Vu le Film Histoires Parralèles de Asghar Farhadi (2026) avec Adam Bessa Isabelle Huppert Viginie Efira Vincent Cassel Pierre Niney Catherine India Hair
Avec Histoires parallèles, Asghar Farhadi signe son deuxième film français après Le Passé et s’attaque, à sa manière, à un monument puisque le film est une adaptation libre de Brève histoire d’amour, la sixième partie du Décalogue de Krzysztof Kieślowski. Farhadi ne se contente évidemment pas de refaire Kieślowski à l’identique, il déplace l’histoire vers une écrivaine, Sylvie, interprétée par Isabelle Huppert, qui cherche de l’inspiration pour son prochain roman et qui, pour nourrir ses personnages, observe ses voisins d’en face avec des jumelles.
Et dans cet immeuble voisin, il y a justement du beau monde puisque Sylvie surveille trois personnes qui travaillent dans le cinéma comme bruiteurs : Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney, qui incarnent chacun une réalité et une version fictionnelle de leurs personnages. Sylvie transforme donc ce qu’elle voit en matière romanesque, mélangeant allègrement réel et imaginaire, jusqu’à ce que les frontières entre les deux deviennent de plus en plus difficiles à distinguer. Sacré casting, on en convient, et Farhadi sait parfaitement ce qu’il fait en plaçant ces acteurs dans un véritable jeu de miroirs.
Mais un personnage va venir troubler ce petit jeu entre réalité et fiction : Adam, jeune homme engagé par Sylvie pour l’aider dans son quotidien. Et là, changement de donne, car Adam va progressivement bouleverser la vie de chacun et les confronter à leurs propres failles, leurs désirs et leurs contradictions. Ce personnage devient également une sorte de révélateur pour Sylvie, qui se retrouve elle-même prise dans le piège de son propre regard sur les autres.
Et lorsque l’on a devant soi Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney et même, cerise sur le gâteau, la queen Catherine Deneuve dans le rôle de l’éditrice de Sylvie, on pourrait penser que le film va être dominé par cette armada de stars. Eh bien non, et le mot n’est pas faible, Adam Bessa les éclipse à chaque scène qu’il partage avec elles.
Ses postures, son regard, son phrasé, sa bouche, sa façon d’être là sans chercher à en faire des tonnes m’ont véritablement envoûté. Il possède quelque chose de difficile à expliquer, une présence qui accroche immédiatement le regard et qui fait que l’on attend presque ses prochaines apparitions. Adam Bessa était déjà remarquable dans Les Fantômes, mais ici il passe encore un cap et je vais suivre ce garçon de très près.
Farhadi est évidemment en territoire qu’il connaît bien avec des thèmes qu’il maîtrise parfaitement : passé, jalousie, trahison, mensonge, manipulation, désir, et surtout cette manière qu’il a d’explorer les relations humaines sans distribuer facilement les bons et les mauvais points. Chaque personnage observe, imagine, interprète et parfois se trompe, tandis que nous-mêmes sommes placés dans une position assez inconfortable de spectateur-voyeur.
Car c’est aussi ce qui m’a captivé dans ce presque huis clos, et ce n’était pas gagné d’avance : le film nous oblige à nous demander ce que nous ferions à la place de Sylvie. Sommes-nous nous aussi des voyeurs lorsque nous regardons la vie des autres ? Jusqu’où peut-on aller lorsqu’on transforme ce que l’on voit en fiction ? Et surtout, que se passe-t-il lorsque cette fiction finit par prendre le dessus sur la réalité ?
Histoires parallèles fonctionne comme un film gigogne où chaque situation se projette dans celle de l’autre, où les personnages réels deviennent les personnages imaginés et où l’imagination finit par contaminer la réalité. Farhadi joue constamment avec ces deux niveaux sans nous prendre par la main pour nous expliquer ce que nous devons penser, ce qui me convient parfaitement.
Le casting, lui, reste d’une sobriété assez étonnante, y compris pour certains que nous avons davantage l’habitude de voir jouer sur d’autres registres. Huppert est parfaitement à sa place dans cette femme solitaire qui observe les autres tout en étant progressivement rattrapée par sa propre imagination. Efira, Cassel et Niney se prêtent intelligemment au jeu de Farhadi, chacun devant exister à la fois comme individu et comme personnage transformé par le regard de Sylvie.
Alors oui, Histoires parallèles demande un peu de patience et ne cherche jamais la facilité, mais j’ai été véritablement happé par ce jeu permanent entre réel et fiction. Farhadi construit tranquillement son piège et nous y enferme avec ses personnages, jusqu’à ce que l’on ne sache plus très bien qui regarde qui et qui écrit finalement l’histoire de l’autre.
Et puis il y a Adam Bessa, qui arrive presque par effraction au milieu de cette réunion de stars et qui finit par prendre toute la lumière. Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney, Catherine Deneuve : respect, évidemment, mais pour moi la révélation du film est ailleurs.
La star d’Histoires parallèles, c’est Adam Bessa. Ses postures, son regard, son phrasé, sa bouche m’ont envoûté et, franchement, à suivre ce garçon !
NOTE : 16.00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Asghar Farhadi[5],[6],[7]
- Scénario : Asghar Farhadi et Saeed Farhadi
- Costumes : Oriol Nogues et Khadija Zeggaï
- Photographie : Guillaume Deffontaines
- Son : Pierre Mertens
- Montage : Hayedeh Safiyari
- Production : Asghar Farhadi, David Levine et Alexandre Mallet-Guy[ ]
- Sociétés de production : Anonymous Content et Memento Production, en coproduction avec La Compagnie cinématographique, Lucky Red, Panache Productions et France 3 Cinéma ]
- Société de distribution : Memento Production (France)[ ]
- Budget : 11 millions d'euros ]
- Pays de production :
France (69,67 %),
Belgique (20,04 %),
Italie (10,29 %)[
DISTRIBUTION
- Isabelle Huppert : Sylvie
- Virginie Efira : Nita/Anna
- Vincent Cassel : Pierre/Nicolas
- Pierre Niney : Christophe/Théo
- Adam Bessa : Adam
- Catherine Deneuve : Céline, l'éditrice
- India Hair : Laurence

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire