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mardi 15 septembre 2026

13.80 - MON AVIS SUR LE FILM LA BETE S'EVEILLE DE VICTOR HANBURY (1954)


 Vu le film La Bête s'Eveille de Victor Hanbury (alias Joseph Losey) (1954) avec Dick Bogarde, Alexis Smith, Alexander Knox, Hugh Griffith, Patricia McCarron, Maxime Audley, Glyn Houston, Billie Whitelaw et Esma Cannon


La Bête s’Éveille de Victor Hanbury, alias Joseph Losey, est un film assez particulier dans la filmographie du réalisateur puisqu’il s’agit de son premier film tourné en Europe après avoir fui les États-Unis à cause des lois du maccarthysme. Et Losey n’est d’ailleurs pas le seul à avoir traversé l’Atlantique pour les mêmes raisons puisque les scénaristes Carl Foreman et Harold Buchman sont eux aussi concernés, tout comme Alexander Knox, présent au générique. Rien que pour cela, le film possède une importance particulière dans le parcours de Losey, d’autant qu’il marque sa première collaboration avec Dirk Bogarde, avant les trois autres films qu’ils tourneront ensemble.

Voilà un film qui s’inscrit déjà dans une logique que l’on retrouvera plus tard dans The Servant, avec des personnages aux rapports ambigus, aux comportements parfois franchement improbables et une frontière entre le malade et celui qui prétend le soigner qui devient de plus en plus difficile à tracer. Car ce n’est pas tous les jours qu’un psychiatre décide de prendre chez lui, à l’essai comme on dit, un jeune homme qui vient de l’agresser, et cela sans vraiment obtenir l’accord de sa propre femme. On entre alors dans une drôle de séance de guérison où chacun semble avoir quelque chose à cacher.

Je l’avoue, les films qui plongent dans la psychiatrie façon Nietzsche ou Freud ne sont pas forcément ceux qui m’emballent le plus sur le principe. N’étant pas psychanalysé pour, j’ai parfois du mal à comprendre les cerveaux malades que le cinéma nous demande de décortiquer. Mais Losey a au moins le mérite de poser une question assez savoureuse : finalement, quel est le cerveau le plus malade dans cette histoire ? Celui de l’agresseur ou celui du psy qui décide de l’emménager chez lui sans véritablement demander son avis à sa femme ?

Et justement, que veut nous dire Losey sur le rôle de cette femme placée au milieu de cette expérience de guérison qui va progressivement tomber amoureuse du jeune homme ? Est-elle simplement la victime collatérale de cette étrange thérapie ou devient-elle elle aussi partie prenante d’un jeu de manipulation où plus personne ne maîtrise vraiment les règles ? Le scénario est complexe, à tiroirs, parfois un peu brouillon, comme une première esquisse de ce que Losey développera avec beaucoup plus de force dans The Servant.

Mais il y a déjà chez lui cette manière de filmer les rapports humains comme des pièges qui se referment lentement. Le noir et blanc, les cadrages et surtout l’interprétation donnent au film une atmosphère trouble qui reste finalement plus intéressante que ses méandres psychanalytiques. Et Dirk Bogarde, pour sa première rencontre avec Losey, est une nouvelle fois étrange, inquiétant, insaisissable, comme un serpent qui trace son chemin sans jamais dire exactement où il va.

Ce n’est peut-être pas le Losey que je préfère, mais c’est un film important pour comprendre la suite de son parcours et cette fascination pour les rapports de domination, de manipulation et de désir qui deviendra l’une de ses grandes marques de fabrique. Pour les amateurs de trouble et de trouple, il y a ici de quoi faire !

NOTE : 13.80

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jeudi 27 août 2026

12.40 - MON AVIS SUR LE FILM LE NETTOYEUR DE GEORGE MARSHALL (1954)


 Vu le Film Le Nettoyeur de George Marshall (1954) avec Audie Murphy Marie Blanchard Lyle Berger Thomas Mitchell Edgar Buchanan Lori Nelson Mary Wickes Wallace Ford George Wallace John Doucette


Avec Le Nettoyeur, George Marshall remet le couvert et, accessoirement, refait son propre film : il s’agit ni plus ni moins du remake de Femme ou Démon, réalisé par Marshall en 1939 avec Marlene Dietrich et James Stewart. Mais autant prévenir tout de suite : le titre français, Le Nettoyeur, fait très polar bien noir, voire film avec Van Damme qui débarque pour faire le ménage. Alors qu’en réalité, nous sommes tout simplement devant un bon vieux western des années 50, comme Hollywood en pondait des dizaines par an.

Marshall n’invente évidemment rien dans le genre. Le héros arrive en diligence dans une petite ville de l’Ouest qui semble attendre son messie, histoire de débarrasser tout le monde du mal qui règne sur place. Très biblique, ce truc : un homme providentiel arrive, découvre une ville pourrie jusqu’à l’os, et va devoir remettre un peu d’ordre dans tout ce bazar. En face, le méchant est évidemment plein d’argent, suffisamment puissant pour acheter les consciences, tricher aux cartes et surtout tuer tout ce qui se trouve sur son chemin.

Et comme nous sommes dans un western, il y a la belle chanteuse et danseuse du saloon, amoureuse du héros, parce qu’un cow-boy solitaire sans jolie fille pour lui sourire derrière un comptoir, ça manquerait quand même de finition. Ajoutez le vent qui souffle dans les rues désertes, les portes de saloon, les regards qui en disent long, les duels au revolver, les baffes distribuées avec générosité et les règlements de comptes : vous avez pratiquement le western américain dans sa boîte.

Alors, qu’est-ce que Le Nettoyeur a de plus que les autres ? Tout simplement Audie Murphy.

Et là, forcément, le film prend une autre dimension. Audie Murphy n’est pas seulement une vedette de western : c’est l’un des soldats américains les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale. Un véritable héros national devenu acteur, avec cette particularité assez incroyable de posséder à l’écran une présence qui ne semble jamais fabriquée. Il n’a pas besoin d’en faire des tonnes. Il entre dans le cadre, regarde, parle peu, et ça suffit.

Et puis il y avait les fans. Audie Murphy était une véritable idole, le genre de garçon devant lequel une partie du public féminin devait se pâmer avant même qu’il ait dégainé son revolver. La classe au naturel, pourrait-on dire. Pas besoin de muscles gonflés à la salle de sport ni de répliques écrites au marteau-piqueur : Audie Murphy avait cette gueule tranquille et cette manière de se tenir qui faisaient déjà le boulot.

Son personnage correspond d’ailleurs parfaitement à cette image. Un homme qui arrive de l’extérieur, découvre une ville sous la coupe d’un individu peu recommandable et comprend rapidement qu’il va falloir sortir les armes. Rien de révolutionnaire, certes, mais le cinéma populaire n’a jamais prétendu réinventer la Bible à chaque western.

George Marshall connaît parfaitement les mécanismes du genre. Il sait quand faire entrer le héros, quand montrer le méchant, quand laisser souffler le vent dans une rue vide et quand préparer le duel final. C’est du cinéma classique, propre, efficace, sans chercher à faire croire qu’il vient de découvrir l’Amérique.

On sent d’ailleurs toute cette tradition du western de studio des années 50 : une histoire simple, des personnages immédiatement identifiables et une morale qui ne demande pas trois heures d’explications. Le bien et le mal se reconnaissent au premier coup d’œil. Le méchant triche, menace et tue ; le héros encaisse, observe et finit par réagir. La belle attend, le saloon s’agite et les revolvers parlent lorsque les mots ne suffisent plus.

C’est précisément ce côté déjà-vu qui pourrait aujourd’hui faire sourire. Mais il faut remettre le film dans son époque. À cette époque, le public américain voulait du western, des chevaux, des revolvers, des duels, des saloons, des héros et des méchants. Hollywood lui en donnait. Et personne ne demandait à chaque nouveau film de réinventer John Ford.

Le Nettoyeur appartient donc à cette grande famille de westerns classiques qui ne cherchent pas forcément à laisser leur nom dans l’histoire du cinéma, mais simplement à raconter une bonne histoire pendant une heure et demie.

Et finalement, c’est peut-être là son principal charme.

On ne regarde pas Le Nettoyeur pour découvrir une révolution cinématographique. On le regarde pour retrouver une époque où le western était encore un genre populaire, où les héros entraient dans une ville poussiéreuse avec une allure de croque-mort et où un duel dans la rue pouvait régler en trente secondes un problème que nous aurions aujourd’hui traité avec douze réunions et trois avocats.

Alors oui, tout est déjà vu. Le héros, le méchant, la fille du saloon, les tricheries aux cartes, les baffes, le vent, les revolvers et la poussière : tout y est !

Mais il y a Audie Murphy.

Et rien que pour lui, on se fixe dans le fauteuil et on regarde ce film d'une autre époque, avec le sourire et sans chercher à lui demander ce qu’il n’a jamais eu l’intention de nous donner.

Un western classique, carré, efficace, sans prétention, porté par une vedette qui, elle, n’avait pas besoin de tricher aux cartes pour gagner la partie.

NOTE : 12.40

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