The Irishman de Martin Scorsese (2019) avec Al Pacino Robert de Niro Joe Pesci Ray Romano Bobby Cannavale Lucy Gallina Anna Paquin Stephen Graham Harcey Keitel Jesse Plemons
Frank Sheeran est un ancien soldat de la Seconde Guerre mondiale devenu escroc et tueur à gages. À travers son personnage, on découvre le monde du crime organisé dans l'Amérique de l'après-guerre.
Voir un film de Martin Scorsese, c’est un peu comme ouvrir une boîte de chocolats : on en savoure chaque instant, chaque nuance, jusqu’à la dernière bouchée. Et ce, même lorsque le film s’étire sur 3h29, comme c’est le cas avec The Irishman. Une durée qui pourrait rebuter, mais qui, entre les mains d’un tel cinéaste, devient une expérience immersive, presque hypnotique.
Reste une frustration pourtant : en France, le film n’a connu qu’une diffusion limitée en salles, privilégiant la plateforme Netflix. Un choix qui interroge. Est-ce la faute de la plateforme, qui ne croit pas assez à l’exploitation en salles ? Ou celle des grands studios, qui ne prennent plus le risque de produire ce type de fresques ambitieuses, longues et coûteuses, préférant investir dans des spectacles calibrés pour un public plus jeune ? Sans doute un peu des deux. Il faut alors accepter cette évolution, même si elle laisse un léger goût amer aux amoureux du grand écran.
Car The Irishman n’est pas un film comme les autres. C’est un sommet dans la carrière de Scorsese, une œuvre qui dialogue avec ses propres classiques, évoquant à la fois Casino et Les Affranchis, tout en laissant planer l’ombre du cinéma de Sergio Leone, notamment dans son rapport au temps et à la mémoire.
Le film prend la forme d’une longue confession, celle de Frank Sheeran, incarné par un Robert De Niro impressionnant de sobriété. Grâce à une technologie de rajeunissement parfois déroutante au départ, mais vite acceptée, le personnage traverse plusieurs décennies sous nos yeux. De simple escroc à homme de main, puis confident des plus puissants, Sheeran devient le témoin privilégié d’un monde régi par des règles implacables.
À ses côtés, Joe Pesci livre une performance tout en retenue, presque fantomatique, loin de ses rôles explosifs habituels. Il incarne Russell Bufalino, figure calme mais terrifiante, mentor et guide dans cet univers opaque. Et puis il y a Al Pacino, flamboyant, excessif, incarnant un Jimmy Hoffa plus grand que nature, dont la présence électrise chaque scène.
Le récit s’étend sur près de quarante ans d’histoire américaine, mêlant mafia, politique et syndicalisme, jusqu’à la disparition mystérieuse de Hoffa. Un événement qui hante encore aujourd’hui la mémoire collective, et que Scorsese revisite avec une précision presque documentaire.
Mais au-delà de l’histoire, c’est le regard du film qui frappe. Celui d’un homme vieillissant, isolé, qui revisite son passé sans fard. Dans une scène marquante, Anna Paquin, presque silencieuse, impose une présence bouleversante : son regard suffit à juger tout un parcours de vie.
Le rythme du film pourra sembler lent à certains. Mais cette lenteur est essentielle. Elle permet de s’imprégner, de comprendre, de ressentir. Ici, pas de surenchère ni de spectaculaire gratuit : la violence est sèche, brutale, souvent hors-champ. Nous sommes loin des standards modernes. La mafia de Scorsese n’est pas un spectacle, c’est un mécanisme.
Tout participe à la réussite : les décors, les costumes, la bande-son, riche en morceaux des années 60 et 70, fidèle à la passion musicale du réalisateur. Et le casting secondaire, avec Bobby Cannavale, Ray Romano, Stephen Graham ou encore Jesse Plemons, apporte une densité supplémentaire à cet ensemble déjà impressionnant.
Au fond, The Irishman ressemble à un film testament. Non pas celui d’une carrière entière, mais celui d’un genre que Scorsese a contribué à élever au rang de mythe. Un regard en arrière, lucide et mélancolique, sur un cinéma qui prenait le temps de raconter, de construire, de faire exister ses personnages.
Un grand film, une fresque immense, qui nous invite aussi à regarder derrière nous… vers cette époque où le cinéma savait encore durer, et marquer les esprits pour longtemps.
NOTE : 16.80
FICHE TECHNIQUE
| Directed by | Martin Scorsese |
|---|---|
| Screenplay by | Steven Zaillian |
| Based on | I Heard You Paint Houses by Charles Brandt |
| Produced by |
|
| Starring | |
| Cinematography | Rodrigo Prieto |
| Edited by | Thelma Schoonmaker |
| Music by | Robbie Robertson |
Production companies |
- Robert De Niro as Frank Sheeran
- Al Pacino as Jimmy Hoffa
- Joe Pesci as Russell Bufalino
- Ray Romano as Bill Bufalino
- Bobby Cannavale as Felix "Skinny Razor" DiTullio
- Anna Paquin as Peggy Sheeran
- Lucy Gallina as Young Peggy Sheeran
- Stephen Graham as Anthony "Tony Pro" Provenzano
- Harvey Keitel as Angelo Bruno
- Stephanie Kurtzuba as Irene Sheeran
- Kathrine Narducci as Carrie Bufalino
- Welker White as Josephine "Jo" Hoffa
- Jesse Plemons as Chuckie O'Brien
- Jack Huston as Robert F. Kennedy
- Domenick Lombardozzi as Anthony "Fat Tony" Salerno
- Paul Herman as Whispers DiTullio
- Louis Cancelmi as Salvatore "Sally Bugs" Briguglio
- Rebecca Faulkenberry as Barbara Hoffa
- Gary Basaraba as Frank "Fitz" Fitzsimmons
- Marin Ireland as Dolores Sheeran
- India Ennenga as Young Dolores
- Sebastian Maniscalco as "Crazy" Joe Gallo
- Steven Van Zandt as Jerry Vale
- Jennifer Mudge as Maryanne Sheeran
- Tess Price as Young Maryanne
- Tony Suriano as Silver Shop's Owner Son

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