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mardi 20 janvier 2026

14.40 - MON AVIS SUR LE FIOLM DROLE DE FELIX DE OLIVIER DUCASTEL ET JACQUES MARTINEAU (2000)


 Vu le film Drôle de Félix de Olivier Ducastel et Jacques Martineau (2000) Sami Bouajila Patachou Pierre Loup Rajot Ariane Ascaride Maurice Benichou Charly Sergue  Philippe Garziano Yves Marie Maurin 

Félix, jeune Dieppois dont la mère normande est morte récemment, profite de son chômage pour partir à Marseille en auto-stop, à la recherche de son père maghrébin qui a quitté la mère du jeune homme avant sa naissance. Félix vit en couple avec Daniel, professeur de lycée, à qui il donne rendez-vous cinq jours plus tard à Marseille. Le jeune homme part avec un petit sac de voyage et un cerf-volant, ainsi que des médicaments pour soigner sa séropositivité. La première étape de Félix est à Rouen, où il est témoin d'un meurtre. Agressé par un des deux meurtriers, il parvient à se réfugier dans un café, où il raconte ce qu'il s'est passé, mais n'ose pas faire de déclaration à la police. Il reprend ensuite la route. À travers un voyage optimiste qui constitue un vrai road movie, Félix, toujours de bonne humeur et confiant en l'avenir, rencontre plusieurs personnages qui auraient pu être chacun son petit frère, sa grand-mère, son cousin, son père ou sa sœur. 

Avec Drôle, Olivier Ducastel et Jacques Martineau signent leur deuxième long métrage et poursuivent, avec une élégance tranquille, le sillon qu’ils ont commencé à creuser après Jeanne et le Garçon formidable. Un cinéma qui regarde les êtres avant les étiquettes, les sentiments avant les discours, et qui avance à hauteur d’homme, sans fracas mais avec une sincérité rare. 

On pense naturellement à Jacques Demy pour cette douceur mélancolique jamais plombante, à Paul Vecchiali pour cette liberté de ton et cette frontalité affective, et même à Guy Gilles à travers ce voyage à travers la France, fait de rencontres lumineuses et de passages plus rugueux. Un road movie intime, modeste en apparence, mais riche de tout ce qu’il transporte humainement. 

Félix, le personnage principal, est séropositif. Point. Les réalisateurs en parlent comme d’un fait, et surtout pas comme d’une maladie au sens dramatique du terme. Félix prend ses cachets, vit, aime, désire, avance. Il est aussi Beur et gay – ou l’inverse – sans que cela ne soit jamais présenté comme une tare, un problème ou un sujet à expliquer. Ici, l’identité n’est pas un slogan, elle est un état de fait, et c’est précisément là que le film est politique sans jamais lever le poing. 

Le scénario épouse cette philosophie : Félix part de Dieppe, où il vit avec son compagnon (Pierre-Loup Rajot), pour rejoindre Marseille… ce même compagnon. Un trajet circulaire, presque absurde, mais profondément humain. Sur la route, il rencontre des amants inconnus, des âmes de passage, des présences qui comptent parfois le temps d’un regard, parfois plus longtemps. 

Parmi les belles rencontres, il y a Jules, incarné par un formidable Charly Sergue, dont la justesse et la fragilité touchent sans jamais appuyer. Il y a Isabelle, jouée par Ariane Ascaride, toujours aussi vraie, toujours aussi humaine. Et puis il y a le rayon de soleil Mathilde, interprétée par la plus que formidable Patachou. Un film avec Patachou ne peut être que formidable, et celui-ci ne fait pas exception : elle irradie littéralement chaque scène. 

Mais le cœur battant du film, c’est Sami Bouajila. Très jeune ici, après une dizaine d’années de carrière, il aurait déjà pu exploser tant il est évident. Il est charmant, drôle, délicat, profondément vivant. Une véritable révélation. Son Félix ne pleure pas, ne se plaint pas, ne réclame pas la compassion. Il avance, sourire aux lèvres, avec cette force tranquille qui rend le personnage infiniment attachant. 

La mise en scène est simple, jamais démonstrative, toujours au service des corps et des visages. Ducastel et Martineau filment la route de France sans folklore, mais avec une tendresse discrète. Le film respire, prend le temps, accepte les silences. Il n’explique pas, il montre. Il ne juge pas, il accompagne. 

Drôle est un joli road trip, mais surtout un film profondément positif, sans naïveté, sans peur, sans pathos. Un film qui dit qu’on peut vivre avec le VIH sans être réduit à lui, qu’on peut aimer sans s’excuser, et qu’on peut faire du cinéma engagé sans slogans ni sirènes. 

Un film doux, libre, humain. Et toujours, résolument, du côté de la vie. 

NOTE : 14.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

 

lundi 29 décembre 2025

15.30 - MON AVIS SUR LE FILM PRINCESSE MONONOKE DE HAYAO MIYAZAKI (2000)

 


Vu le Film d’animation Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki (2000) 

Japon, XVe siècle. Jadis protégée par des animaux géants, la forêt se dépeuple à cause de l'homme. Blessé par un sanglier rendu fou par les démons, le jeune guerrier Ashitaka quitte les siens et part à la recherche du dieu-cerf qui seul pourra défaire le sortilège qui lui gangrène le bras. Au cours de son voyage, Ashitaka rencontre Lady Eboshi, à la tête d’une communauté de forgerons, qui doit se défendre contre ceux qui lui reprochent de détruire la forêt pour alimenter ses forges. Parmi ses pires ennemis se trouve San, une jeune fille sauvage élevée par des loups, aussi appelée "Princesse Mononoké", la princesse des spectres... 

Avec Princesse Mononoké, Hayao Miyazaki signe l’une de ses œuvres les plus puissantes, les plus sombres et les plus ambitieuses. Loin de l’image souvent associée à l’animation « pour enfants », le film s’impose comme une fresque épique, violente et profondément adulte, où la nature, les hommes et les dieux s’affrontent sans jamais tomber dans une opposition simpliste. Dès les premières minutes, le ton est donné : malédiction, sang, colère et mort traversent le récit, rappelant que ce conte n’a rien d’innocent. 

L’histoire suit Ashitaka, jeune prince frappé par une malédiction qui le condamne lentement, et qui part à la recherche de la vérité sur le conflit opposant les hommes à la forêt. Ce schéma narratif, apparemment classique, se révèle rapidement d’une richesse remarquable. Miyazaki, fidèle à ses habitudes de scénariste, refuse toute lecture manichéenne. Aucun camp n’est totalement juste ni totalement coupable : ni les humains destructeurs, ni les esprits de la forêt, ni même la farouche San, dite Princesse Mononoké. 

Les personnages sont écrits avec une finesse rare. Lady Eboshi, figure souvent perçue comme antagoniste, incarne une modernité brutale mais aussi profondément humaine, soucieuse des exclus et des laissés-pour-compte. San, sauvage et déchirée entre deux mondes, est une héroïne complexe, animée par la rage autant que par la douleur. Quant à Ashitaka, il représente cet idéal miyazakien de médiation, d’écoute et de quête d’équilibre, jamais naïf, toujours lucide. 

L’ambiance du film est d’une densité exceptionnelle. La forêt est à la fois sublime et inquiétante, vivante et mortelle. Les divinités animales, majestueuses ou terrifiantes, confèrent au récit une dimension mythologique presque chamanique. La violence, omniprésente, n’est jamais gratuite : elle souligne la brutalité du monde, l’incompatibilité des intérêts et l’impossibilité de solutions simples. 

Visuellement, Princesse Mononoké est un sommet de l’animation japonaise. La qualité des dessins, la fluidité des mouvements, la richesse des décors et le sens du cadre témoignent d’un travail d’orfèvre. Chaque plan respire la maîtrise technique et l’amour du détail. La musique de Joe Hisaishi sublime encore cette expérience sensorielle, renforçant l’émotion sans jamais l’imposer. 

Fable écologique avant l’heure, le film interroge la place de l’homme dans le monde, sa soif de progrès et les conséquences de ses choix. Si le scénario peut sembler simple au premier regard, il se révèle en réalité d’une profondeur et d’une subtilité remarquables. Princesse Mononoké n’apporte pas de réponses toutes faites, mais pose des questions essentielles. 

Œuvre magistrale, sombre et magnifique, le film s’impose comme l’un des plus grands accomplissements de Miyazaki. Un chef-d’œuvre intemporel, dont la puissance narrative et visuelle continue de marquer durablement le cinéma d’animation.

NOTE : 15.30

FICHE TECHNIQUE

samedi 15 février 2025

16.10 - MON AVIS SUR LE FILM TRAFFIC DE STEVEN SODERBERGH (2000)


Vu le film Traffic de Steven Soderbergh (2000) avec Michael Douglas Catherine Zeta Jones Erika Christensen Don Cheadle Dennis Quaid Luiz Guzman Topher Grace Amy Irving Tomas Millan Albert Finney

Sur le trajet des stupéfiants s'entrecroisent des destins. Javier Rodriguez, policier mexicain, travaille à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Aux États-Unis, un juge de la cour suprême de l'Ohio est nommé par le Président à la tête de la lutte antidrogue, alors que sa fille Caroline est devenue toxicomane. À San Diego, le riche mari d'Helena est arrêté, accusé d'être le caïd de la région, elle se retrouve enceinte et à la rue.

Traffic (2000) de Steven Soderbergh est un thriller choral magistral sur la lutte antidrogue, dont la modernité et l’efficacité restent saisissantes. Le réalisateur y déploie une mise en scène nerveuse et immersive, où la photographie joue un rôle clé pour distinguer les univers qui s’entrecroisent : teintes froides pour les politiques (Michael Douglas), éclats chauds pour le Mexique (Benicio Del Toro), tonalités neutres pour la police américaine (Don Cheadle). Ce procédé visuel sublime la narration en différenciant les enjeux de chaque camp.

Le film frappe par sa tension constante et son regard sans complaisance sur un monde gangrené par la corruption. À mesure que les intrigues se tissent, la frontière entre le bien et le mal devient floue : qui est réellement clean dans cet engrenage où tous semblent compromis ? C’est là que réside toute la force du récit, nous plongeant dans un suspense haletant, où chaque décision peut faire basculer un destin.

Le film suit trois arcs narratifs distincts mais interconnectés. Du côté politique, le juge Robert Wakefield (Michael Douglas), fraîchement nommé à la tête de la lutte antidrogue aux États-Unis, découvre avec horreur que sa propre fille (Erika Christensen) est dépendante à l’héroïne. Ce drame familial humanise son combat et illustre l’impuissance du gouvernement face à un fléau qui touche toutes les strates de la société.

Au Mexique, Javier Rodriguez (Benicio Del Toro), policier intègre mais désabusé, tente de lutter contre les cartels dans un environnement gangrené par la corruption. Sa trajectoire est l’une des plus fascinantes du film : pris entre son sens du devoir et sa volonté de survie, il finit par comprendre qu’un changement véritable ne viendra pas de la répression, mais d’une approche plus humaniste et préventive.

Enfin, du côté des trafiquants, Helena Ayala (Catherine Zeta-Jones), épouse d’un puissant baron de la drogue emprisonné, passe de femme au foyer naïve à stratège impitoyable pour sauver son empire. Son évolution est l’une des plus marquantes, illustrant comment l’appât du gain et l’instinct de survie peuvent transformer les individus.

Steven Soderbergh orchestre cette fresque avec une maîtrise exemplaire, alternant les scènes d’action brutales et les moments d’introspection. Don Chevale et Luis Guzmán incarnent quant à eux des policiers américains traquant les barons de la drogue, montrant que malgré leurs efforts, les forces de l’ordre ne font souvent que gratter la surface d’un problème bien plus profond.

Avec son réalisme troublant et son implacable critique du système antidrogue, Traffic se pose en précurseur de Narcos et autres œuvres du même genre. Un sommet du thriller politique, un incontournable du cinéma des années 2000, et sans doute l’un des films les plus marquants de Soderbergh.

NOTE : 16.10

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