Vu le film Thomas l'Imposteur de Georges Franju (1965) avec Fabrice Rouleau Emmanuelle Riva Jean Servais Jean Marais (narrateur) Sophie Darès Michel Vitold Rosy Varte Hélène Dieudonné Edith Scott Gabrielle Dorziat Jean Roger Caussimon Charles Aznavour
Sur le papier, l’association du maître du fantastique français Georges Franju, réalisateur de Judex et des Yeux sans visage, avec l’écrivain et poète Jean Cocteau, auteur de La Belle et la Bête et d’Orphée, a de quoi surprendre. Surtout que du fantastique, dans Thomas l’Imposteur, il n’y en a guère. On est plutôt dans une histoire de cloche où un jeune adolescent de seize ans essaie d’exister à travers ses mensonges, histoire de se fabriquer une vie et surtout des histoires à raconter.
Thomas, interprété par Fabrice Rouleau, est une sorte de romantique noir, et son imposture se teinte peu à peu de rouge sang tellement ses mensonges ne peuvent finalement l’amener qu’à la mort. En pleine guerre, Thomas se fait passer pour quelqu’un qu’il n’est pas et découvre un monde où l’apparence, les mots et les récits permettent de prendre une place que la réalité ne lui aurait jamais donnée.
Le front de guerre devient pour lui, comme pour la princesse interprétée par Emmanuelle Riva, une sorte de théâtre où chacun peut exprimer ses désirs, ses peurs et ses illusions. On est finalement beaucoup plus dans l’esprit de Cocteau que dans celui de Franju, avec ce mélange d’académisme et de fulgurances poétiques qui traverse le film.
Et puis il y a les voix, magnifiques, presque irréelles, avec celle, magnétique, d’Emmanuelle Riva, mais aussi celle de Jean Servais. Le contraste entre certaines scènes, notamment celle du cheval, et les voix monocordes du jeu des acteurs nous laisse parfois pantois, comme si le film hésitait constamment entre le théâtre, le rêve et le récit de guerre.
Fabrice Rouleau, fils du réalisateur Raymond Rouleau, fait ce qu’il peut dans le rôle de Thomas. Sa présence et surtout sa beauté suffisent finalement au personnage, qui repose beaucoup sur cette jeunesse fragile et cette volonté de se donner une importance qu’il n’a pas.
Un film avec du Cocteau sans Jean Marais ? Si, si, ne vous inquiétez pas, il est bien là, puisque c’est lui qui assure la voix off du film. Comme quoi, même lorsqu’il n’apparaît pas à l’écran, Cocteau trouve encore le moyen de faire entrer Jean Marais par une petite porte !
La fin de Thomas est terrible, car derrière l’imposteur et ses mensonges, il reste surtout un gamin de seize ans qui n’aura finalement pas profité de sa jeunesse ni de sa vie. Il voulait probablement vivre une aventure, il en aura surtout fabriqué le récit avant que la réalité ne le rattrape brutalement.
Thomas l’Imposteur est donc un film étrange, parfois académique, parfois traversé par de véritables fulgurances, où Franju semble finalement laisser davantage de place à l’univers de Cocteau qu’à son propre fantastique. Et cette histoire d’un gamin qui s’invente une existence jusqu’à s’y perdre possède quelque chose de profondément romantique et tragique, exactement dans l’esprit de ses deux maîtres.
NOTE : 13.00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Georges Franju
- Scénario : Georges Franju, Michel Worms et Jean Cocteau d'après son roman, Thomas l'imposteur (Éditions Gallimard, 1923)
- Dialogues : Raphaël Cluzel, Jean Cocteau
- Assistants à la réalisation : Christian de Chalonge et Michel Worms
- Décors : René Calviera, Claude Pignot
- Photographie : Marcel Fradetal
- Son : André Hervé
- Scripte : Suzanne Schiffman
- Montage : Gilbert Natot
- Musique : Georges Auric
- Production : Georges Casati
- Société de production : Filmel (France)
- Société de distribution : Les Films de l'Atalante (France)
DISTRIBUTION
- Fabrice Rouleau : Thomas
- Emmanuelle Riva : la princesse de Bormes
- Jean Servais : Pesquel-Duport
- Sophie Darès : Henriette de Bormes
- Michel Vitold : le docteur Vernes
- Rosy Varte : Mme Valiche
- Hélène Dieudonné : la tante de Thomas
- Édith Scob : l'infirmière
- Gabrielle Dorziat : la cartomancienne
- Bernard Lavalette : le docteur Gentil
- Jean-Roger Caussimon : l'évêque
- Édouard Dermit : le capitaine Roy
- Jean Ozenne : le comte d'Orange
- Georges Casati : le prêtre
- Jean Degrave : un invité au bal
- Raymond Jourdan : le médecin militaire
- Bob Lerick : un fusilier marin
- Jean Magis : Paget
- Antoine Marin : le capitaine
- André Méliès : l'homme âgé au bal
- Gaston Meunier : un danseur
- Jean Marais (voix off) : le narrateur
- Robert Burnier (rôle non-spécifié)
- Hy Yanowitz : un officier allemand
- Charles Aznavour : simple apparition
- Roger Fradet

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