Vu le Film Henry Portrait Of a Sérial Killer de James McNaughton (1986) avec Michael Rooker Tracy Arnold Mary Demas Tom Towles Anne Bartoletti Ted Kaden David Katz
(interdit au moins de 18 ans)
Henry, Portrait of a Serial Killer, réalisé par James McNaughton, est forcément un film qui pouvait m’intéresser puisque je suis fan de l’univers des serial killers. Qu’il déguste votre foie au chianti ou mange votre cadavre, ce type de personnage me passionne, non pas pour ses crimes, mais parce que j’aimerais entrer dans leur tête, un peu comme dans Mindhunter, pour essayer de comprendre le pourquoi et le comment de ces monstres humains.
C’est le premier film de James McNaughton, bien avant Mad Dog and Glory et surtout SexCrimes, qui arrivera douze ans plus tard et aurait finalement été parfaitement adapté au projet initial de son réalisateur, puisqu’il devait à l’origine faire avec l’argent d’un producteur un film contenant du sang et du sexe. McNaughton va finalement s’intéresser à Henry Lee Lucas, l’un des serial killers les plus célèbres des États-Unis, dont le parcours reste encore aujourd’hui entouré de zones d’ombre.
Lucas revendiquait pas moins de 360 meurtres, alors que, des décennies plus tard, la justice ne lui en reconnaîtra que trois, tout en le condamnant pour dix-neuf meurtres. Le seul crime dont on soit réellement certain reste celui de sa mère, qu’il tua à l’âge de 24 ans. Pour le reste, entre mythomanie, manipulations et éventuels crimes réellement commis, difficile de savoir où s’arrête la réalité et où commence le délire de cet homme, notamment concernant son complice Otis.
Et c’est justement cette incertitude qui rend le film encore plus dérangeant, car même lorsqu’Henry raconte à Otis et Becky son enfance et sa relation avec sa mère, on ne sait jamais s’il dit la vérité ou s’il invente une histoire destinée à expliquer ses actes. McNaughton ne cherche d’ailleurs pas à réaliser une biographie fidèle de Lucas, mais s’approprie cette histoire pour en faire une plongée poisseuse dans l’esprit de ces deux types.
Présenté au Festival de Chicago en 1986, le film devra attendre quatre ans avant de sortir en salles, notamment à cause de la censure. Et comme souvent avec les films qui ont été interdits ou retardés parce qu’ils dérangent, il finira par acquérir une réputation de film culte.
Car Henry, Portrait of a Serial Killer est plus que dérangeant : il nous installe quasiment au beau milieu du duo formé par Henry et Otis, sans véritable distance avec eux. La vidéo, et oui, la VHS, si si cela a existé, devient même un élément important du film, notamment lors de cette séquence où les meurtres apparaissent sur l’écran dans un flou granuleux et presque documentaire, tandis que nous sommes assis devant la télévision avec eux, voire entre les deux. On ne regarde plus seulement des assassins à l’écran, on a presque l’impression de partager leur salon.
McNaughton a donc mis son grain de sel dans cette histoire en poussant encore plus loin l’hémoglobine, le visuel crade et le côté hard, sans chercher à rendre ses personnages sympathiques ni à expliquer leurs actes par de grandes théories psychologiques. Il veut déranger le spectateur et il y arrive, parfois au point de nous broyer les intestins avec une cuvette à côté de nous.
La réalité est d’ailleurs souvent bien pire que le cinéma, même si le cinéma s’approprie régulièrement ces personnages pour les transformer en figures de fiction. Même Chucky, la célèbre poupée tueuse, doit une partie de son inspiration à cette fascination pour les serial killers, avec certaines références liées à Henry Lee Lucas.
Et puis il y a Michael Rooker, qui tient ici son premier grand rôle à 31 ans et dont la gueule annonce déjà qu’elle va donner quelques sueurs froides aux spectateurs. Il deviendra ensuite une figure incontournable du genre avec Mississippi Burning, Mélodie pour un meurtre ou JFK. Face à lui, Tom Towles compose un Otis particulièrement inquiétant et poursuivra lui aussi une carrière largement marquée par le cinéma de genre, de La Nuit des morts-vivants à Fortress et Halloween. Les étiquettes…
Alors, si vous avez le cœur bien accroché, ou ce qu’il vous en reste, vous pourrez vous aventurer dans ce film étonnant, très dérangeant mais surtout intriguant, parce qu’au-delà du sang et de la crasse, il laisse cette question en permanence dans notre tête : qu’est-ce qui peut bien se passer dans celle d’un type capable de faire ça ?
NOTE : 14.00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : John McNaughton
- Scénario : Richard Fire et John McNaughton
- Musique : Ken Hale, Steven A. Jones, Robert McNaughton
- Photographie : Charlie Lieberman
- Montage : Elena Maganini
- Production : Malik B. Ali, Waleed B. Ali, Lisa Dedmond, Steven A. Jones et John McNaughton
- Société de production : Maljack Productions
- Distribution : Greycat Films (États-Unis)
- Budget : 111 000 $
DISTRIBUTION
- Michael Rooker (VF : Jean-Pierre Leroux) : Henry
- Tom Towles : Ottis
- Tracy Arnold (en) : Becky

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