Vu le Film La Chambre des Tortures de Roger Corman (1961) avec Vincent Price Barbara Steele John Kerr Luana Anders Antony Carbone Patrick Westwood Lynette Bernay Larry Turner Charles Victor Mary Menzies
En Espagne, vers 1547, afin d'éclaircir les mystères qui entourent la mort de sa sœur Elizabeth, Francis Barnard se rend au château où elle vivait en compagnie de son mari Nicholas. Nicholas Medina, fils d'un redoutable inquisiteur espagnol, sombre lentement dans la folie, persuadé d'avoir enterré vivante sa femme.
Le comte Don Nicholas Medina croit que son épouse Elizabeth a été enterrée vivante tout comme le fut sa mère, Isabella, coupable d'adultère. Avec Francis, le frère de celle-ci et le docteur Léon, ils ouvrent le cercueil, constatant effectivement que ce fut le cas.
On ouvre la porte du château et déjà l’air se glace : La Chambre des Tortures, signé Roger Corman d’après les ombres torturées de Edgar Allan Poe, ce n’est pas une simple promenade gothique, c’est une descente, lente, poisseuse, dans un esprit qui se fissure. Et moi je commence mon introspection Corman… et je sens que je vais me régaler.
Au générique, c’est déjà un festin : Corman derrière la caméra, Poe dans les murs, et la cerise empoisonnée sur le gâteau — Vincent Price. Rien que son nom et on se crispe déjà dans le fauteuil. Le genre d’acteur qui, avec Peter Cushing et Christopher Lee, vous donne envie de vérifier si la porte est bien fermée.
L’histoire ? Espagne, Inquisition, un décor où on tranche plus vite que son ombre et où les murs ont une mémoire. Nicholas Medina, incarné par Price, vit reclus dans son château hanté par un passé qui ne veut pas mourir. Sa femme Elizabeth serait morte… enterrée vivante. Rien que ça. Et déjà le cerveau commence à grésiller.
Mais voilà, Medina doute. Et nous avec. Est-elle vraiment morte ? Est-il devenu fou ? Ou pire : est-il manipulé ? Parce que chez Poe, la folie n’est jamais seule, elle a toujours un petit coup de pouce extérieur. Et quand le cerveau a disjoncté, bon courage pour remettre les plombs en place.
Corman, malin comme un vieux renard, ne cherche pas le choc facile. Il installe. Il distille. Il enferme. Chaque couloir est un piège, chaque porte une menace. On regarde à gauche, à droite… et même derrière nous. Et on se demande : est-on sûr de ce qu’on voit ? Ou est-ce déjà trop tard pour nous aussi ?
Et puis il y a Vincent Price. Ah, Price… regard carnassier, bouche fiévreuse, silhouette qui vacille entre dignité et démence. Il ne joue pas la folie, il la laisse monter, doucement, comme une marée noire. Et quand elle déborde… ça fait des dégâts. On le sent glisser, perdre pied, et nous on s’accroche au fauteuil — qui, lui, finit lacéré de nos ongles.
Face à lui, Barbara Steele apporte cette étrangeté hypnotique, presque irréelle, tandis que John Kerr et Luana Anders complètent ce jeu de faux-semblants où personne n’est totalement innocent. Chacun a un regard en coin, un secret sous la langue.
Corman transforme son budget modeste en cauchemar baroque, avec des couleurs saturées, des décors gothiques somptueux et des escaliers qui semblent ne mener nulle part : on est loin du bricolage, chaque plan ressemble à une toile macabre.
Et puis cette salle… la fameuse chambre des tortures. Là, on bascule. Ce n’est plus du cinéma, c’est un rituel. Les machines grincent, les ombres dansent, et le passé revient réclamer son dû. Là, oui, ça va saigner. Et pas qu’un peu.
Le film joue avec nous comme un chat avec une souris, donnant une vérité pour mieux la reprendre, rassurant avant de replonger dans le doute, jusqu’à ce qu’on ne sache plus où est le réel — et franchement, on adore ça.
80 minutes ? Une formalité. Mais quelles minutes !! Pas un temps mort, pas une respiration inutile. Juste une montée en tension continue, comme une corde qu’on serre lentement autour du cou.
Et moi dans tout ça ? Le sourire aux lèvres, les nerfs à vif, et déjà l’envie de replonger dans l’univers de Corman. Parce que si ça commence comme ça… alors oui, je vais me régaler.
Un des chefs-d’œuvre de Corman, sans discussion. On commence très, très bien.
NOTE : 12.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Roger Corman, assisté de Jack Bohrer et Lou Place
- Scénario : Richard Matheson d'après Le Puits et le Pendule d'Edgar Allan Poe
- Direction artistique : Daniel Haller
- Décors : Harry Reif
- Maquillage : Ted Coodley
- Costumes : Marjorie Corso
- Photographie : Floyd Crosby
- Montage : Anthony Carras
- Effets spéciaux : Pat Dinga
- Effets scéniques : Tom Matsumoto
- Effets photographiques : Butler Glouner et Ray Mercer
- Son : Roy Meadows, Eve Newman, Kay Rose
- Musique : Les Baxter
- Production : Roger Corman ; James H. Nicholson (en), Samuel Z. Arkoff (exécutifs)
- Vincent Price (VF : Raymond Gérôme) : Don Nicholas Medina / Sebastian Medina
- Barbara Steele (VF : Michèle Montel) : Elizabeth Barnard Medina
- John Kerr (VF : Jacques Bernard) : Francis Barnard
- Luana Anders (VF : Jeanine Freson) : Catherine Medina
- Antony Carbone (en) (VF : Gabriel Cattand) : Dr. Charles Leon
- Patrick Westwood : Maximillian, le majordome
- Lynette Bernay (VF : Jane Val) : Maria
- Larry Turner : Nicholas Medina enfant
- Mary Menzies : Isabella
- Charles Victor (en) : Bartolome

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