Vu le Film Phil Spector de David Mamet (2013) avec Al Pacino Hellen Mirren Jeffrey Tambor Chewitel Ejiofor Rebecca Pidgeon Matt Malloy Jekk Tolkian Clara Mamet
Le célèbre producteur de musique Phil Spector est arrêté pour le meurtre de Lana Clarkson. Il est défendu par l'avocate Linda Kenney Baden, qui souffre d'une pneumonie…
Un casting de rêve, Pacino/Mirren, pour raconter un personnage aussi controversé que génial : Phil Spector. Sur le papier, ça sentait le soufre, la démesure, la chute d’un démiurge. On s’attendait à un film qui gronde, qui déborde, qui explose comme un mur du son. Et puis… non. Mamet choisit la voie étroite, presque clinique : le procès, rien que le procès, ou presque.
C’est là que le bât blesse.
Parce que Spector, ce n’est pas qu’un accusé dans une salle d’audience. C’est un mythe déglingué, un type qui a réinventé la pop, un producteur génial capable de sculpter le son comme d’autres taillent le marbre. Le genre de mec qui, après avoir touché au divin, finit par se prendre pour Dieu lui-même. Et ça, le film ne fait que l’effleurer.
On aurait voulu voir la montée, la toute-puissance, les excès, les substances illicites, la mégalomanie, les pulsions de violence. Tout ce qui mène logiquement à la chute. Tout ce qui fait que cette affaire n’est pas juste un fait divers, mais l’aboutissement d’un parcours. Mamet, lui, préfère rester coincé dans le prétoire. Résultat : un film qui parle beaucoup, mais qui raconte peu.
Côté acteurs, en revanche, difficile de faire la fine bouche.
Pacino, fidèle à lui-même, cabotine. Oui, cabotine. Mais c’est aussi pour ça qu’on l’aime. Il en fait des tonnes, il joue avec ses perruques improbables, il transforme Spector en créature presque grotesque, entre génie et caricature. On peut trouver ça excessif, mais au moins, il y a de la vie, du relief, du spectacle.
Face à lui, Helen Mirren apporte la rigueur, la retenue, l’élégance. Elle incarne l’avocate avec une précision chirurgicale, presque en opposition totale avec le chaos ambulant qu’est Spector. Leur duo fonctionne, clairement. C’est même ce qui tient le film debout.
Mais voilà : deux grands acteurs ne font pas tout.
Mamet filme propre, trop propre. Presque sage. On est loin de la folie du personnage, loin de l’énergie qu’on aurait pu attendre. Tout est cadré, maîtrisé, contenu. Comme si le film avait peur de son sujet.
Mamet reste enfermé dans sa structure judiciaire. Ça parle, ça argumente, ça dissèque. Mais ça n’explore jamais vraiment. On reste en surface d’un personnage qui méritait qu’on plonge dans ses abîmes.
Et c’est frustrant.
Parce qu’il y avait matière à un grand film. Un vrai. Un film qui aurait pu mêler musique, démesure, chute et tragédie. Au lieu de ça, on a une chronique de procès, bien jouée, mais limitée.
Et non, ce n’est pas la coiffure de Spector sur la tête de Pacino qui va me faire changer d’avis.
Phil Spector ressemble à son sujet… mais sans le génie. Juste les excès, un peu édulcorés, et beaucoup de dialogues. Un rendez-vous manqué avec une légende.
NOTE : 9.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : David Mamet
- Scénario : David Mamet d'après sa pièce de théâtre
- Direction artistique : Patrizia von Brandenstein
- Décors : Fredda Slavin
- Photographie : Juan Ruiz Anchía
- Son : Michael Kirchberger
- Montage : Barbara Tulliver
- Musique : Marcelo Zarvos (en)
- Production : Michael Hausman
- Société de production : HBO Films
- Société de distribution :
HBO
- Al Pacino (VF : José Luccioni) : Phil Spector
- Helen Mirren (VF : Béatrice Delfe) : Linda Kenney Baden
- Jeffrey Tambor (VF : Jean-Jacques Moreau) : Bruce Cutler
- Chiwetel Ejiofor (VF : Julien Kramer) : le procureur Mock
- Rebecca Pidgeon : Dr Fallon
- Matt Malloy (VF : Jean-François Aupied) : Dr Spitz
- James Tolkan : le juge Larry Fidler
- Natalia Nogulich : Giovonetta Ricci
- Matthew Rauch : Mike
- Meghan Marx (VF : Christèle Billault) : Lana Clarkson
- Clara Mamet : Paint Girl

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