nous.

NOTE : 15.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION



13.90 - MON AVIS SUR LE FILM LES FUGITIFS DE FRANCIS VEBER (1986)

 


Vu le Film  Les Fugitifs de Francis Veber (1986) avec Pierre Richard Gérard Depardieu Maurice Barrier Anais Bret Jean Carmet Jean Bengugui Roland Blanche Arno Klarsfeld Didier Pain et Michel Blanc


Avec Les Fugitifs, Francis Veber nous rappelle dès les premières minutes qu’il a une patte de scénariste reconnaissable entre mille. À l’instar de Lelouch, on sent immédiatement la mécanique se mettre en place et, chez Veber, tout est réglé comme une horloge suisse. Le moindre dialogue, le moindre quiproquo et la moindre situation semblent avoir été calculés pour faire avancer la machine comique sans jamais perdre le spectateur en route.

Le point commun de nombreux films de Veber, outre les dialogues réglés comme du papier musique, c’est cette confrontation entre le fort et le faible, deux personnages que tout oppose et qui vont pourtant se retrouver condamnés à faire équipe. Dans le rôle du fort, évidemment, on retrouve Gérard Depardieu dans la peau de Jean Lucas, ancien braqueur fraîchement sorti de prison, qui va se retrouver dans une situation pour le moins cocasse : pris en otage dans une banque par un pauvre mec complètement perdu, un certain François Pignon. Le gag du gag, en quelque sorte, puisque le braqueur se retrouve avec un otage qui n’a rien demandé et qui va surtout lui compliquer sérieusement l’existence.

François Pignon est évidemment interprété par le génial Pierre Richard, toujours aussi distrait, maladroit et complètement dépassé par les événements, mais dont les chutes continuent de faire rire. Chez Veber, Pignon est presque devenu un personnage à part entière, un nom qui colle à la carrière du scénariste comme une seconde peau, celui que les événements dépassent constamment mais qui finit toujours par embarquer tout le monde dans ses emmerdes.

Le problème pour Jean Lucas, c’est qu’il est déjà dans le collimateur des flics, notamment du commissaire incarné par Maurice Barrier, qui ne croit évidemment pas une seconde à la réinsertion de notre bonhomme. Pour la police, un ancien braqueur reste un ancien braqueur, même lorsqu’il essaie de se tenir à carreau. Et lorsqu’il se retrouve associé malgré lui à Pignon, son passé ne va évidemment pas tarder à lui revenir en pleine figure.

Nous voilà donc partis pour 90 minutes de quiproquos dignes d’un vaudeville, avec un François Pignon insupportable au possible et un Jean Lucas qui distribue les gifles tout en essayant désespérément de sauver sa probité, sic. Le problème est que plus Lucas cherche à se débarrasser de Pignon, plus ce dernier s’accroche à lui comme une moule à son rocher, entraînant son compagnon de fortune dans une succession de situations qui vont rapidement lui échapper.

Et c’est précisément là que Veber fonctionne à merveille. Il ne cherche pas à compliquer inutilement son histoire : il prend deux caractères totalement opposés, les enferme dans la même galère et regarde ce qui se passe. D’un côté, Depardieu, massif, sûr de lui, ancien dur à cuire qui voudrait retrouver une existence tranquille. De l’autre, Pierre Richard, maladroit, lunaire, attachant et capable de transformer la moindre situation banale en catastrophe nationale.

Le mariage de ces deux caractères et de ces deux carrures fait évidemment exploser les zygomatiques. Depardieu peut faire le dur autant qu’il veut, face à Pignon, il finit toujours par perdre une bataille qu’il n’avait même pas prévu de livrer. Et Pierre Richard possède ce talent assez rare de provoquer le rire simplement avec une démarche, un regard ou une chute, sans avoir besoin d’en faire des tonnes.

Les Fugitifs repose donc entièrement sur cette mécanique de comédie chère à Veber, avec ses dialogues précis, ses personnages immédiatement identifiables et cette opposition permanente entre celui qui voudrait contrôler les événements et celui qui les fait partir en vrille sans même s’en rendre compte.

Le résultat est une comédie qui assume pleinement son côté vaudeville et qui permet surtout à Depardieu et Pierre Richard de jouer sur leur complémentarité. Le premier cogne, le second accumule les catastrophes, et entre les deux, Veber déroule tranquillement sa mécanique.

Alors oui, on connaît la recette et on voit venir certains gags, mais lorsque les deux lascars sont réunis, difficile de bouder son plaisir. Les Fugitifs, c’est du Veber pur jus : un fort, un faible, des emmerdes en cascade, des dialogues au cordeau et un Pignon qui n’a décidément pas fini de nous pourrir la vie.

Et franchement, pour passer une bonne soirée devant une comédie qui sait encore faire rire sans avoir besoin de nous expliquer pourquoi il faudrait rire, le duo Depardieu-Richard fonctionne toujours aussi bien. Veber peut donc ranger sa montre suisse : elle tourne encore.

NOTE : 13.80

FICHE TECHNIQUE


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