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mardi 28 avril 2026

14.80 - MON AVIS SUR LE FILM L'AFFAIRE SK1 DE FREDERIC RELLER (2014)


 Vu le Film l’Affaire SK1 de Frédéric Teller (2014) avec Raphael Personnaz Olivier Gourlet Nathaie Baye Michel Vuillermoz Adama Niame Christa Theret Thierry Neuvic Marianne Denicourt 

A Paris en 1991, Franck Magne est un jeune inspecteur faisait des premiers pas dans la police judiciaire, à la Brigade Criminelle du 36, Quai des Orfèvres". La première enquête de Frank est sur l'assassinat d'une jeune fille. Il étudie alors des dossiers similaires qui n'ont jamais été reliés ensemble. Mais il est vite confronté à beaucoup d'obstacles : manque de moyens, de longs horaires, la bureaucratie. Durant 8 ans, il tente de continuer cette enquête qui l'obsède mais à laquelle personne ne croit. Pendant près de 10 ans, les victimes se multiplient alors que les pistes se brouillent. 

L’affaire SK1 de Frédéric Tellier, c’est typiquement le genre de film qui marche sur une ligne de crête : raconter un fait divers aussi atroce sans tomber dans le sensationnel ni dans la reconstitution froide. Et comme souvent avec ce type de sujet, le film joue sur des œufs… parfois avec une certaine maladresse. 

Je suis Charly. Pourquoi parler de Charly ? Parce que dès le début, Frank Magne se présente comme Charly Magne. Et forcément, à ‘époque, ça devait résonner bizarrement, presque comme un écho involontaire qui parasite un peu l’entrée dans le film. Ce n’est pas la faute du film, mais ça crée un décalage étrange. 

Le vrai problème arrive très vite : on s’y perd. Tellier fait le choix de ne pas raconter l’histoire de manière linéaire, et pire encore, il ouvre sur le procès. Mauvaise idée. On casse d’entrée la tension, et surtout on désoriente. On aurait aimé comprendre le contexte, les conditions de travail de la police à l’époque, sentir cette traque dans un Paris des années 90. Là-dessus, le film reste trop en surface, et c’est son principal défaut. 

Frédéric Tellier n’est pas Tavernier — auquel il rend hommage avec l’affiche de L.627 — ni Lumet, roi des films de procès. Et ça se sent. La mise en scène est appliquée, sérieuse, mais elle reste contenue, presque bridée. Comme si le film refusait de lâcher prise, de plonger pleinement dans la noirceur de son sujet. 

Mais à partir du moment où le film décide enfin de se concentrer sur son cœur — l’enquête, la traque, l’obsession — là, ça devient vraiment intéressant. Il y a quelque chose de puissant, de pesant, un climat qui s’installe. Un film dramatique, solide… mais sur frein. Toujours cette sensation qu’il manque un cran, un risque, une immersion totale. 

Le scénario, lui, reste très factuel. Trop peut-être. On n’apprend finalement pas grand-chose qu’on ne savait déjà, si ce n’est les errances de l’enquête, les multiples suspects, et cette aberration judiciaire — libérer un homme pour une histoire de pieds “non égyptiens”. À la fois sidérant et frustrant. 

Côté casting, c’est contrasté. Raphaël Personnaz, le beau-fils idéal des Français, semble parfois plus préoccupé par sa coiffure ou la taille de sa barbe que par son personnage. Il est propre, lisse… un peu trop. Il manque de rugosité, de fatigue, de tension. 

En face, Olivier Gourmet est, comme toujours, impeccable. Lui, il vit son rôle. Il apporte une densité, une crédibilité immédiate. Dès qu’il est à l’écran, le film gagne en poids. 

Et puis il y a la vraie claque : Adama Niane. Révélation totale. Son Guy Georges est glaçant, sans jamais forcer. Une présence, une économie de jeu, une terreur qui passe par le regard, par le silence. C’est précis, dérangeant, et surtout profondément juste. On tient là ce que le film a de plus fort. 

Mais au fond, le problème reste le même que pour beaucoup de films tirés de faits divers : ça va trop vite. Trop tôt. On sent que le film arrive avant que le temps ait fait son travail. Avant que tout soit digéré, compris, posé. Et du coup, il reste une distance, presque une retenue morale. 

Parce que derrière l’histoire, il y a les victimes. Et leurs proches. Et ça, ça impose une responsabilité énorme. Le film en est conscient, sans doute trop. Il se retient, se contient… au point parfois de s’empêcher d’être totalement un grand film. 

L’affaire SK1 est un bon film, solide, sérieux, porté par quelques grandes performances. Mais l’histoire, elle, est plus forte que le film. Toujours. Et ici, elle écrase un peu ce que le cinéma aurait pu en faire avec plus de temps, plus de recul… et peut-être un peu plus de courage

NOTE : 14.80

FICHE TECHNIQUE



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