Vu le Film All That Jazz de Bob Fosse (1979) avec Roy Scheider Jessica Lange Leland Palmer AZnn Reinking Cliff Gorman Ben Vereen Michael Tolan John Lighgow Joanna Merlin
Chorégraphe, metteur en scène drogué aux amphétamines et fumeur invétéré, Joe Gideon mène une existence entièrement absorbée par le spectacle. Sa vie privée elle-même est un spectacle. Alors qu'il monte une nouvelle revue à Broadway, Joe est victime d'un infarctus. Pendant l'opération qui s'ensuit, il dialogue avec la Mort et voit sa vie tumultueuse défiler.
Avec All That Jazz, Bob Fosse ne réalise pas seulement un film, il s’ouvre le thorax devant le spectateur et laisse son cœur battre au rythme des projecteurs de Broadway. Quand on est l’un des plus grands chorégraphes de son époque et qu’on a déjà signé un chef-d’œuvre comme Cabaret, on pourrait se contenter de vivre sur sa légende. Fosse préfère, lui, se disséquer.
On suit Joe Gideon, chorégraphe de génie, metteur en scène adulé, séducteur compulsif, bourreau de travail et surtout double à peine masqué de Bob Fosse lui-même. Chaque matin commence par le même rituel : les yeux rougis, les médicaments, les cigarettes, le miroir et cette certitude que le spectacle doit continuer coûte que coûte. Gideon dirige les répétitions d’un nouveau spectacle de Broadway tout en montant un film. Deux vies professionnelles pour un seul homme déjà au bord de la rupture.
Et quelles répétitions ! Comme dans A Chorus Line ou plus tard dans Jo Jo Dancer, Your Life Is Calling, on découvre les coulisses impitoyables du spectacle. Les danseurs y laissent leur sueur, leur énergie et parfois leur dignité. Gideon ne distribue ni compliments ni consolation. À Broadway, il ne doit rester que les meilleurs. Une faiblesse ? La sortie est par là. Une douleur ? Tant pis. Un état d’épuisement ? Encore quelques heures de répétition.
Le plus ironique est que cet homme qui exige tout des autres se montre infiniment moins sévère avec lui-même. Son corps lui envoie des signaux d’alarme, mais Gideon n’en a cure. Il flirte avec la mort comme d’autres flirtent avec une jolie danseuse. Jusqu’au jour où la mort décide de répondre à ses avances.
Ce qui frappe dans All That Jazz, c’est cette fusion miraculeuse entre le divertissement et l’autopsie. On y trouve du fun, des paillettes, de la lumière, des costumes étincelants, des numéros musicaux à couper le souffle. Mais derrière les strass se cache une violence physique permanente. Les corps souffrent, s’usent, se cassent presque sous nos yeux. Le spectacle est magnifique, mais son prix est exorbitant.
Les chorégraphies sont tout simplement sidérantes. Fosse filme la danse comme personne. Chaque mouvement raconte quelque chose. Chaque regard, chaque geste, chaque coup de bassin porte sa signature. On ne regarde pas un numéro musical : on assiste à une déclaration d’amour et de guerre au monde du spectacle.
Et puis il y a la musique de Ralph Burns, qui accompagne cette folie créatrice avec une élégance folle. La bande originale sublime encore davantage un film déjà ivre de cinéma et de scène.
Pour porter un tel monument, il fallait un acteur exceptionnel. Et quel coup de génie que d’avoir choisi Roy Scheider. Beaucoup le connaissent pour Jaws, mais ici il accomplit quelque chose de rare : il ne joue pas Bob Fosse, il devient Bob Fosse. Comme un caméléon, il absorbe ses tics, son énergie nerveuse, son charme fatigué et son autodestruction permanente. Sa performance est immense.
Le plus troublant reste le caractère prémonitoire de l’œuvre. En racontant l’histoire d’un artiste consumé par son propre génie, Fosse signe presque son testament. Huit ans plus tard, en 1987, il disparaîtra brutalement. En revoyant le film aujourd’hui, difficile de ne pas ressentir un frisson.
Récompensé par quatre Oscars et une Palme d’Or au Festival de Cannes 1980, All That Jazz n’est pas seulement une grande comédie musicale. C’est un spectacle total, une confession, un cri de douleur transformé en feu d’artifice.
Bob Fosse était probablement l’un des plus grands chorégraphes de l’histoire. Il fallait donc un film à sa mesure. All That Jazz est grand. Immense même. Un film qui danse jusqu’au bord du précipice en souriant.
Que le spectacle commence.
NOTE : 18.50
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Bob Fosse
- Scénario : Robert Alan Aurthur et Bob Fosse
- Photographie : Giuseppe Rotunno
- Montage : Alan Heim
- Musique originale : Ralph Burns
- Musiques additionnelles : Antonio Vivaldi
- Décors : Philip Rosenberg
- Costumes : Albert Wolsky
- Producteur : Robert Alan Aurthur
- Producteurs associés : Wolfgang Glattes et Kenneth Utt
- Producteurs exécutifs : Daniel Melnick (en)
- Sociétés de production : 20th Century Fox et Columbia Pictures Corporation
- Pays de production : États-Unis
DISTRIBUTION
- Roy Scheider (VF : Francis Lax) : Joe Gideon
- Jessica Lange (VF : Évelyne Selena) : Angelique
- Leland Palmer (VF : Jacqueline Porel) : Audrey Paris
- Ann Reinking (VF : Annie Balestra) : Kate Jagger
- Cliff Gorman (VF : Roger Carel) : Davis Newman
- Ben Vereen (VF : Med Hondo) : O'Connor Flood
- Erzsebet Foldi (VF : Catherine Lafond) : Michelle Gideon
- Michael Tolan (VF : Yves Massard) : Dr Ballinger
- Max Wright (VF : José Luccioni) : Joshua Penn
- William LeMassena (VF : René Bériard) : Jonesy Hecht
- Chris Chase (VF : Sylvie Moreau) : Leslie Perry
- Deborah Geffner (VF : Maïk Darah) : Victoria
- Kathryn Doby : Kathryn
- Anthony Holland (VF : Jacques Ferrière) : Paul Dann
- Robert Hitt : Ted Christopher
- David Margulies (VF : Philippe Mareuil) : Larry Goldie
- Sue Paul (VF : Catherine Arditi) : Stacy
- John Lithgow (VF : Bernard Woringer) : Lucas Sergeant
- Cathie Shirriff (VF : Marion Loran) : l'infirmière Briggs
- Joanna Merlin : Infirmière Pierce
- Keith Gordon (VF : Thierry Bourdon) : Joe Gideon jeune
- Sloane Shelton (VF : Paule Emanuele) : la mère de Joe
- CCH Pounder : l'infirmière Blake
- Wallace Shawn (VF : Jacques Ebner) : l'assistant d'assurance
- Jacqueline Solotar (VF : Jackie Berger) : la demandeuse d'autographe
- Sandahl Bergman : une danseuse

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