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lundi 13 avril 2026

16.80 - VU LE FILM THE IRISHMAN DE MARTIN SCORSESE (2019)


 
The Irishman de Martin Scorsese (2019) avec Al Pacino Robert de Niro Joe Pesci Ray Romano Bobby Cannavale Lucy Gallina Anna Paquin Stephen Graham Harcey Keitel Jesse Plemons 

Frank Sheeran est un ancien soldat de la Seconde Guerre mondiale devenu escroc et tueur à gages. À travers son personnage, on découvre le monde du crime organisé dans l'Amérique de l'après-guerre. 

Voir un film de Martin Scorsese, c’est un peu comme ouvrir une boîte de chocolats : on en savoure chaque instant, chaque nuance, jusqu’à la dernière bouchée. Et ce, même lorsque le film s’étire sur 3h29, comme c’est le cas avec The Irishman. Une durée qui pourrait rebutermais qui, entre les mains d’un tel cinéastedevient une expérience immersive, presque hypnotique. 

Reste une frustration pourtant : en France, le film n’a connu qu’une diffusion limitée en salles, privilégiant la plateforme Netflix. Un choix qui interroge. Est-ce la faute de la plateforme, qui ne croit pas assez à l’exploitation en salles ? Ou celle des grands studios, qui ne prennent plus le risque de produire ce type de fresques ambitieuses, longues et coûteusespréférant investir dans des spectacles calibrés pour un public plus jeune ? Sans doute un peu des deux. Il faut alors accepter cette évolutionmême si elle laisse un léger goût amer aux amoureux du grand écran. 

Car The Irishman n’est pas un film comme les autresC’est un sommet dans la carrière de Scorsese, une œuvre qui dialogue avec ses propres classiquesévoquant à la fois Casino et Les Affranchis, tout en laissant planer l’ombre du cinéma de Sergio Leone, notamment dans son rapport au temps et à la mémoire. 

Le film prend la forme d’une longue confession, celle de Frank Sheeran, incarné par un Robert De Niro impressionnant de sobriétéGrâce à une technologie de rajeunissement parfois déroutante au départmais vite acceptée, le personnage traverse plusieurs décennies sous nos yeux. De simple escroc à homme de main, puis confident des plus puissants, Sheeran devient le témoin privilégié d’un monde régi par des règles implacables. 

À ses côtés, Joe Pesci livre une performance tout en retenuepresque fantomatique, loin de ses rôles explosifs habituels. Il incarne Russell Bufalino, figure calme mais terrifiante, mentor et guide dans cet univers opaque. Et puis il y a Al Pacino, flamboyant, excessifincarnant un Jimmy Hoffa plus grand que nature, dont la présence électrise chaque scène. 

Le récit s’étend sur près de quarante ans d’histoire américaine, mêlant mafia, politique et syndicalismejusqu’à la disparition mystérieuse de Hoffa. Un événement qui hante encore aujourd’hui la mémoire collective, et que Scorsese revisite avec une précision presque documentaire. 

Mais au-delà de l’histoirec’est le regard du film qui frappe. Celui d’un homme vieillissantisolé, qui revisite son passé sans fard. Dans une scène marquante, Anna Paquin, presque silencieuse, impose une présence bouleversante : son regard suffit à juger tout un parcours de vie. 

Le rythme du film pourra sembler lent à certains. Mais cette lenteur est essentielle. Elle permet de s’imprégner, de comprendre, de ressentirIci, pas de surenchère ni de spectaculaire gratuit : la violence est sèchebrutalesouvent hors-champ. Nous sommes loin des standards modernes. La mafia de Scorsese n’est pas un spectacle, c’est un mécanisme. 

Tout participe à la réussite : les décors, les costumes, la bande-son, riche en morceaux des années 60 et 70, fidèle à la passion musicale du réalisateur. Et le casting secondaire, avec Bobby Cannavale, Ray Romano, Stephen Graham ou encore Jesse Plemons, apporte une densité supplémentaire à cet ensemble déjà impressionnant. 

Au fond, The Irishman ressemble à un film testament. Non pas celui d’une carrière entièremais celui d’un genre que Scorsese a contribué à élever au rang de mythe. Un regard en arrière, lucide et mélancolique, sur un cinéma qui prenait le temps de raconter, de construire, de faire exister ses personnages. 

Un grand film, une fresque immense, qui nous invite aussi à regarder derrière nous… vers cette époque  le cinéma savait encore durer, et marquer les esprits pour longtemps.

NOTE : 16.80

FICHE TECHNIQUE

 

Directed byMartin Scorsese
Screenplay bySteven Zaillian
Based onI Heard You Paint Houses
by Charles Brandt
Produced by
Starring
CinematographyRodrigo Prieto
Edited byThelma Schoonmaker
Music byRobbie Robertson
Production
companies

DISTRIBUTION

 

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