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samedi 12 mars 2016

CENSURE N°5 : WEEK-END LE FILM DE ANDREW HAIGH EN PARTIE CENSURE EN ITALIE

Le film "Week-end", du Britannique Andrew Haigh, sort cette semaine en Italie dans 10 salles seulement, l'Eglise, qui contrôle beaucoup de salles indépendantes dans la péninsule, ayant jugé "scabreuse" et "inutilisable" cette histoire d'amour gay pourtant saluée par la critique. Une affaire qui intervient alors qu'un grand débat parlementaire a eu lieu autour de l'adoption par les couples gays.
Pour les autorités italiennes, ce film est seulement interdit aux moins de 14 ans. Mais pour la commission d'évaluation de la Conférence des évêques italiens (CEI), il est "déconseillé, inutilisable et scabreux".
Par conséquent, le film a été refusé par les plus de 1.100 cinémas appartenant à l'Eglise, qui forment l'essentiel du réseau des salles indépendantes du pays, en marge des grandes chaînes d'exploitation, selon son distributeur, Teodora Film.

Ce réseau est un héritage de l'époque - immortalisée dans le film "Cinema  Paradiso" de Giuseppe Tornatore - où chaque paroisse avait son cinéma et où le prêtre du quartier faisait couper les scènes qu'il jugeait inappropriées. Désormais, ces salles sont louées par les paroisses à des gérants qui, selon Cesare Petrillo, président de Teodora, ne sont pas religieux mais doivent s'engager à suivre les directives des évêques.
"Normalement, un film comme ça aurait été diffusé par beaucoup de ces salles. Mais en fait on n'a pas pu le sortir dans des régions entières et des villes comme Florence, Bergame ou Padoue. Et la seule raison c'est que les personnages principaux sont gays", a dénoncé Cesare Petrillo à l'AFP.
La commission de la CEI évalue tous les films sortant en Italie, approuvant la majorité mais signalant certains comme "problématiques", en invitant les exploitants à accompagner leur diffusion d'un débat sur les questions qu'ils soulèvent.

Cela a ainsi été le cas récemment pour "The Danish Girl", sur la pionnière  transgenre Lili Elbe, ou "Spotlight", sur le scandale des prêtres pédophiles à  Boston. Il est très rare que la commission aille jusqu'à recommander que le film ne  soit pas diffusé. Le dernier en date était "El Club", du Chilien Pablo Larrain,  prix du jury à la Berlinale 2015, une plongée dans les traumatismes du Chili à  travers l'étude d'une communauté religieuse déstabilisée par un scandale de  pédophilie.

Réalisé en 2011, "Week-end" sort en Italie pour surfer sur le récent succès de Andrew Haigh avec "45 ans", qui a valu à Charlotte Rampling une nomination  aux Oscars et avait été, lui, validé avec enthousiasme par la CEI.

Par ailleurs cette affaire intervient alors qu'Italie un grand débat a accompagné d'une part le vote (au Sénat) fin février de la loi sur l'union homosexuelle sans droit à l'adoption, et d'autre part début mars la première adoption croisée au sein d'un couple de lesbiennes.   

lundi 8 février 2016

CENSURE N°4 : PROMOUVOIR S'ATTAQUE MAINTENANT AUX 8 SALOPARDS

L’association Promouvoir veut faire annuler le visa d’exploitation de Les 8 Salopards.
L’association Promouvoir, très proche de l’extrême droite, veut encore frapper. Après avoir fait retirer le visa d’exploitation au film Antéchrist, l’association catholique traditionaliste veut faire subir le même sort à Les huit Salopards de Quentin Tarantino. Leur principal problème est que la classification du Centre National de la Cinématographie (CNC), interdit au moins de 12 ans, n’est pas appropriée en raison de la violence du film.
Dans un communiqué, Promouvoir accuse le CNC de ”une fois encore gravement manquer à leur devoir et à leurs obligations légales en se bornant à interdire ce film aux seuls jeunes adolescents de moins de 12 ans, l’avertissement accompagnant le visa se contentant quant à lui de faire état de ce que ‘certaines scènes sont susceptibles de heurter la sensibilité du public jeune’ ».
L’association déplore des scènes ” »de pure violence extrême, complaisante et gratuite » dont une « tête éclatée avec cervelle explosant sur le visage de la soeur du personnage assassiné »..
En plus de Antéchrist, Promouvoir avait déjà réussi à avoir gain de cause pour La Vie d’Adèle, interdit au moins de 12 ans, Saw 3 et Love de Gaspard Noé, interdits au moins de 18 ans. 

vendredi 5 février 2016

CENSURE N°2 : ANTECHRIST LE FILM DE LARS VON TRIER INTERDIT D'EXPLOITATION

Le visa d’exploitation d’Antichrist, de Lars Von Trier, sorti en 2009 et alors interdit aux moins de 16 ans, a été annulé par la justice française. Le film présente «un degré de représentation de la violence et de la sexualité qui exige, au regard des dispositions réglementaires applicables, une interdiction de ce film à tous les mineurs», a estimé la cour administrative d’appel de Paris dans sa décision, rendue publique ce mercredi.
La justice avait été saisie par Promouvoir, association proche des milieux catholiques intégristes, qui avait notamment déjà visé ces derniers moisLove de Gaspar Noé et la Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche. Elle en aurait aujourd’hui après d’autres films, tels Gang Bang d’Eva Husson ou encoreles Huit Salopards de Quentin Tarantino. Si le parcours commercial d’Antichrist, pour lequel Charlotte Gainsbourg (photo) avait été primée à Cannes, est derrière lui, une interdiction aux mineurs affecterait en revanche lourdement ses débouchés de diffusion en vidéo et, surtout, à la télévision.

CENSURE N° 3 : POURQUOI LA LOI DONNE RAISON AUX CENSEURS DE TOUT BORD

On pourra toujours crier à la censure. Promouvoir ne fait qu’obtenir des juges qu’ils fassent appliquer la loi. Les "réglementations applicables" auxquelles la décision de la cour se réfère sont celles du Code du cinéma et de l’image imaginée, qui régit l’exposition des mineurs aux « scènes de sexe non simulées ou de très grande violence ». Réglementation qui ne fait qu’appliquer la loi, qui interdit "la diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, d’un message à caractère violent ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine lorsqu’il est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur"(article 227-24 du code pénal)". Love ? Quelles que soient ses qualités par ailleurs et quoi qu’on en pense, comporte des scènes de sexe non simulées. Antichrist ? Des scènes de très grande violence (tabassage de pénis, cisaillage de vagin…) qui avaient même ému les journalistes cannois rodés au cinéma extrême et aux gestes provocateurs - l’intension assumée du cinéaste danois. Ces deux œuvres tombent sous le coup de la loi de protection des mineurs. Si on estime qu’ils peuvent être vus par les moins de 18 ans, alors il faut changer la loi.
La commission de classification est traditionnellement bienveillante et soucieuse de la liberté de création artistique. Une interdiction aux mineurs est désastreuse pour la carrière d’un film, non seulement en salles mais à la télé : les chaînes en clair n’ont pas le droit de diffuser des films interdits aux moins de 18 ans, à quelque heure que ce soit. Les cas comme La Vie d’Adèle sont plus délicats car plus subjectifs – ni sexe non simulé ni grande violence, et la question est de savoir s’il faut l’interdire aux moins de 12 ans ou aux moins de 16. En France, Cinquante Nuances de Grey, le "mommy porn" à l’eau de rose,était sorti avec une interdiction aux moins de 12 ans (et encore, il avait frôlé le tous publics) alors que les Etats-Unis, comme presque le reste du monde, avaient été beaucoup plus restrictifs. Mais les avis de la commission, toujours suivi par le ministre, sont fragiles. Et une décision du Conseil d’Etat rendue l’année dernière au sujet de Saw 3D l’a rappelé en annulant son visa (moins de 16 ans) et en estimant que "le ministre de la culture a commis une erreur d’appréciation en interdisant la diffusion du film en cause aux seuls mineurs de seize ans". Raison pour laquelle Fleur Pellerin avait d’abord demandé à la commission un nouvel avis sur Love, initialement déconseillé aux moins de 16 ans, sachant parfaitement qu’un tel visa serait annulé par les juges en raison des scènes de sexe non simulées. Ce fut le cas.
Ce que ces annulations de visas successives, qui sont autant de camouflets pour la ministre de la culture, signifient au fond, c’est que la commission du CNC, et le gouvernement qui suit ses avis, sont souvent plus laxistes que la loi. Et qu’une association conservatrice proche de l’extrême droite, qui bénéficie au passage d’une com monumentale, a le temps et l’envie de poursuivre systématiquement les films possiblement litigieux pour le prouver. La question posée n'est donc pas celle de la censure. Il faut simplement savoir si la loi doit changer.

jeudi 4 février 2016

CENSURE N°1 : LA FILM DE EVA HUSSON "GANG BANG" VICTIME DE LA CENSURE ?

Elle avait, en 2000, réussi à faire annuler le visa d’exploitation de Baise-Moi et l’an dernier, celui de La Vie d’Adèle. L’association catholique Promouvoir a, cette fois-ci, dans son viseur le film Bang Gang.
Dans son long-métrage, sorti en salles le 13 janvier, Eva Husson filme sans fard plusieurs scènes de sexe réalistes entre adolescents. Logique, puisque Bang Gang raconte la vie amoureuse de lycéens explorant leur sexualité et cherchant à en définir les limites.
Une logique qui pourtant ne plaît guère à l’association Promouvoir qui tente, par la voix de son avocat et cofondateur André Bonnet, de durcir l’interdiction aux moins de 12 ans dont Bang Gang a déjà écopé. Pour l’organisation, le jugement du Centre national du cinéma et de l’Image animée (CNC), en charge des interdictions, est trop « laxiste ». Promouvoir, qui avait demandé, en vain, à voir le film avant son passage devant la commission, estime même que ce CNC est un organe « acquis aux pornographes ».
Reste que le long-métrage d’Eva Husson pourrait bien disparaître des salles avant qu’une nouvelle décision ne soit prise, note Le Figaro. Qu’importe, Promouvoir avait, en décembre dernier, réussi le tour de force de faire interdire aux moins de 18 ans Love, dernier film de Gaspar Noé, après sa sortie en salles.