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mercredi 8 avril 2026

12.20 - VU LE FILM DEMENTIA 13 DE FRANCIS FORD COPPOLA (1963)


  vu le Film Démentia 13 de Francis Ford Coppola (1963) avec William Campbell Luana Anders Bard Patton Mary Mitchell Patrick Magee Peter Read 

(Production de Roger Corman avec un Budget de 30 000 $ plus dans les productions de Corman que les mégas projets de Coppola) 

La famille Haloran a hérité d'un château ancestral mais l'héritage inclut l'avarice, la tromperie et la mort. Louise passe quelques jours avec son mari, John, dans le manoir de sa belle-famille. Au cours d'une promenade en barque, elle se plaint à son mari de ce que sa belle-mère ait légué presque toute sa fortune à des œuvres de charité, en hommage à sa fille cadette, morte noyée dans l'étang quelques années auparavant. 

Voilà, c’est fait. J’ai comblé le trou. Le seul film qui manquait dans la carrière du maître Coppola. Et quel drôle de point de départ quand on connaît la suite… Depuis plus de 60 ans, ce type nous abreuve d’un cinéma démesuré, parfois mégalo, souvent génial. Mais ici, en 1963, sur Dementia 13, il apprend encore à marcher… et il le fait dans l’ombre d’un autre ogre : Roger Corman. 

L’histoire est simple, presque sèche : Louise, manipulatrice en diable, balance le corps de son mari dans un lac pour ne pas perdre l’héritage familial. Rien que ça. Elle débarque ensuite dans une grande demeure irlandaise, peuplée d’une famille déjà bien fissurée, pour jouer la veuve éplorée. Mauvaise pioche. Ici, les morts ne restent pas tranquilles et les vivants disparaissent les uns après les autres. Pas de mort naturelle, que du tranchant, du brutal, du malsain. 

On est clairement dans un film de commande, presque un exercice. Et pourtant, Coppola injecte déjà quelque chose. Pas encore la flamboyance qu’on lui connaîtra, mais une vraie envie de cinéma. Une mise en scène plus “light” en apparence, mais qui cherche constamment à créer une atmosphère. Et quand il filme cet étang la nuit, ce n’est pas pour faire joli : c’est pour faire émerger la lumière des ténèbres. Là, oui, on sent déjà le futur monstre sacré. 

Mais ne nous trompons pas : Dementia 13, c’est aussi du pur jus Corman. Petit budget, tournage rapide, efficacité avant tout. Et Coppola joue le jeu. Il apprend. Il observe. Il exécute. Par moments, on a même l’impression qu’il s’efface derrière le cahier des charges. Comme un apprenti qui sait qu’il doit d’abord prouver avant de créer. 

Côté casting, on retrouve William Campbell, Luana Anders ou encore Bart Patton, déjà vus dans The Young Racers de Corman. Et ça se sent : il y a comme un passage de témoin, une petite troupe qui suit le maître Corman d’un film à l’autre. Le jeu est parfois brut, parfois approximatif, mais il colle parfaitement à l’ambiance. Pas de glamour ici, que du visage inquiet, du regard fuyant, de la tension à fleur de peau. 

Luana Anders, surtout, impose quelque chose. Une présence étrange, presque dérangeante. Elle ne joue pas, elle s’infiltre dans le film. À l’inverse, certains partenaires semblent un peu perdus, mais ça renforce presque le malaise général. Comme si personne ne maîtrisait vraiment ce qui est en train de se passer. 

L’histoire, elle, est plus “hard” que la mise en scène. Une mécanique froide, implacable, où la famille devient un terrain de chasse. L’héritage, la folie, la mort… tout est déjà là, mais encore à l’état brut. Coppola ne cherche pas à lisser, il laisse les angles. Et c’est parfois bancal, mais jamais inintéressant. 

Visuellement, le noir et blanc fait le boulot sans jamais atteindre la splendeur. Sauf dans ces fameux plans sous-marins. Là, il y a une vraie idée, une vraie image. Comme si, déjà, Coppola voulait plonger sous la surface, aller chercher autre chose. L’origine. La mort comme essence même de l’image. 

Dementia 13, ce n’est pas encore Coppola… mais c’est déjà lui. Coincé entre l’école Corman et ses propres obsessions. Une curiosité, oui. Mais une curiosité qui vaut largement le détour, surtout quand on sait ce que ce “petit” film va engendrer derrière. 

Un passage de témoin entre deux maîtres. L’un fabrique, l’autre apprend… avant de tout explose

NOTE : 12.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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