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lundi 13 avril 2026

13.90 - MON AVIS SUR LE FILM PATERNO DE BARRY LEVINSON (2017)


 Vu le Film Paterno de Barry Levinson (2017) avec Al Pacino Riley Keough Kathy Baker Greg Grunberg Annie Parisse Peter Jacobson Tess Frazer Faith Logan 

Voilà un film plutôt intéressant sur la notion de culpabilité, et dont la mort rôde partout, la mort physique, ou la mort par mise en lumière, celle qui détruit une réputation en quelques gros titres. 

Joe Paterno, incarné par un Al Pacino toujours habitén’est plus vraiment un homme, c’est une institution. Ancien joueur devenu entraîneur mythique des Nittany Lions de Penn State, il aligne les victoires comme d’autres respirent. Tout va bien dans le meilleur des mondes… pas vraiment. À 85 ans, il découvreallongé sur une table de scanner, qu’il est condamné par un cancer irrévocable. 

Et comme si la maladie ne suffisait pas, la réalité le rattrape. Dans l’ombre du programmel’adjoint Jerry Sandusky est accusé de viols et d’agressions sexuelles sur mineurs pendant plus de quinze ans. , le film bascule. On quitte le terrain pour entrer dans quelque chose de plus trouble, plus sale, plus silencieux. 

Levinson ne cherche jamais le choc frontal. Il installe, il distille, il observe. La caméra reste à distance, presque froidecomme si elle refusait de juger à la place du spectateur. Pas de démonstration appuyée, pas de musique qui vient vous dire quoi ressentir. Juste des regards, des silences, et ce poids qui s’installe lentement, très lentement. 

Les médias grattent, la justice tâtonne, les victimes tentent d’exister dans un système qui les écrase. Et pendant ce temps, Paterno continue d’empiler les victoirescomme si le réel glissait sur luiC’est presque irréelpresque indécent. 

Mais forcémentça fissure. Et ce qui semblait extérieur devient intime. Ce n’est plus une affaire, c’est une contamination. Le récit avance alors comme une plongée intérieure, une sorte d’enquête morale  chaque information n’est pas une preuve de plus, mais une couche de plus qui s’effondre. On n’est pas dans un film de tribunal classiquemême si l’ombre de la justice plane constamment, on est dans quelque chose de plus dérangeant : la responsabilité silencieusecelle qu’on porte sans parler. 

Et c’est  que le film touche juste. Parce qu’il ne hurle jamais. Il laisse pourrir. 

Pacino, lui, est monumental sans en faire des caissesFatiguéusébuté, il donne à Paterno une humanité dérangeante. Ce n’est pas un monstre, et c’est bien ça le problème. Il incarne un homme qui a laissé faire, qui a choisi de ne pas voir. Son jeu est tout en retenue, avec ce côté bourrupresque fermé, et cette culpabilité qui suinte sans jamais exploser. 

À ses côtés, Riley Keough en Sara Ganim apporte une énergie différente. Elle n’est pas  pour faire jolielle incarne la persévérance journalistiquecelle qui gratte  où ça fait mal. Une présence discrète mais essentiellepresque dans la lignée de Spotlight, sans chercher à singer. 

La chute est inévitable. Paterno est démissionné en 2011. L’image se fissure, puis s’effondre. L’homme suit. Et quand il finit par reconnaître qu’il savaitdepuis des années, tout prend une autre dimension. 

Ce qui est fort, c’est que le film ne cherche jamais à excuser. Il observe. Il montre. Il laisse le spectateur juger, et c’est bien plus inconfortable. 

J’ai bien aimé cette justesse, sans trop en faire, sans tomber dans le sordide gratuit. Les personnages secondaires ne sont pas transformés en coupables faciles, le film reste accroché à Paterno et à sa famille, notamment son fils, lui aussi entraîneurcomme une transmission qui devient presque une malédiction. 

Et cette idée est terrible : la chute d’un éducateur, d’un modèle, fait encore plus mal que celle d’un simple homme. 

Un film froid, posé, presque sec, mais qui laisse une trace. Parce que derrière la légende du coach, il y a un silence. Et parfois, le silence est pire que tout. 

NOTE : 13.90

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