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samedi 19 septembre 2026

16.90 - MON AVIS SUR LE FILM LE NOM DE LA ROSE DE JEAN JACQUES ANNAUD (1986)


 Vu le film Le Nom de la Rose de Jean Jacques Annaud (1986) avec Sean Connery Christian Slater Michael Lonsdale Valentina Vargas Ron Perlman Fred Murray Abraham


Voilà un film qui nous plonge dans un monde étrange, qui n’a peut-être pas trouvé son public à la hauteur de la qualité intrinsèque de son contenu. Jean-Jacques Annaud adapte en 1986 le roman d’Umberto Eco et nous offre avec Le Nom de la rose un véritable polar médiéval, bien avant que le genre ne devienne à la mode. Nous sommes en 1327, dans une abbaye bénédictine isolée d’Italie du Nord, perdue dans les montagnes, où le froid semble aussi présent que le silence et où personne ne parle beaucoup, sauf lorsqu’il s’agit de théologie, de religion ou de quelque chose qu’il vaudrait mieux ne pas révéler.


Nous suivons le franciscain Guillaume de Baskerville (sans ses chiens) avec tout son talent de détective interprété par Sean Connery,  accompagné du jeune Adso de Melk, un novice encore puceau qui découvre en même temps le monde, la religion et probablement quelques autres choses, sous les traits d’un jeune Christian Slater. Tous deux arrivent dans cette abbaye afin de participer à une rencontre théologique entre franciscains et représentants de la papauté, mais leur séjour va rapidement prendre une tournure beaucoup moins religieuse et beaucoup plus criminelle.


Après quelques palabres avec les occupants de l’abbaye, Guillaume et Adso découvrent surtout un endroit particulièrement strict, où chacun semble cacher quelque chose et où les sourires ne sont pas franchement monnaie courante. Et comme si cette ambiance ne suffisait pas, une série de morts mystérieuses vient soudainement perturber la tranquillité monastique. Des cadavres apparaissent, les morts s’accumulent et Guillaume, qui n’est décidément pas venu là pour compter les moutons, va devoir mener l’enquête afin de comprendre qui tue, pourquoi et surtout ce que certains cherchent désespérément à cacher.


Nos deux compères vont alors rencontrer des personnages plus bizarres les uns que les autres, et pratiquement chacun devient un potentiel coupable. Il y a l’inquiétant Jorge de Burgos, moine aveugle et gardien d’une mémoire qu’il entend bien protéger, Salvatore, personnage difforme et inquiétant joué par Ron Perlman, le bibliothécaire Malachie, le vieux moine Bérenger, le maître des lieux Abbon interprété par Michael Lonsdale, et bien d’autres religieux dont les visages ne donnent pas vraiment envie de demander l’heure.


On parle du diable, de sorcellerie, de l’Apocalypse, de chats noirs, de femmes considérées comme des créatures du démon et surtout de cette bibliothèque extraordinaire qui constitue le véritable cœur de l’énigme. Une bibliothèque labyrinthique, secrète, interdite, qui semble contenir tout le savoir du monde et dont les livres sont parfois plus dangereux que les armes. On pourrait presque croire qu’Umberto Eco avait lui-même poussé la porte pour venir vérifier que personne ne mettait les mains dans ses rayonnages.


Annaud réussit surtout à faire de cette abbaye un personnage à part entière, avec ses couloirs sombres, ses escaliers, ses passages secrets, ses cellules glaciales et cette bibliothèque qui ressemble davantage à un labyrinthe qu’à un lieu destiné à la lecture. Le savoir est ici une arme, et ceux qui contrôlent les livres contrôlent aussi une partie de la vérité. Une idée particulièrement forte dans un monde où certains religieux préfèrent brûler un livre plutôt que de laisser un homme le lire.


Bien avant Seven, Annaud nous montre les conséquences de la folie des hommes à travers ces cadavres enveloppés de sang, de peur et de vengeance. Mais là où Seven plonge dans une noirceur contemporaine, Le Nom de la rose utilise le Moyen Âge, la religion et la peur du démon pour raconter finalement quelque chose de très humain : la volonté de contrôler la pensée et d’empêcher le savoir de circuler.


Pendant que Guillaume cherche le meurtrier, Adso découvre quant à lui un autre mystère, beaucoup plus terrestre. Il va perdre sa virginité avec une jeune femme dont il ignore même le nom, une rencontre à la fois sensuelle et tragique qui va profondément le troubler. Le jeune homme se retrouve alors confronté à un cruel dilemme entre l’amour qu’il découvre et la fidélité qu’il doit à son maître, à son ordre et à sa foi. Pour un jeune puceau fraîchement débarqué dans une abbaye, il y a franchement mieux comme première expérience sentimentale.


Sean Connery est parfait dans le rôle de Guillaume de Baskerville, mélange d’intelligence, de malice, de scepticisme et d’autorité, un personnage qui préfère observer et réfléchir plutôt que croire aveuglément ce qu’on lui raconte. Christian Slater, encore très jeune, apporte à Adso cette naïveté nécessaire qui permet au spectateur de découvrir ce monde à travers ses yeux.


Le casting est d’ailleurs particulièrement solide avec Michael Lonsdale, F. Murray Abraham dans le rôle de l’inquisiteur Bernard Gui, Ron Perlman, Elya Baskin et quelques gueules monastiques qui semblent avoir été sélectionnées pour nous rappeler que l’époque n’était pas franchement réputée pour son esthétique.


Le Nom de la rose possède toutes les qualités d’un grand film épique, historique et presque biblique, bien avant que Da Vinci Code ne vienne à son tour mélanger religion, énigmes, secrets et vieux bouquins. Mais Annaud va beaucoup plus loin que le simple thriller médiéval en faisant du savoir et de sa transmission l’un des véritables enjeux du film.


Et c’est probablement cela qui reste le plus fort : sauver les livres, sauver la connaissance, sauver une mémoire que certains voudraient enfermer à double tour dans une bibliothèque interdite. Ici, le livre devient un personnage central de l’énigme, presque aussi important que Guillaume, Adso ou le meurtrier.


Un film étrange, sombre, parfois brutal, souvent fascinant, qui réussit à mélanger enquête policière, religion, philosophie, amour, mort et connaissance sans perdre son histoire en route. Et lorsque tout s’achève, il ne reste finalement que les noms, les souvenirs et les livres, comme une trace de ce que les hommes ont essayé de préserver ou de détruire.


Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus.

NOTE : 16.90

FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION

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