Vu le Film House of Gucci de Ridley Scott (2021) avec Lady Gaga Adam Driver Jared Leto Al Pacino Jeremy Irons Salma Hayek Jack Huston Reeve Carneu Camille Cottin
Il y a des faits divers qui sentent le soufre, le luxe et le sang mêlés, et House of Gucci avait tout pour être un grand film vénéneux. Le 27 mars 1995, Maurizio Gucci, héritier d’un empire bâti sur le cuir et l’or, est abattu. Derrière ce meurtre, son ex-femme Patrizia Reggiani, prête à tout pour garder sa place au soleil et surtout sa part du gâteau avant que Monsieur n’aille voir ailleurs avec Paola Franchi. Une histoire de passion, d’argent, de pouvoir, bref une tragédie moderne taillée pour le cinéma.
Et pourtant.
Quinze ans que le projet traînait dans les tiroirs d’Hollywood, avec Ridley Scott déjà dans les parages dès 2006. On se dit que ça a dû maturer, se peaufiner, devenir un grand cru. Et puis non. Scott tourne beaucoup, trop peut-être, et ça se sent ici : un film en quenille, mal habillé, avec de belles étoffes mais aucune coupe.
On suit la rencontre entre Maurizio Gucci (Adam Driver), étudiant un peu transparent, et Patrizia (Lady Gaga), ambitieuse, magnétique, déjà prête à dévorer le monde. Elle le pousse, le façonne, le propulse au cœur de l’empire familial dominé par Aldo Gucci (Al Pacino) et gangrené par les tensions internes, notamment avec Paolo Gucci, cousin fantasque et pathétique incarné par un Jared Leto méconnaissable sous des couches de maquillage.
Sur le papier, encore une fois, c’est du velours. Une ascension, une chute, une guerre de clan. Mais à l’écran, c’est une longue promenade dans un catalogue de luxe. Des costumes, des villas, des regards appuyés… et un vide sidéral derrière.
Le problème, c’est le cœur. Il n’y en a pas. Ou alors il bat très lentement.
Pendant plus de 2h30, on assiste à une romance de roman de gare : jalousie, trahison, escroquerie, chantage, tout y passe, mais sans jamais accrocher. Maurizio devient un beau gosse sans charisme, une silhouette qui traverse le film sans jamais vraiment exister. Adam Driver, pourtant capable de tellement mieux, semble ici en pilotage automatique, comme perdu dans ce défilé de luxe.
Lady Gaga, elle, joue la veuve noire avec application. Elle mord, elle griffe, elle s’amuse, et c’est sans doute la seule à vraiment habiter son personnage. Mais même elle ne suffit pas à sauver l’ensemble, tant le film semble hésiter entre drame, satire et soap opera de luxe.
Et puis il y a Jared Leto. Méconnaissable, oui. Excessif, surtout. Il cabotine comme jamais, au point de transformer certaines scènes en numéro presque comique. On ne sait pas s’il faut rire ou lever les yeux au ciel. Peut-être les deux.
Quant à Pacino… ça fait mal de le dire. Lui que j’adore, ici il semble tourner en rond. Son Aldo Gucci a de la présence, évidemment, mais ça reste en surface. Comme si même lui n’y croyait qu’à moitié.
Ridley Scott film propre, trop propre. Aucun relief, aucune audace. Là où il aurait fallu du mordant, de la noirceur, du venin, on a une reconstitution appliquée, presque scolaire. On survole tout : les origines troubles du clan, les magouilles financières, la dimension quasi mafieuse de la famille. Tout ce qui aurait pu donner du corps au film est à peine effleuré.
Et le pire, c’est sans doute le traitement du meurtre. 150 minutes d’attente pour enfin y arriver, et derrière, un procès expédié. Comme si le film lui-même se désintéressait de son propre climax. Frustrant.
Difficile de ne pas penser à Tout l'argent du monde du même Scott : même fascination pour les riches, même froideur, même incapacité à rendre ces destins vraiment captivants. L’odeur du fric est là, omniprésente, mais le goût… totalement absent.
Un film sans âme. Beau, oui. Luxueux, évidemment. Mais creux. Le genre de film où le siège finit par faire mal aux fesses à force d’attendre quelque chose qui ne vient jamais.
Et même pas un sac Gucci à la sortie. Franchement, tout ça pour ça.
NOTE : 7.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Ridley Scott
- Scénario : Becky Johnston et Roberto Bentivegna, d'après le livre The House of Gucci: A Sensational Story of Murder, Madness, Glamour, and Greed de Sara Gay Forden
- Musique : Harry Gregson-Williams
- Direction artistique : Massimo Pauletto et Gianpaolo Rifino
- Décors : Arthur Max
- Costumes : Stefano De Nardis
- Photographie : Dariusz Wolski
- Montage : Claire Simpson
- Production : Giannina Scott, Ridley Scott et Kevin J. Walsh
- Sociétés de production : Metro-Goldwyn-Mayer, Bron Studios et Scott Free Productions
- Sociétés de distribution : United Artists Releasing (États-Unis et Canada), Universal Pictures International France (France)
- Budget : 75 000 000 $
- Lady Gaga (VF : Audrey Sourdive ; VQ : Éveline Gélinas) : Patrizia Reggiani
- Adam Driver (VF : Valentin Merlet ; VQ : Adrien Bletton) : Maurizio Gucci
- Al Pacino (VF : José Luccioni ; VQ : Marc Bellier) : Aldo Gucci, l'oncle de Maurizio
- Jared Leto (VF : Damien Witecka ; VQ : Benoît Éthier) : Paolo Gucci, le cousin de Maurizio et fils d'Aldo
- Jeremy Irons (VF : Féodor Atkine ; VQ : Jacques Lavallée) : Rodolfo Gucci, le père de Maurizio et frère d'Aldo
- Salma Hayek (VF : Ethel Houbiers ; VQ : Camille Cyr-Desmarais) : Giuseppina Auriemma, la voyante
- Jack Huston (VF : Rémi Bichet ; VQ : Maël Davan-Soulas) : Domenico De Sole (en)
- Camille Cottin (VF : elle-même ; VQ : Mélanie Laberge) : Paola Franchi
- Reeve Carney (VF : Romain Altché) : Tom Ford
- Vincent Riotta (en) (VF : Eddie Chignara) : Fernando Reggiani, le père de Patrizia
- Alexia Murray : Silvana Reggiani, la mère de Patrizia
- Mia McGovern Zaini : Alessandra Gucci, la fille de Maurizio et Patricia
- Florence Andrews (VF : Lydia Cherton) : Jenny Gucci, la femme de Paolo
- Mădălina Ghenea : Sophia Loren
- Youssef Kerkour (en) (VF : Bruno Magne ; VQ : Thiéry Dubé) : Nemir Kirdar (en)
- Mehdi Nebbou (VF : lui-même) : Said
- Miloud Mourad Benamara : Omar
- Antonello Annunziata : Karl Lagerfeld
- Catherine Walker : Anna Wintour
- Martino Palmisano : Richard Avedon

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