Pages

Affichage des articles dont le libellé est FILMS 1950. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est FILMS 1950. Afficher tous les articles

lundi 6 juillet 2026

13.90 - MON AVIS SUR LE FILM LES ANCIENS DE SAINT LOUP DE GEORGES LAMPIN (1950)

 


Vu le Film Les Anciens de Saint Loup de Georges Lampin (1950) avec Bernard Blier Serge Reggiani Johnny Chambot François Périer Monique Mélinant Odile Versois Maurice Regamey Georgette Anys Pierre Larquey Gabriel Gobin René Berthier Pierre Mondy Bernard Noel Dominique Marcas


Je me suis replongé dans Les Anciens de Saint-Loup un peu par curiosité, et je dois dire que ce petit polar des années 50 mérite bien mieux que son relatif oubli. Sans faire de bruit, il nous entraîne dans une France d'après-guerre où les souvenirs d'enfance ne sont jamais aussi innocents qu'ils en ont l'air.

L'histoire débute lorsque plusieurs anciens élèves du collège de Saint-Loup se retrouvent des années après avoir quitté les bancs de l'école. Les retrouvailles ont tout du repas des anciens combattants de la jeunesse : les plaisanteries reviennent, les souvenirs remontent à la surface, chacun raconte le chemin parcouru depuis l'adolescence. Certains ont réussi, d'autres beaucoup moins, et forcément, derrière les sourires polis, les vieilles jalousies n'ont jamais totalement disparu.

Puis un meurtre vient faire voler en éclats cette réunion nostalgique. Les anciens camarades deviennent autant de suspects potentiels, chacun semblant cacher une part de son passé. Georges Lampin construit alors un véritable polar de campagne où chaque confidence peut devenir un mensonge et où chaque souvenir peut cacher un secret soigneusement enfoui depuis l'enfance.

Ce qui fait tout le charme du film, c'est cette ambiance si particulière. On pense inévitablement au Corbeau de Clouzot, avec cette petite communauté où chacun observe son voisin avec méfiance, où les apparences sont trompeuses et où les rancœurs empoisonnent les relations.

On pense aussi aux Disparus de Saint-Agil, et ce n'est pas un hasard puisque Pierre Véry, auteur du roman Les Anciens de Saint-Loup, est également celui des Disparus de Saint-Agil. On retrouve cette même manière de mêler les souvenirs d'école, le mystère et une galerie de personnages profondément humains.

Au-delà de l'intrigue policière, le film est aussi une plongée dans cette France profonde de l'après-guerre. Une France encore marquée par le conflit, où les blessures sont discrètes mais toujours présentes, où chacun tente de reprendre une vie normale sans avoir complètement tourné la page. Les relents de la guerre flottent encore dans les mémoires, même lorsqu'on parle des bêtises d'autrefois.

Le casting est un véritable bonheur. Pierre Larquey, Bernard Blier, Serge Reggiani, François Périer et un tout jeune Pierre Mondy composent une galerie de personnages parfaitement crédibles. Aucun ne cherche à tirer la couverture à lui ; chacun apporte sa personnalité à cette enquête où les faux-semblants règnent en maîtres.

Et puis il y a les enfants. Ah, ces gamins ! Ils ont des gueules de vrais poulbots des campagnes, tristes, désabusés, déjà marqués par la vie alors qu'ils devraient encore courir après les papillons. Johnny Chambot est particulièrement marquant, mais tous dégagent une authenticité qui fait aujourd'hui un bien fou.

Les voir marcher en chantant "Un éléphant, ça trompe..." m'a ramené des années en arrière. Impossible de ne pas penser aux chansons de scouts que je chantais, une décennie plus tard. Ce sont de petits détails comme celui-là qui donnent au film une saveur toute particulière. Pendant quelques instants, le polar s'efface presque pour laisser place aux souvenirs de notre propre jeunesse.

Les cinéphiles s'amuseront aussi à reconnaître quelques futurs visages familiers parmi les enfants. On aperçoit Serge Grave, que l'on connaissait déjà dans Les Disparus de Saint-Agil, Serge Lecointe, vu notamment dans Le Rouge est mis, mais surtout un minuscule Patrick Dewaere... âgé de seulement trois ans ! C'est le genre de détail qui fait toujours sourire lorsqu'on revoit ces vieux classiques.

Georges Lampin ne cherche jamais les effets spectaculaires. Sa mise en scène est sobre, élégante, au service des personnages et de l'atmosphère. Ici, pas de poursuites interminables ni de coups de théâtre artificiels. Le suspense naît des regards, des silences et de cette impression que chacun cache quelque chose.

J'aime aussi cette façon qu'a le film de faire comprendre que l'enfance n'est jamais totalement derrière nous. Les années passent, les carrières évoluent, les visages changent, mais certains secrets restent enfermés dans la cour d'une école comme s'ils attendaient patiemment qu'on vienne les réveiller.

Les Anciens de Saint-Loup est finalement un polar nostalgique autant qu'une chronique de la France d'après-guerre. Un film où l'enquête importe presque autant que les souvenirs qu'elle fait remonter à la surface. Un petit film, peut-être, mais un petit film avec une âme, porté par une distribution remarquable, une belle écriture et une ambiance qui évoque les meilleurs mystères de Pierre Véry. Comme quoi, il suffit parfois d'un ancien collège, de quelques vieux copains... et d'un cadavre pour faire ressurgir tout un passé que l'on croyait définitivement enterré.

NOTE : 13.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Et acteurs et actrices non crédités

mardi 16 juin 2026

17.40 - MON AVIS SUR LE FILM ALL ABOUT EVE DE JOSEPH L.MANKIEWICZ (1950)


 Vu le Film All About Eve (Eve) de Joseph L.Mankiewicz (1950) avec Bette Davis Anne Baxter Celeste Holm George Sanders Marilyn Monroe Gary Merril Hugh Marlowe Barbara Bates Thelma Ritter


La « légende » de la scène théâtrale new-yorkaise, Margo Channing, reçoit dans sa loge une admiratrice, Ève, qui est venue à chaque représentation de la pièce en cours. Le compagnon de Margo, Bill Sampson, metteur en scène de la pièce, de huit ans plus jeune qu'elle, part le soir même travailler à Hollywood pour plusieurs semaines. Apitoyée par le destin tragique d'Ève, Margo la prend sous son aile comme secrétaire particulière. De fil en aiguille, Ève prend de plus en plus d'importance en devenant à la fois la sœur, la mère, l'amie, l'avocate et la gardienne de Margo. Au retour de Bill, éclate la première scène de jalousie de Margo car celui-là l'a négligée et s'est d'abord occupé d'Ève.


C’est un des chefs-d’œuvre absolus du cinéma, et sans doute le plus grand film jamais tourné sur le théâtre, Broadway, les planches et cette jungle où tout le monde se bouffe entre soi avec le sourire. 


L’histoire ? Une star, Margo Channing (Bette Davis, monumentale), au sommet mais déjà en train de sentir le vent tourner. Pas encore la vieillissante Norma Desmond de Boulevard du Crépuscule, non, Margo est encore dans la lumière, encore féroce, encore vivante. 


Mais elle commet l’erreur fatale : elle laisse entrer chez elle une jeune admiratrice un peu trop parfaite, Eve Harrington (Anne Baxter).Eve raconte son parcours tragique, ses galères, sa passion pure pour le théâtre… Mensonges. 


Tout est calculé. Elle a appris la pièce par cœur, elle sait exactement où frapper. Et quand le producteur de Margo (George Sanders, cynique royal) s’absente, la petite vipère s’installe, pouponne la star, devient indispensable… avant de commencer à lui piquer ses rôles, ses répliques, sa place. 


Commence alors un vrai film d’ego, un combat de coqs en jupons où tous les coups sont permis : trahisons, rumeurs, coups de poignard dans le dos déguisés en sourires. Le film tourne autour de Margo comme un cyclone. 


Tout le monde gravite autour d’elle : les actrices rivales, les producteurs, les courtisans, les amants. Mankiewicz ne nous balance pas un conte manichéen où la méchante Eve gagne tout et la vieille star finit à la poubelle. 


Non. Il est plus vicieux que ça. Il montre l’ambition brute, la manipulation, l’égocentrisme qui ronge tout, mais aussi, en creux, ce qu’est vraiment l’amour entre êtres humains : l’acceptation de soi, des autres, et surtout le fait que personne n’est irremplaçable. Le public et les producteurs décident. Une star, c’est jamais pour la vie. 


Et quel casting de folie ! Bette Davis mange littéralement l’écran dès qu’elle apparaît. Chaque réplique est un uppercut, chaque regard une déclaration de guerre. Face à elle, Anne Baxter en ingénue pas si conne, calculatrice glacée. Celeste Holm en meilleure copine lucide, Thelma Ritter en assistante cash qui balance les vérités comme des claques. 


On voit passer une toute jeune Marilyn Monroe dans un de ses tout premiers rôles, déjà magnétique. Les costumes d’Edith Head sont une tuerie, la mise en scène de Mankiewicz est d’une précision chirurgicale, le scénario est une horlogerie suisse : dialogues qui claquent, rebondissements qui font mal, et cette fin cynique où Margo, lors d’une réception de prix, regarde sa propre déchéance avec un sourire amer. 


Elle n’écrase plus personne sous son pouvoir, elle assiste, spectatrice, à la relève. Un jeu de dupes brillant, cruel et terriblement humain.Franchement, comment Bette Davis n’a pas raflé l’Oscar pour ça ? Après ses six (ou deux, peu importe, elle en avait déjà un paquet) on se dit qu’elle méritait celui-là aussi. 


C’est du grand cinéma, du cinéma qui te reste dans les tripes. All About Eve, c’est beau, c’est grand, c’est méchant, c’est drôle, c’est vrai. Un film d’actrices, un film sur le théâtre qui devient une métaphore de la vie elle-même. Si vous ne l’avez pas vu, courez. Et si vous l’avez vu, revoyez-le. On en sort toujours un peu plus lucide… et un peu plus cynique. 


Chef-d’œuvre, point final.

NOTE : 17.40

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

mercredi 24 septembre 2025

14.70 - MON AVIS SUR LE FILM RIO GRANDE DE JOHN FORD (1950)


 Vu le film Rio Grande de John Ford (1950) avec John Wayne Maureen O’Hara Ben Johnson Harry Carey Jr Claude Jarman Jr Fred Kennedy  Victor McLaglen Chill Wills 

Le colonel Yorke dirige une garnison non loin de la frontière mexicaine. Parmi les nouvelles recrues, il voit arriver son propre fils, Jeff. La mère du jeune soldat, Kathleen, arrive à son tour. Séparée du colonel depuis la guerre de Sécession, elle vient lui demander de renvoyer leur fils. Quand Sheridan donne l'ordre à Yorke de franchir la frontière et d'exterminer les Indiens réfugiés au Mexique, il fait évacuer les femmes et les enfants. 

Avec Rio Grande (1950), John Ford clôt sa fameuse « trilogie de la cavalerie » commencée avec Le Massacre de Fort Apache (1948) et poursuivie avec La Charge héroïque (1949). Trois films reliés par le même thème : la vie des soldats de l’U.S. Cavalry, leurs devoirs, leurs sacrifices, et le prix payé par les familles. Si les deux premiers étaient déjà marqués par une dimension quasi légendaire, Rio Grande se distingue par un ton plus intime : derrière la grandeur des chevauchées, c’est l’histoire d’un homme, d’un père et d’un mari, qui se dessine. 

John Wayne, l’acteur fétiche de Ford, incarne ici le colonel Kirby Yorke. Militaire rigide et inflexible, il commande une garnison de fortune installée sur les rives du Rio Grande, à la frontière mexicaine. Sa mission officielle : protéger les colons des raids apaches. Mais les ordres venus de Washington l’obligent à franchir la frontière pour pourchasser les Indiens jusque sur le sol mexicain, au mépris de la légalité internationale. Ce détail historique, inspiré d’un épisode mineur des guerres indiennes, fournit à Ford le prétexte pour explorer les dilemmes moraux et personnels de son héros. 

Car Yorke n’est pas seulement un soldat. C’est aussi un père. Son fils, Jefferson (interprété par Claude Jarman Jr.), s’est engagé dans la cavalerie et se retrouve affecté sous ses ordres. Dès lors, la dualité du personnage se déploie : peut-il rester le colonel inflexible qui traite tous les jeunes recrues de la même manière, ou doit-il céder à la tendresse paternelle ? Ford filme avec pudeur cette relation tendue, faite de regards retenus et de gestes esquissés. Le colonel refuse de montrer la moindre faiblesse, mais son cœur de père bat derrière l’uniforme. 

Comme si ce conflit intérieur ne suffisait pas, Yorke doit affronter une autre épreuve : le retour de son ex-femme Kathleen, incarnée par Maureen O’Hara, impériale comme toujours. Elle arrive au fort pour « récupérer » leur fils et s’oppose à Yorke, reprochant à cet homme de guerre d’avoir sacrifié sa famille au nom du devoir militaire. Leur affrontement donne au film une intensité particulière. Dans les scènes entre Wayne et O’Hara, Ford orchestre une véritable tempête sentimentale : la rudesse du colonel se heurte à la fierté de Kathleen, mais derrière les reproches perce une tendresse jamais éteinte. Leur relation devient l’autre grand enjeu du récit : réconciliation ou rupture définitive ? 

L’action, elle, n’est pas en reste. Le film, tourné en un somptueux noir et blanc, alterne moments intimes et grandes séquences de bataille. Les attaques indiennes, les chevauchées à travers Monument Valley, les franchissements du Rio Grande lui-même : tout respire la mise en scène ample et lyrique de Ford. Il sait filmer les hommes au travail, les cavaliers au galop, mais aussi les pauses musicales, les chants de la troupe qui soudent les soldats et leur donnent une humanité simple. Ces respirations font le charme de son cinéma : elles donnent du rythme et évitent que l’action devienne mécanique. 

Autour du couple Wayne/O’Hara, Ford réunit un casting solide. Claude Jarman Jr., tout juste sorti de l’enfance, incarne un fils touchant, partagé entre l’admiration et la crainte vis-à-vis de son père. Victor McLaglen, vieux complice du cinéaste, apporte une note comique avec son personnage de sergent fanfaron, brute au cœur tendre, qui détend l’atmosphère. Ben Johnson, autre fidèle, incarne le lieutenant Travis Tyree, cavalier élégant et courageux, qui incarne une jeunesse plus libre face au poids de la hiérarchie. Et bien sûr, John Wayne impose sa stature tranquille, mélange de force et de mélancolie : son colonel Yorke n’est pas qu’un chef de guerre, il est un homme marqué par ses choix, hanté par ce qu’il a perdu. 

Ce qui fait la grandeur de Rio Grande, c’est son équilibre entre la fresque collective et le drame intime. Ford ne se contente pas de glorifier l’armée américaine. Il montre aussi les fissures : les familles brisées, les tensions entre devoir et sentiments, la violence que la guerre impose à tous. Le film, bien que nourri de l’imagerie héroïque de la cavalerie, garde une tonalité grave, presque élégiaque. Le Rio Grande, frontière naturelle et symbolique, devient le miroir des frontières intérieures : entre le colonel et le père, entre l’ex-mari et l’amant, entre l’homme et la légende. 

Le rythme est vif, porté par des cavalcades et des batailles filmées avec une énergie rare, mais Ford n’oublie jamais de revenir aux visages. Monument Valley, filmée en arrière-plan, confère à l’ensemble une beauté tragique. La nature écrase les hommes, mais elle sublime aussi leur courage. Les chants collectifs, omniprésents, ajoutent une dimension presque mythologique à cette chronique militaire. 

À mes yeux, Rio Grande est l’un des plus beaux westerns de Ford. Moins flamboyant que La Prisonnière du désert, moins ironique que Fort Apache, il touche par son intimité et sa sincérité. C’est un film où l’action spectaculaire coexiste avec des scènes de couple d’une intensité bouleversante, où John Wayne révèle une fragilité insoupçonnée et où Maureen O’Hara impose une puissance dramatique égale. Plus qu’un simple western de cavalerie, c’est une méditation sur la loyauté, l’amour, le temps qui passe et les choix irréversibles. 

Un grand classique, à la fois panache et émotion, tempête et tendresse, qui résume à merveille l’art de John Ford : filmer l’Amérique en la magnifiant, tout en dévoilant ses contradictions. 

NOTE : 14.70

FICHE TECHNIQUE

Réalisation : John Ford

Scénario : James Kevin McGuinness d'après une nouvelle de James Warner Bellah

Direction artistique : Frank Hotaling

Costumes : Adele Palmer

Décors : John McCarthy Jr. et Charles S. Thompson

Photographie : Bert Glennon et Archie Stout (seconde équipe)

Son : Earl Crain Sr et Howard Wilson

Production : Merian C. Cooper et John Ford

Musique : Victor Young

Montage : Jack Murray

Société de production : Argosy Pictures

Sociétés de distribution :  Republic Pictures ;  Les Films Fernand Rivers

DISTRIBUTION

Cascades

Chuck RobersonJack N. Young