Pages

Affichage des articles dont le libellé est FILMS 1981. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est FILMS 1981. Afficher tous les articles

dimanche 12 juillet 2026

14.80 - MON AVIS SUR LE FILM NEW YORK 1997 DE JOHN CARPENTER (1981)

 


Vu le Film New York 1997 de John Carpenter (1981) avec Kurt Russel Donald Pleasance Isaac Hayes Ernest Borgnine Lee Van Cleef Adrienne Barbeau et Harry Dean Stanton


New York. La nuit. La pluie. Les rues noyées dans l'obscurité, la misère et la délinquance qui semblent avoir définitivement gagné la partie. Non, ce n'est pas Gotham City, et la lumière qui fend le ciel n'annonce pas l'arrivée de Batman. C'est tout simplement le New York tel que John Carpenter l'imaginait... seize ans après la sortie de son film. Une vision de cauchemar qui, à l'époque, paraissait totalement folle, et qui aujourd'hui conserve une troublante puissance.

Dans le futur imaginé par Carpenter, la criminalité a explosé à un tel point que Manhattan n'est plus une ville : c'est devenu une immense prison à ciel ouvert. Plus de gardiens à l'intérieur, plus de règles, plus d'État. Les condamnés y sont abandonnés à leur propre violence derrière d'immenses murailles. Une idée d'une simplicité géniale qui transforme l'île la plus célèbre du monde en véritable enfer urbain.

Et voilà qu'une lumière apparaît dans le ciel. Cette fois, ce n'est pas le Bat-Signal mais Air Force One qui vient d'avoir la mauvaise idée de se crasher au beau milieu de Manhattan. Une autre mauvaise idée accompagne la première : à son bord se trouve le président des États-Unis, interprété par Donald Pleasence, capturé dès son arrivée par les bandes qui règnent sur cette jungle de béton.

Les autorités n'ont alors qu'une seule solution : envoyer quelqu'un capable de survivre là où personne ne reviendrait vivant. Pas DJ Snake... Snake Plissken.

Difficile d'imaginer un héros plus badass que celui incarné par Kurt Russell. Ancien soldat devenu criminel, œil bandé, regard d'acier, humour sec, cigarette au coin des lèvres, il possède un casier judiciaire long comme un bras de Diplodocus. Ce n'est pas un chevalier blanc. C'est un survivant qui avance parce qu'il n'a pas vraiment le choix. Carpenter invente ici une figure devenue mythique du cinéma d'action.

Le marché est simple : retrouver le Président en moins de vingt-quatre heures contre une grâce présidentielle. Pour s'assurer que Snake ne tente pas de disparaître dans cette prison géante, on lui injecte deux microcharges explosives qui le condamnent s'il dépasse le délai. Une idée aussi sadique qu'efficace qui fait monter la tension dès les premières minutes.

Pendant quatre-vingt-dix minutes – beaucoup trop courtes tant on prend plaisir à suivre cette aventure – Carpenter ne relâche jamais la pression. Les poursuites s'enchaînent, les bagarres éclatent sans prévenir, les explosions secouent Manhattan, les pièges se multiplient et les retournements de situation donnent au récit un rythme exemplaire. Pas une minute de trop, pas une minute de moins.

L'univers est sale, poisseux, humide, presque irréel. Les rues désertes deviennent des terrains de chasse où chaque immeuble cache un danger. Carpenter transforme New York en décor post-apocalyptique avec une économie de moyens qui ferait rougir bien des superproductions actuelles gavées d'effets numériques.

Et quel casting ! Kurt Russell est évidemment impérial, mais il est entouré d'une sacrée bande de gueules. Donald Pleasence compose un Président dépassé par les événements, Lee Van Cleef apporte toute son autorité dans le rôle du commissaire Bob Hauk, Ernest Borgnine est irrésistible en chauffeur de taxi philosophe, Isaac Hayes impose une présence incroyable sous les traits du Duc de New York, tandis qu'Harry Dean Stanton, fidèle compagnon de Carpenter, apporte une fois de plus cette humanité bancale dont il avait le secret.

La musique électronique composée par Carpenter lui-même participe énormément à l'atmosphère. Quelques notes suffisent pour installer une tension permanente. Elle est devenue aussi culte que son héros.

Ce qui frappe encore aujourd'hui, c'est la modernité du film. Derrière son récit d'action se cache une réflexion sur la peur, la violence, le pouvoir, l'abandon des grandes villes et une société qui préfère enfermer ses problèmes plutôt que les résoudre. Carpenter ne fait jamais la leçon ; il raconte avant tout une aventure haletante, laissant au spectateur le soin d'y voir ce qu'il veut.

Et puis il y a cette fin... typiquement Carpenter. Ironique, insolente, grinçante, fidèle à son personnage principal qui n'a jamais eu beaucoup de respect pour les puissants.

New York 1997 reste, pour moi, l'un des thrillers d'action les plus efficaces jamais réalisés. Un film sec, nerveux, sans gras, porté par un héros devenu une véritable légende du cinéma. On en redemanderait presque une heure de plus tant ces quatre-vingt-dix minutes passent à une vitesse folle.

Une nouvelle preuve, s'il en fallait encore une, que John Carpenter est tout simplement un génie.

NOTE : 14.80

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

mercredi 11 mars 2026

11.30 - MON AVIS SUR LE FILM L'HOMME DE FER DE ANDRZEJ WAJDA (1981)


 Vu le film L’Homme de Fer de Andrzej Wajda (1981) avec Jerzy Radziwilowicz   Krystyna Janda  Marian Opana Boguslaw Linda Irena Byrska Lech Walesa Wiesława Kosmalska   

Pendant les grèves des chantiers navals de Gdańsk au début des années 80, Maciej Tomczyk, un ouvrier marqué par la mort de son père, milite en faveur des droits sociaux. Le gouvernement communiste charge alors Winkel, un employé de la télévision d'État, d'infiltrer le mouvement et d'enquêter sur Maciej afin de le discréditer aux yeux de l'opinion publique. Au cours de son investigation, Winkel réalise qu'il est victime d'une manipulation. Malgré la pression exercée par ses supérieurs hiérarchiques, il finit par se joindre aux grévistes. 

Anecdote et regard sur L’Homme de fer de Andrzej Wajda : il faut bien avouer qu’entrer dans ce film n’est pas toujours simple quand on ne connaît pas vraiment les us et coutumes polonaises, ni surtout l’histoire politique et sociale du pays. Wajda n’est pas un cinéaste qui raconte des histoires pour faire joli, il filme l’Histoire quand elle est encore brûlante. Avec L’Homme de marbre, il avait déjà ouvert une brèche dans le récit officiel du régime. Avec L’Homme de fer, il enfonce carrément la porte. 

 Le film suit un journaliste chargé d’enquêter sur un agitateur des chantiers navals de Gdańsk, une mission qui ressemble plus à une infiltration politique qu’à un simple reportage. Dès le départ, Wajda joue avec la manipulation, la surveillance et les petits arrangements avec la vérité. Le personnage découvre peu à peu qu’il est lui-même un rouage du système. 

 Le scénario fonctionne comme une enquête morale où chaque témoignage fissure un peu plus la version officielle. On voit apparaître l’espoir d’un peuple à travers le mouvement syndical Solidarność, qui à l’époque n’est encore qu’une étincelle mais déjà une force immense.  

Ce qui est fascinant aujourd’hui, c’est que le film se situe presque au cœur des événements. Wajda tourne alors que l’histoire est encore en train de s’écrire. On aperçoit même Lech Wałęsa dans son propre rôle, preuve que la frontière entre fiction et documentaire devient très mince. La mise en scène est nerveuse, presque journalistique, avec des images d’archives qui se mêlent au récit comme si la caméra avait été invitée dans les coulisses de la politique.  

Wajda sait diriger les foules, mais il sait aussi filmer les visages. Et quels visages. Jerzy Radziwiłowicz incarne un héros ouvrier avec une présence calme mais déterminée, presque une statue vivante de la résistance. Krystyna Janda, elle, apporte une énergie incroyable : son personnage n’est pas seulement témoin, elle est la mémoire du combat. Quant à Marian Opania, dans le rôle du journaliste, il donne au film sa dimension la plus humaine, celle d’un homme qui découvre qu’il a peut-être servi la mauvaise cause.  

La caméra de Wajda observe les réunions, les grèves, les discussions dans les appartements, comme si toute la Pologne parlait en même temps. Il y a dans ce film une tension permanente entre l’espoir et la peur.  

On sent que le pouvoir regarde tout cela avec méfiance. Et pourtant l’élan populaire semble irrésistible. C’est un film politique dans ce que le mot a de plus noble : raconter comment un peuple tente de reprendre la parole. L’anecdote la plus savoureuse reste évidemment sa récompense. Lorsque L’Homme de fer reçoit la Palme d’Or au Festival de Cannes 1981, la France vient tout juste d’élire François Mitterrand 

Autant dire que l’air du temps est aux changements et aux promesses. L’histoire semble soudain marcher dans le même sens que le film. Avec le recul, on peut se dire que le récit était peut-être un peu idéaliste. Le cinéma aime croire que la victoire est proche. La réalité, elle, est souvent plus compliquée. Mais ce côté militant fait aussi la force du film. Wajda ne prétend pas être neutre : il choisit son camp. Son cinéma devient presque un acte de résistance. La construction du film, mêlant enquête, souvenirs et témoignages, donne l’impression d’un puzzle politique qui se recompose devant nos yeux. Certaines scènes ont même la puissance d’un manifeste.  

Et pourtant, derrière la grande histoire, Wajda filme aussi des choses simples : des regards, des silences, des discussions dans une cuisine. C’est là que le film respire vraiment. On comprend alors que l’Histoire n’est pas faite seulement par les grands discours mais par des gens ordinaires. Mon sentiment, avec les années, c’est que le film est parfois un peu trop sûr de la victoire à venir. Comme si le futur devait forcément être radieux. Mais cette naïveté fait aussi partie de son charme.  

C’est le témoignage d’un moment où l’espoir semblait possible. En sortant du film, on admire la maîtrise de Wajda, la puissance de ses acteurs et l’intelligence du scénario, même si l’enthousiasme militant nous sort parfois légèrement de l’histoire. Mais après tout, quand un film parle d’un peuple qui veut écrire son destin, on peut bien lui pardonner un peu d’idéalisme. 

 Et puis, soyons honnêtes : quand le cinéma se mêle de politique avec autant de passion, il devient plus qu’un spectacle, il devient un document vivant de son époque. 

NOTE : 11.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION