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samedi 15 août 2026

11.30 - MON AVIS SUR LE FILM BODYGUARD DE MICK JACKSON (1992)

 


Vu le Film Bodyguard de Mick Jackson (1992) avec Kevin Costner Whitney Houston Bill Cobbs Gary Kemps Ralph Waite Tomas Arana Michele Lamar Richards Debbie Reynolds


Il y a des films qu’on regarde à leur sortie, qu’on range ensuite dans un coin de la vidéothèque avec les VHS et les DVD, et puis un jour on a la mauvaise idée de ressortir la vieille cassette de la cave pour faire plaisir à un ami. Et là, catastrophe : Bodyguard de Mick Jackson, sorti en 1992, a pris un sacré coup de vieux. Ça sent même le bouchon, à la limite ça a le goût de vinaigre !

Pourtant, sur le papier, l’idée n’était pas mauvaise : Frank Farmer, ancien agent des services secrets devenu garde du corps, est engagé pour protéger Rachel Marron, immense vedette de la chanson menacée par un mystérieux harceleur. Entre les deux, évidemment, la distance professionnelle va progressivement disparaître pour laisser place à une histoire d’amour. Même à l’époque, voir le garde du corps coucher avec celle qu’il est censé protéger était plutôt risqué ; trente-quatre ans après, cela passe encore moins bien.

Le problème vient surtout de Rachel Marron. Le personnage, interprété par Whitney Houston, est franchement antipathique, capricieux, prétentieux, entouré d’une équipe qui n’est guère plus sympathique. Son manager Bill Devaney, joué par Bill Cobbs, tente bien de maintenir tout ce petit monde à flot, tandis que son entourage professionnel ressemble parfois davantage à une cour de parasites qu’à une équipe chargée de protéger une star.

Heureusement, il y a Kevin Costner. En Frank Farmer, il est parfaitement crédible : froid, professionnel, vigilant, toujours à deux secondes de dégainer ou de mettre quelqu’un au tapis. Lui, au moins, fait le boulot. Et franchement, Kevin Costner en garde du corps, on comprend très bien pourquoi on pourrait avoir envie qu’il garde notre corps jour et nuit !

Whitney Houston, elle, apporte évidemment sa voix exceptionnelle, et la bande originale est devenue un énorme succès, notamment avec I Will Always Love You. Mais une belle voix ne suffit pas à sauver un scénario qui prend aujourd’hui sérieusement l’eau.

Car Mick Jackson semble parfois avoir oublié son manuel de mise en scène quelque part entre deux studios. C’est poussif, convenu, souvent lourd, et le scénario, déjà fragile à l’époque, ne tient plus vraiment debout aujourd’hui. Les menaces, les rebondissements et cette romance fabriquée au chausse-pied donnent davantage l’impression d’un produit hollywoodien calibré que d’un véritable thriller.

Et pourtant, je garde une petite faiblesse pour la séquence des Oscars, qui me fait toujours rire. Celle-là, j’aimerais presque qu’elle arrive en vrai, avec Benjamin Lavernhe à la mise en scène, histoire de mettre un peu de piment dans une cérémonie qui en manque parfois cruellement !

Alors voilà : on va gentiment ranger notre Bodyguard dans la cave, tout au fond de l’étagère, derrière les vieilles VHS de guerre et les DVD dont on ne se souvient même plus de l’existence. Et comme dans un film de Spielberg, peut-être qu’il sera retrouvé dans quelques décennies par mes arrière-petits-enfants, lorsqu’ils découvriront cette antiquité après le retour des dinosaures.

Parce que certains films vieillissent comme du bon vin.

Bodyguard, lui, a plutôt tourné au vinaigre.

NOTE : 11.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

vendredi 14 août 2026

7.00 - MON AVIS SUR LE FILM LA NUIT DES CLOWNS DE ELI CRAIG (2O25)


 Vu le Film La Nuit des Clowns de Eli Craig (2025) avec Katie Douglas Aaron Abrams Carson McCormac Vincent Muller Will Sasso Kevin Durand Cassandra Potenza


Evidemment, Eli Craig n’invente rien avec Le Dernier des Clowns. Adapté du roman Un Clown dans un champ de maïs d’Adam Cesare, le film nous ressort le clown tueur, et pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que celui-là ne va pas venir distribuer des sucettes aux enfants. Son Frendo ressemble furieusement au clown de Ça, et dès qu’il apparaît avec son sourire de psychopathe, on se dit qu’on a déjà vu ça quelque part… et pas qu’une fois !

Pendant un peu plus de 90 minutes, Craig va donc nous servir du gore, du sang, des cris, des jeunes gens qui courent dans tous les sens, des jeunes gens qui hurlent, des jeunes gens qui se font massacrer et une musique qui vous amène vos propres cris tellement elle devient parfois insupportable. Bref, tout ce qu’il faut pour faire un film d’horreur contemporain, sauf peut-être l’élément essentiel : une véritable idée.

Nous suivons Quinn Maybrook, interprétée par Katie Douglas, qui arrive avec son père Glenn, joué par Aaron Abrams, dans la petite ville de Kettle Springs. Elle va rapidement faire connaissance avec Cole Hill, incarné par Carson MacCormac, et toute une bande de jeunes qui vont évidemment devenir les futures victimes du clown. Parce que dans ce genre de film, les jeunes ne sont pas là pour construire leur avenir : ils sont là pour servir de nourriture au scénario !

Et notre fameux Frendo, ancienne mascotte de la ville, va donc reprendre du service. Mais au lieu de faire rire les habitants, il va les massacrer à l’arbalète, à la tronçonneuse et avec tout ce qui peut couper, transpercer ou démembrer. Et bien entendu, nos jeunes gens vont finir écartelés, coupés en deux, en trois ou en miettes. On ne va quand même pas leur permettre de rentrer tranquillement chez eux !

Ce qui devient assez amusant, c’est cette manie des scénaristes de faire des jeunes gens aisés les proies idéales. Il faudrait presque analyser les scénaristes tellement cette tendance à tuer du riche ou du privilégié devient suggestive. Le Clown avec Ça, le champ de maïs avec Stephen King, un peu de Scream, un peu de Soudain l’été dernier… On a l’impression d’assister à une compilation de films déjà vus plutôt qu’à une véritable histoire.

Et pourtant, il y avait matière à faire quelque chose de plus intéressant. Derrière les massacres, le film parle d’une petite ville qui se meurt, d’adultes nostalgiques d’un passé disparu et d’une jeunesse qu’ils considèrent comme responsable de leur malheur. Mais Craig préfère évidemment sortir l’artillerie lourde : le clown, l’arbalète, le sang et les morceaux de viande !

Les personnages sont tellement caricaturaux qu’on devine presque leur avenir dès qu’ils apparaissent à l’écran. Celui-là va mourir, celle-là aussi, celui qui vient de dire qu’il revient dans cinq minutes ne reviendra jamais et celui qui décide d’aller voir tout seul ce qui se passe derrière la porte peut déjà préparer son testament.

Katie Douglas fait ce qu’elle peut avec Quinn, Carson MacCormac joue Cole, Kevin Durand incarne Arthur Hill, le maire, tandis que Will Sasso joue le shérif Dunne. Mais même avec des acteurs qui tiennent correctement leur rôle, difficile de sauver un scénario aussi pauvre et surtout aussi prévisible.

Car c’est bien là le problème : on devine tout ! Les révélations n’en sont plus, les victimes sont désignées à l’avance et les rebondissements arrivent avec la discrétion d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Quant au clown, il a beau avoir une bonne tête de psychopathe, il ne suffit pas de mettre un masque inquiétant à quelqu’un pour fabriquer un nouveau Pennywise.

Alors oui, il y a du gore, beaucoup de sang, quelques mises à mort bien gratinées et suffisamment de cris pour remplir plusieurs épisodes de The Voice. Mais après ? Pas grand-chose.

Le Dernier des Clowns est rempli de clichés, tellement rempli que le film finit par ressembler à une brocante du cinéma d’horreur : on prend un peu de Ça, un peu de Scream, un peu de slasher, un peu de Stephen King et on mélange le tout en espérant que personne ne remarquera que tout cela a déjà été fait.

Mais si, on le remarque !

On s’enfonce dans ce type de films et, à un moment, il faudra qu’ils arrêtent de creuser.

Parce qu’à force de creuser, ils vont finir par tomber sur quelque chose qu’ils ont complètement oublié dans ce film : un scénario !

NOTE : 7.00

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation Eli Craig
  • Scénario : Carter Blanchard et Eli Craig, d'après le Un clown dans un champ de maïs (Clown In A Cornfield) d'Adam Cesare (en)
  • Musique : Brandon Roberts et Marcus Trumpp
  • Photographie : Brian Pearson
  • Montage : Sabrina Pitre
  • Production : Marty Bowen, John Fischer et Wyck Godfrey
  • Société de production : Temple Hill Entertainment
  • Distribution SND (France), RLJE Films (États-Unis), Belga Films (Belgique), Elevation Pictures (Canada)
  • Pays de production Drapeau des États-Unis États-Unis


DISTRIBUTION

  • Katie Douglas (VF : Jaynélia Coadou) : Quinn Maybrook
  • Aaron Abrams (VF Jérôme Pauwels) : Dr Glenn Maybrook, le père médecin de Quinn
  • Carson MacCormac (VF : Maxym Anciaux) : Cole, le fils d'Arthur Hill
  • Vincent Muller (VF Clément Moreau) : Rust
  • Kevin Durand (VF Guillaume Orsat) : Arthur Hill, le maire de Kettle Springs
  • Will Sasso (VF : Serge Biavan) : le shérif Dunne
  • Cassandra Potenza (VF : Leslie Lipkins) : Janet
  • Daina Leitold : Trudy
  • Verity Marks (VF : Emmylou Homs) : Ronnie
  • Ayo Solanke (VF : Jhos Lican) : Tucker
  • Alexandre Martin Deakin (VF : Kévin Goffette) : Matt
  • Bradley Sawatzky (VF Jérémy Prévost) : Mr. Vern

jeudi 13 août 2026

15.90 - MON AVIS SUR LE FILM GERVAISE DE RENE CLEMENT (1956)

 


Vu le Film Gervaise de René Clément (1956) avec Maria Schell François Périer Armand Mestral Florelle Suzy Delair Christian Ferez Maria Lopez Jany Holt Paul Preboist Gérard Darrieu


Voir un film adapté de Zola, on est sûr de ne pas être dans la fantaisie d’un Fantômas ou d’un Boule et Bill ! Avec L’Assommoir, René Clément s’attaque à un monument de la littérature française et à un Zola qui ne perd pas la main.
L’auteur de J’Accuse, Nana et Germinal ne cherche certainement pas à nous raconter une jolie histoire. Il nous plonge directement dans la misère, la boue, l’alcool et la déchéance.
Gervaise (Maria Schell) est une petite blanchisseuse qui tente simplement de vivre et d’élever ses enfants. Mais son mari Lantier l’abandonne, la laissant avec ses deux enfants et une existence déjà bien compliquée. Elle finira par se retrouver avec Coupeau, ouvrier zingueur alcoolique, coléreux et violent. Et là, franchement, François Périer est formidable ! Pour moi, c’est même l’un de ses meilleurs rôles. Il compose un Coupeau à la fois inquiétant, pitoyable et profondément humain dans sa déchéance. Un homme qui s’enfonce dans l’alcool et entraîne avec lui ceux qui ont eu le malheur de l’aimer. À ses côtés, Florelle incarne sa mère, une marâtre qui ne laisse personne dire du mal de son chérubin. Même lorsque le chérubin en question se comporte comme un véritable salaud ! Gervaise aura avec Coupeau une fille : Nana. Oui, cette Nana-là, celle qui deviendra l’héroïne du célèbre roman de Zola. Et quand on connaît son destin, on se dit qu’ils auraient peut-être pu réfléchir deux minutes avant d’agrandir la famille ! Mais chez Zola, les malheurs arrivent rarement seuls. Ils se reproduisent même avec une régularité presque industrielle. Gervaise, elle, essaie pourtant de s’en sortir. Elle travaille, elle veut monter sa blanchisserie et offrir une vie meilleure aux siens. Mais autour d’elle, chacun semble davantage préoccupé par son propre intérêt que par celui du voisin. Lantier, Coupeau, Virginie Poisson et les autres ne sont pas vraiment là pour distribuer de la tendresse. Suzy Delair, en Virginie, apporte elle aussi cette dose de méchanceté et de rancœur qui finit de pourrir l’existence de Gervaise. Armand Mestral est un Lantier parfaitement à sa place dans cet univers sans pitié. Et derrière lui, il y a aussi Etienne, son fils, qui deviendra le héros de Germinal. Avec L’Assommoir commence donc l’une des grandes sagas de Zola, celle des Rougon-Macquart. Une immense fresque où les destins se croisent, se répondent et souvent se fracassent. Zola photographie une époque où la misère est à tous les coins de rue. Pas la misère joliment éclairée pour faire pleurer dans les chaumières. La vraie, celle qui sent le linge humide, la sueur, l’alcool et les lendemains qui déchantent. C’est peut-être ce qui distingue Zola de Flaubert ou de Balzac. Il est moins flamboyant, mais beaucoup plus terre à terre. Il colle à son époque, aux gens, aux corps et aux petites tragédies quotidiennes. Et surtout, il ne cherche pas à rendre ses personnages plus beaux qu’ils ne sont.
Dans Gervaise, à part Gervaise, peu de personnages attirent véritablement l’empathie. La majorité pense à elle-même et tant pis pour les dégâts !
Il y a aussi chez Zola une constante terrible : les femmes sont battues, abandonnées, humiliées. Et les enfants ne sont guère mieux lotis, condamnés à subir les fautes des adultes.
C’est une photographie sociale d’une époque où la misère n’épargnait personne.
René Clément réussit parfaitement à retranscrire cette époque et surtout l’atmosphère étouffante du roman. Il ne fait pas de L’Assommoir une simple illustration littéraire.
Il en restitue la noirceur, la violence et la lente descente aux enfers.
Et il est magnifiquement aidé par des comédiens exceptionnels de la grande époque de notre cinéma. Maria Schell est bouleversante en Gervaise, femme courageuse qui voit peu à peu ses espoirs partir en morceaux.
François Périer est impressionnant en Coupeau, véritable bombe à retardement humaine. Florelle, Suzy Delair et Armand Mestral complètent admirablement cette galerie de personnages peu recommandables.
Gervaise est donc un grand film populaire, mais surtout un film profondément humain et social. René Clément respecte Zola sans l’adoucir et sans transformer sa misère en spectacle confortable. Une œuvre dure, sombre, magnifique, qui rappelle que chez Zola, quand on ouvre la porte, il y a rarement quelqu’un qui vient apporter des fleurs !

NOTE : 15.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION