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dimanche 10 mai 2026

12.80 - MON AVIS SUR LE FILM LANDRU DE CLAUDE CHABROL (1963)

 


Vu le Film Landru de Claude Chabrol (1963) avec Charles Denner Danielle Darrieux Michèle Morgan François Legagne Stephane Audran Denise Provence Mary Marquet Mario David 

Ce film retrace la vie du tueur en série Henri Désiré Landru. Pendant la Première Guerre mondiale, il séduit des femmes seules et riches. Ayant réussi à leur faire signer une procuration, il les assassine dans sa maison de campagne, puis fait disparaître leurs corps en les brûlant dans un fourneau. Il est arrêté, jugé lors d'un procès retentissant, où il persiste à se dire innocent, et est condamné à mort. 

Avec Landru, Claude Chabrol ne filme pas seulement un tueur en série, il semble surtout régler ses comptes avec cette bourgeoisie qu’il n’a cessé d’étriller tout au long de sa carrière. En prenant la figure de Henri Désiré Landru, un des assassins les plus célèbres de France, Chabrol préfère la satire sociale au véritable portrait psychologique. Et c’est peut-être ça qui surprend le plus. On s’attend à entrer dans la tête du monstre, à comprendre ses mécanismes, ses pulsions, sa folie froide. Mais non. Pendant les trois quarts du film, Landru drague, parade, embobine ses veuves esseulées avec un bagout presque banal. Des scènes parfois très longues où le charme remplace presque le suspense. 

Et pourtant, ce choix finit par devenir intéressant. Parce que Chabrol montre surtout une époque. Une France d’après-guerre où la misère affective, la solitude et surtout l’argent ouvrent la porte au pire. Landru est un salopard vivant, évidemment, mais le film n’épargne jamais non plus les familles de victimes, souvent montrées comme avides, hypocrites ou obsédées par les héritages. Une cupidité presque honteuse qui transforme le procès final en grand théâtre bourgeois où chacun essaye de sauver sa façade. 

Et franchement, même si les beautés de l’époque n’étaient pas les mêmes, quand on voit les photos du vrai Landru, on ne ressemblait déjà pas à Brad Pitt. Et Charles Denner non plus d’ailleurs. Mais justement, cela tombe bien et sans effort. Denner apporte quelque chose de parfaitement terne, presque administratif, qui rend le personnage encore plus inquiétant. Pas un séducteur flamboyant, non. Un petit homme gris, poli, méthodique, capable de séduire par fatigue du monde plus que par beauté réelle. 

Le grand mérite du film arrive surtout dans toute la partie du procès. Là, le masque tombe enfin. Denner devient extraordinaire de froideur contenue. Son regard vide, son calme glacial, sa manière de répondre sans émotion donnent enfin au personnage une dimension effrayante. On comprend alors que Chabrol ne voulait pas faire le portrait d’un fou spectaculaire mais celui d’un homme ordinaire capable de l’horreur absolue. Et c’est peut-être encore plus dérangeant. 

La mise en scène reste typiquement chabrolienne : élégante, discrète, presque clinique. Pas de musique qui force l’émotion, pas de démonstration hystérique. Tout repose sur les dialogues, les regards et cette ironie permanente qui flotte sur le film. Le scénario prend son temps, parfois trop, notamment dans toutes les scènes de séduction qui peuvent donner une impression de répétition. Mais cette lenteur sert aussi à montrer la mécanique infernale du personnage. 

Autour de Denner, le casting féminin est remarquable, avec notamment Stéphane Audran, muse glacée de Chabrol, qui apporte comme toujours cette élégance distante presque fantomatique. Chaque femme semble chercher un peu d’amour ou de sécurité dans une époque détruite par la guerre, et tombe face à un homme qui transforme leurs espoirs en comptabilité macabre. 

Landru n’est pas le film psychologique attendu sur un serial killer. C’est plutôt une radiographie venimeuse d’une société où tout le monde semble avoir quelque chose à vendre : son cœur, sa dignité ou ses morts. Et Chabrol, derrière son humour noir, semble prendre un plaisir immense à observer ce petit monde s’enfoncer dans le ridicule pendant que Landru, lui, continue tranquillement son commerce de la mort.

NOTE : 12.80

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