Vu le Film La Balance de Bob Swain (1982) avec Richard Berry Maurice Ronet Nathalie Baye Philippe Léotard Tcheky Karyo Jean Paul Comard Florent Pagny Christophe Malavoy Bernard Freyd Galia Salimo Sam Karmann
Pour faire face à la croissance d'une nouvelle criminalité, « sauvage » et plus violente, la police judiciaire crée les Brigades territoriales, seules unités de la police intégrées dans le tissu urbain de la pègre. Chaque groupe a son propre réseau d'informateurs sans lequel il ne peut pas travailler. Ces informateurs, ou indicateurs, sont surnommés « les balances ».
Parler de La Balance aujourd’hui, c’est comme rouvrir une plaie du polar français qui ne s’est jamais vraiment refermée. Parce que ce film-là, ce n’est pas juste un succès, ce n’est pas juste 3 César, c’est un coup de couteau dans un cinéma policier qui, à l’époque, commençait à tourner en rond. Et au milieu de tout ça, il y a elle, Nathalie Baye, à qui cet hommage s’impose presque naturellement.
Après être passée entre les mains de François Truffaut, Alain Cavalier ou Maurice Pialat, elle change de peau. Et pas à moitié. Elle plonge. Nini, c’est pas un rôle, c’est une chute. Une prostituée, amoureuse, paumée, lucide et pourtant incapable de s’en sortir. Une femme qui sait qu’elle va se faire broyer et qui avance quand même. Et Baye ne triche jamais. Elle joue une “pute” avec une classe insolente, une vérité presque gênante. Elle est magnifique parce qu’elle ne cherche jamais à l’être.
Face à elle, Philippe Léotard en Dédé, c’est la déflagration. Un type imprévisible, violent, minable, attachant malgré lui. L’amour entre Nini et Dédé, c’est pas du cinéma, c’est une dépendance. Un truc sale, dangereux, qui pue la fin tragique. Et évidemment, ça sent la fin tragique.
Et pendant ce temps-là, la machine se met en marche. La PJ débarque, menée par Richard Berry en inspecteur Palluzi, avec son équipe entre cow-boys fatigués et bleus sans expérience. Ici, pas de méthode propre : tous les coups sont permis. Manipuler, presser, utiliser Nini jusqu’à la moelle. Pas de sentiments. Juste du résultat. Parce que dans ce monde-là, on a rien sans rien.
Mathieu Fabiani, ancien flic, qui a écit le scénatio transpire le vécu. Ça se sent dans chaque dialogue, dans chaque situation. Rien ne sonne faux. On est dans du brut, du vécu, du terrain. Et ça se passe à Belleville, pas le Belleville carte postale, mais celui de la prostitution, de la came, des deals à la sauvette. Un décor qui n’en est pas un : un terrain miné.
Au-dessus de tout ça plane Roger Massina, truand corse qui tient le quartier, entouré de ses chiens de guerre, dont un Tchéky Karyo déjà flippant en Pétrovic. Pas de quartier, pas de sentiments. La loi, c’est la rue. Pas la justice.
Et puis ce casting… avec le recul, c’est presque indécent. Richard Berry Christophe Malavoy, Maurice Ronet, Sam Karmann , Tcheky Karyio et bien sur Nathalie Baye que des trajectoires qui vont compter. Sans oublier les silhouettes : Florent Pagny, François Berléand… comme si le film avait aspiré toute une génération.
Bob Swaim met en scène une réalisation sèche, sans gras, presque documentaire. Pas d’effets, pas de glamour. Juste des corps, des visages, des rues. Et une tension constante. On pense à L.627 ou Le Petit Lieutenant pour cette sensation d’équipe, de terrain, de quotidien poisseux… sauf que La Balance arrive avant et frappe plus fort.
Et c’est peut-être ça le plus fou : 44 ans après, le film n’a pas pris une ride. Toujours aussi efficace. Toujours aussi dérangeant. Comme un témoignage brut d’une époque où le polar français osait encore se salir les mains.
Et puis il y a ce paradoxe : un coup de maître… sans lendemain. Comme si Bob Swaim avait tout mis là, d’un coup. Un chant du cygne prématuré.
Mais quel chant. Un film qui cogne, qui gratte, qui reste. Et au centre, Nathalie Baye. Inoubliable.
NOTE 15.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Bob Swaim, assisté d'Alain Tasma
- Scénario : Bob Swaim et Mathieu Fabiani
- Photographie : Bernard Zitzermann
- Montage : Françoise Javet
- Musique : Boris Bergman, Roland Bocquet, Luc Laffite, Dany Revel, Jean-François Leroi et Lounis Aït-Menguellet
- Décors : Éric Moulard
- Costumes : Catherine Meurisse
- Casting : Dominique Besnehard
- Production : Georges Dancigers et Alexandre Mnouchkine
- Sociétés de production : Les Films Ariane et Films A2
- Sociétés de distribution : Acteurs Auteurs Associés, TF1 Vidéo, Gala Film Distributors (Royaume-Uni) et International Spectrafilm (États-Unis), CBS/Fox (RFA)
- Pays de production :
France
- Nathalie Baye : Nicole Danet dit Nini
- Philippe Léotard : André Laffont dit Dédé
- Richard Berry : l'inspecteur principal Mathias Palouzi dit l'embrouille
- Christophe Malavoy : Tintin
- Maurice Ronet : Roger Massina, truand corse
- Tchéky Karyo : Petrovic, truand yougoslave
- Bernard Freyd : Casta dit le capitaine
- Jean-Paul Comart : le belge
- Albert Dray : Carlini
- Florent Pagny : Simoni
- Raouf Ben Yaghlane : Mohamed Djerbi
- Galia Salimo (créditée Galia Dujardin) : Sabrina, la prostituée transsexuelle
- Sam Karmann : Paulo Sanchez
- Robert Atlan : Ayouche
- Luc-Antoine Diquéro : Picard
- Jean-Daniel Laval : Arnaud
- Geoffrey Carey : le valet
- Michel Amphoux : Guy
- Gérard Beaume : premier trafiquant punk
- Pierre-Marie Escourrou : deuxième trafiquant punk
- Claude Villers : le patron de l'Oasis
- Mostefa Zerguine : le guetteur
- Patrick Guillaumes : le flic timide
- Catherine Le Dall : la contractuelle
- Guy Dhers : Calemard
- François Berléand : l'inspecteur de la Mondaine
- Sidney Boccara
- Marc Ballif : un dealer
- Christian Gaubert : tueur 1
- David Overbey : tueur 2

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