Pages

samedi 16 mai 2026

13.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES GASPARDS DE CHARLES DENNER (1973)

 


Vu  le Film Les Gaspards de Charles Denner (1973) avec Philippe Noiret Charles Denner Michel Serrault Chantal Goya Robert Rollis Michel Galabru Marie Pierre de Gérando Annie Cordy Bernard Musson Bernard Lavelette Roger Carel Jean Carmet Daniel Ivernel et Gérard Depardieu 


Jean-Paul Rondin (Michel Serrault) est libraire à Paris, près du Panthéon. Il est mécontent car sa boutique est située près d'un chantier de rénovation de la ville ordonné par le ministre des Travaux publics (Charles Denner). 


Un soir, la fille de Rondin (Chantal Goya) disparaît brusquement après avoir quitté son groupe d'amis. Le commissaire Lalatte (Michel Galabru), que Rondin est allé voir, pense qu'il s'agit d'une fugue.


Il y a des films qui vieillissent comme des archives poussiéreuses et puis il y a ceux qui deviennent presque des documentaires involontaires sur une époque. Les Gaspards fait partie de cette deuxième catégorie. Derrière la farce, derrière les gags et les tunnels, Pierre Tchernia et René Goscinny capturaient finalement un Paris en pleine mutation, un Paris éventré à coups de pelleteuses sous Georges Pompidou puis Valéry Giscard d'Estaing. 


Moi le petit parisien de l’époque, je voyais ça tous les jours. Des trous partout, des barrières, des travaux sans fin, des rues défigurées, et évidemment ce fameux Trou des Halles qui semblait vouloir concurrencer les catacombes niveau durée de chantier. On avait parfois l’impression qu’on creusait jusqu’en Chine juste pour installer trois pavés et un lampadaire moderne. Et voilà que Tchernia imagine qu’en dessous de ce Paris carte postale survit un peuple clandestin : les Gaspards. Rien que l’idée est géniale. 


Sous les pavés, pas la plage : les Gaspards. 


Toute une société souterraine vit discrètement sous Paris sous la direction du noble Gaspard de Montfermeil, incarné par un immense Philippe Noiret, mélange parfait d’aristocrate fatigué, de chef de guérilla et de patriarche lunaire. Lui et sa communauté voient les travaux du dessus comme une déclaration de guerre. Alors forcément, ça riposte. Sabotages, pièges, disparitions mystérieuses, le métro devient presque un terrain révolutionnaire. Ce ne sont pas Les Misérables, ce sont les Gaspards avec leurs barricades sous le sol. 


Face à eux, le pouvoir. Et chez Tchernia, le pouvoir est toujours un peu ridicule. Le ministre des Travaux publics joué par Charles Denner et toute cette administration incapable de comprendre ce qui se passe sous ses pieds. On détruit, on bétonne, on modernise, mais personne ne regarde vraiment Paris autrement qu’avec des plans d’architectes et des chiffres de budget. 


Et puis il y a Serrault justement, libraire dépassé par les événements, avec sa fille jouée par Chantal Goya, eh oui avant de faire ami ami avec des pandas et des lapins géants. Tous deux vont se retrouver embarqués dans cette folie souterraine et tenter d’empêcher la catastrophe.


Ce qui fait le charme du film, c’est cette troupe. La Bande à Tchernia et Goscinny, c’était une machine à fabriquer des trognes et du burlesque. Michel Galabru, Jean Carmet, Bernard Lavalette, Robert Rollis, Jacques Legras… tous semblent jouer comme des gamins lâchés dans un parc d’attractions absurde. Et puis un jeune baraqué qui va faire parler de lui très vite avec Les Valseuses un certain Gérard Depardieu qui marquait déjà son importante présence 


Et Tchernia connaissait parfaitement la mécanique du rire. Pas besoin de dialogues interminables ou de grandes démonstrations. Un gag visuel suffisait. Ce changement des conduites où l’eau devient du gaz et l’électricité devient de l’eau reste une merveille de non-sens. On imagine presque les habitants ouvrir leur robinet pour cuire des pâtes directement dans l’évier. Paris version plomberie nucléaire. 


Le film fonctionne justement parce qu’il garde ce ton léger tout en racontant quelque chose de très vrai. Cette peur de voir disparaître un vieux Paris avalé par la modernité. Derrière les blagues, on sent une vraie nostalgie des quartiers populaires, des libraires, des petites rues, d’un Paris humain remplacé progressivement par le béton, les centres commerciaux et les grands projets technocratiques. 


Mais jamais Tchernia ne devient donneur de leçons. Lui préfère rire du chaos. Parce que rire étant l’avenir de l’homme si on le veut bien. Et dans ce domaine, il savait faire. Chez lui, même les révolutions ressemblent à des parties de cache-cache géantes. 


Le plus beau dans Les Gaspards, c’est peut-être ce mélange impossible entre conte pour enfants, satire politique, comédie absurde et amour sincère de Paris. Un film qui ressemble à une bande dessinée vivante écrite par des amoureux des vieux pavés et des vieux troquets. 


Aujourd’hui encore, quand Paris est en travaux pour la millième fois, qu’on contourne des barrières pendant six mois pour découvrir à la fin un banc et deux plantes vertes, on repense forcément aux Gaspards. Finalement, Tchernia avait peut-être raison : sous Paris, il reste sûrement des résistants qui sabotent les canalisations pour se venger des urbanistes.

NOTE : 13.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire