Pages

Affichage des articles dont le libellé est FILMS 1979. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est FILMS 1979. Afficher tous les articles

jeudi 24 septembre 2026

12.70 - MON AVIS SUR LE FILM L'AMOUR EN FUITE DE FRANCOIS TRUFFAUT (1979)


 Vu le film L'Amour en Fuite de François Truffaut (1979) Jean Pierre Leaud Dorothée Marie France Pisier Claude Jade Dani Dnaiel Mesguich Julien Bertheau Julien Dubois Richard Berry


L’Amour en fuite de François Truffaut, c’est à quoi peut tenir un échec pour un réalisateur comme lui ? Après La Chambre verte, qui n’a pas rencontré le succès espéré, Truffaut doit renflouer sa société de production et décide de reprendre pour la cinquième et dernière fois le personnage qui l’a rendu célèbre, Antoine Doinel, avec évidemment son acteur fétiche Jean-Pierre Léaud, qui n’a plus 14 ans mais qui pense toujours autant aux femmes.

Pour ce dernier opus, Truffaut ne se fait pas vraiment exploser la cervelle pour écrire un scénario. Il prend un peu à la manière de Lelouch, pour ses flashbacks, des extraits connus ou nouveaux des précédents films de la saga, afin de nous rappeler les aventures sentimentales de Doinel, dont la principale préoccupation semble avoir toujours été les filles. Il retrouve ainsi Colette, interprétée par une Marie-France Pisier lumineuse, Christine, avec laquelle il est désormais en instance de divorce, jouée par Claude Jade, mais aussi Sabine, sa nouvelle compagne interprétée par Dorothée, et quelques souvenirs de ses anciennes aventures qui viennent compléter le tableau.

Doinel, c’est un peu une chanson d’Aznavour : les amies, les amours et les emmerdes, sauf que lui arrive à cumuler les trois avec une régularité presque professionnelle. Toujours incapable de rester tranquille lorsqu’une jolie femme passe à proximité, il traverse cette dernière aventure sentimentale comme il a traversé les précédentes, en courant après l’amour tout en réussissant généralement à le faire fuir.

Pas vraiment inspiré, Truffaut exploite à fond l’image de Doinel et Jean-Pierre Léaud semble s’en amuser. Il joue, il surjoue parfois, il ne joue plus vraiment comme le garçon capricieux que nous avions découvert onze ans plus tôt, mais on reste sous le charme de ce personnage qui semble avoir grandi sans avoir complètement quitté le gamin de 14 ans qu’il était dans Les Quatre Cents Coups.

Et derrière Doinel, il est difficile de ne pas voir François Truffaut lui-même, comme si le personnage était devenu son double cinématographique, avec ses hésitations, ses obsessions amoureuses, ses maladresses et cette manière de toujours chercher ailleurs ce qu’il pourrait peut-être trouver devant lui. Jean-Pierre Léaud est une nouvelle fois charmant et agaçant à la fois, exactement comme son personnage le permet.

La présence de Marie-France Pisier apporte beaucoup au film, avec une Colette lumineuse qui donne aux retrouvailles avec Doinel une vraie saveur nostalgique. Claude Jade et Dorothée complètent cette ronde sentimentale autour d’un homme qui semble condamné à courir après l’amour sans jamais réussir à lui mettre définitivement la main dessus.

Alors, L’Amour en fuite n’est certainement pas le meilleur épisode de la saga Doinel et l’utilisation abondante des images des films précédents donne parfois l’impression que Truffaut ouvre les tiroirs de ses souvenirs pour fabriquer son dernier chapitre. Mais il y a quelque chose de touchant à retrouver ce personnage après toutes ces années et à le voir vieillir avec nous, même s’il continue à se comporter comme s’il avait encore 14 ans dès qu’une femme apparaît dans son champ de vision.

Un Léaud toujours aussi attachant, une Marie-France Pisier lumineuse, quelques retrouvailles avec des personnages que l’on avait appris à connaître et surtout cette sensation de refermer définitivement un album de souvenirs. Et le titre, qui reprend celui de la chanson d’Alain Souchon, résume finalement assez bien cette dernière escapade sentimentale de Doinel :

« On s’quitte et y a rien qu’on explique, C’est l’amour en fuite, l’amour en fuite. »

Une jolie façon de tirer le rideau sur Antoine Doinel, ce garçon devenu homme qui aura passé sa vie à courir après les femmes, l’amour et probablement lui-même

NOTE : 12.70

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

  • Richard Berry : acteur (non crédité)
  • Gilbert Dagneau : le conducteur des Wagons-Lits (non crédité)
  • André Dussollier : héros du film Une belle fille comme moi (non crédité)
  • Richard Kanayan : client du magasin de musique (non crédité)
  • Anne Kreis : héroïne de film au cinéma (non créditée)

lundi 7 septembre 2026

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM LE CHRIST S'EST ARRETE A EBOLI (1979)

 


Vu le Film Le Christ s'est Arrêté à Eboli de Francesco Rosi (1979) avec Gian Maria Volonté Léa Massari Irène Papas Alain Cuny Accursio Di Léo Paolo Bonacelli Stavros Tornes


Avoir au générique Francesco Rosi, Gian Maria Volonté, Irène Papas, Alain Cuny et Léa Massari, c’est déjà une sacrée promesse de cinéma. Alors certes, Francesco Rosi ne fait pas grimper ses héros sur le pont Bir-Hakeim ou descendre les tours de New York sur un fil, mais cela reste néanmoins un grand moment de cinéma, adapté du roman autobiographique de Carlo Levi. Et quand on voit l’actualité actuelle, on devrait presque faire voir ou lire cette histoire à tout le monde.

En 1935, Carlo Levi, médecin et peintre antifasciste, est condamné à l’exil intérieur par le pouvoir de Mussolini et envoyé dans un petit village de Basilicate, dans le sud de l’Italie. Il n’a pas le droit d’exercer officiellement la médecine, mais il va mettre les quelques libertés qui lui restent au profit des paysans et des habitants de cette terre oubliée. Pour eux, cet homme venu d’ailleurs va peu à peu devenir bien plus qu’un médecin, presque un sauveur, dans un monde où le pouvoir de Rome semble avoir oublié jusqu’à leur existence.

Rosi a eu l’intelligence de tourner dans la région même où Carlo Levi avait vécu son exil, donnant au film une authenticité magnifique. Ces villages, ces paysages, ces pierres, ces visages semblent conserver les couleurs, les odeurs et les souvenirs que Levi avait emportés avec lui. Le réalisateur prend son temps, et c’est justement ce temps qui permet au film de respirer, de montrer à la fois la beauté et la misère de cette population abandonnée par le pouvoir fasciste, parce que le pouvoir n’aime jamais beaucoup les petites gens lorsqu’elles deviennent trop visibles.

On assiste alors au contraste entre deux mondes qui ne poursuivent absolument pas les mêmes objectifs : d’un côté, celui des paysans, attachés à leurs traditions, à leur terre et à une forme de solidarité protectrice ; de l’autre, celui du pouvoir fasciste qui veut imposer sa modernité, sa vision de l’Italie et son autorité jusque dans les endroits les plus reculés. Rome parle de progrès, mais pour ceux qui vivent ici, le progrès ressemble surtout à quelque chose qui se passe très loin d’eux.

Mais Le Christ s’est arrêté à Eboli est aussi le portrait d’un homme qui va découvrir pendant deux années d’exil la solitude, l’injustice, mais également une forme d’inspiration et une autre manière de regarder le monde. Carlo Levi arrive en étranger et repartira profondément marqué par ces hommes et ces femmes qu’il était pourtant censé simplement subir pendant son éloignement.

Et pour faire un grand film, il faut aussi de grands acteurs. Alain Cuny est formidable en baron Rotundo, Irène Papas est sublime en Giulia, Léa Massari apporte toute sa présence à Luisa Levi, mais surtout Gian Maria Volonté est exceptionnel dans le rôle de Carlo Levi. Il porte littéralement le film sur ses épaules, avec une grâce presque christienne, sans jamais en faire trop, simplement avec ce regard, cette présence et cette manière de laisser parler le personnage avant même qu’il ouvre la bouche.

Rosi signe donc un film magnifique, profondément humain et politique sans jamais avoir besoin de hurler son message. Une histoire d’hommes oubliés, de pouvoir, de liberté et de résistance qui, malheureusement, n’a pas pris une ride. Et quand on regarde autour de nous aujourd’hui, cette vieille histoire de 1935 finit par prendre un drôle de goût de présent : Le Christ s’est arrêté à Eboli, mais il ferait peut-être bien de reprendre la route avant que certains pouvoirs ne décident à nouveau de l’arrêter ailleurs.

NOTE : 14.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


mardi 18 août 2026

14.30 - MON AVIS SUR LE FILM 1941 DE STEVEN SPIELBERG (1979)

 


Vu le Film 1941 de Steven Spielberg (1979) avec Dan Aykroyd, Ned Beatty , John Belushi, Christopher Lee, Toshiro Mifume, Robert Stack et Treat Williams.


En 1941, alors que les Américains décident d'entrer en guerre, un sous-marin japonais fait surface au large de Los Angeles. Face à cette menace, les habitants de Hollywood tentent vainement d'organiser la résistance..

1941 est probablement le film le plus méconnu, et certainement l’un des plus détestés, de la carrière de Steven Spielberg.
Et pourtant, je n’ai pas du tout le même avis que ceux qui ont voulu enterrer cette énorme farce dès sa sortie en 1979.
Il faut simplement prendre 1941 pour ce qu’il est : un gigantesque délire, une comédie totalement débridée qui ne cherche jamais à être raisonnable. Nous sommes très loin des Dents de la Mer ou de Rencontres du troisième type, mais Spielberg avait justement envie de s’amuser.
Avec John Belushi en roue libre, on aurait presque imaginé John Landis derrière la caméra plutôt que le futur maître du cinéma hollywoodien. Hollywood aimait se regarder dans un miroir, mais Spielberg lui tend ici un miroir complètement déformé… et forcément, ça fait moins rire.


L’histoire part pourtant de faits bien réels : la panique provoquée par la « bataille de Los Angeles » de février 1942, le bombardement du champ pétrolier d’Elwood près de Santa Barbara par un sous-marin japonais, mais aussi les Zoot Suit Riots de 1943.
Bob Gale et Robert Zemeckis ont mélangé ces événements avec une bonne dose de folie pour transformer la peur de l’invasion japonaise en gigantesque comédie de catastrophe.
Et Spielberg va s’en donner à cœur joie : avions, sous-marins, chars, bagarres, explosions, grande roue et militaires complètement dépassés… tout le monde semble avoir perdu la tête.

Le film regorge aussi de clins d’œil à la carrière de Spielberg.
Lorsque le sous-marin japonais apparaît, on entend les premières notes des Dents de la Mer et l’on voit son « aileron » avancer sur l’eau : difficile de faire plus Spielberg que Spielberg !
Et Susan Backlinie, première victime des Dents de la Mer, repasse justement dans l’eau, comme si le réalisateur avait décidé de faire revenir un fantôme de son propre cinéma.
On pense également à Duel, notamment dans cette façon de filmer les machines et de transformer les véhicules en véritables personnages.

La musique de John Williams participe évidemment au délire, tandis que Spielberg glisse même quelques références à John Ford, notamment avec la musique de L’Homme tranquille pendant la bagarre générale. Et que dire du général Stilwell, formidablement interprété par Robert Stack ?
Le rôle avait été proposé à John Wayne et Charlton Heston, mais tous deux trouvèrent le scénario trop antipatriotique ; Wayne alla même jusqu’à conseiller à Spielberg d’abandonner le projet.
Heureusement, Spielberg n’a pas écouté le cow-boy républicain !



Robert Stack est parfait en militaire autoritaire qui veut sauver l’Amérique alors que tout part en vrille autour de lui. Mais le voir, lui le grand général dur comme le béton, fondre en larmes devant Dumbo est tout simplement à pleurer de rire.
C’est précisément cette irrévérence qui fait le charme du film : l’armée, le patriotisme, les héros américains, tout le monde en prend pour son grade.
1941 est dans la grande tradition des comédies américaines anarchiques à la M.A.S.H., American College ou Hamburger Film Sandwich.
Tout n’est pas également réussi, certaines scènes s’éternisent et le scénario part parfois dans tous les sens, mais quand Spielberg touche juste, il touche très fort.
Et personnellement, dès que cela égratigne l’armée et le patriotisme américain dans sa version la plus obtuse, je prends mon plaisir où il se trouve !

Le tournage, lui, fut à l’image du film : complètement chaotique.
Toshiro Mifune, immense légende du cinéma japonais, aurait pris en main les figurants japonais avec une méthode pour le moins… musclée.
Christopher Lee, en officier allemand, n’eut pas besoin d’être doublé pour ses dialogues allemands puisqu’il parlait parfaitement la langue.

Et John Belushi ? Belushi était Belushi : nuits agitées, alcool, excès en tout genre, présence parfois incertaine sur le plateau et état pas toujours compatible avec une production hollywoodienne.

Mais Spielberg, au lieu de le museler, lui donna encore davantage de liberté.
Le tournage était tellement bruyant que Spielberg n’arrivait parfois même plus à se faire entendre lorsqu’il criait « Coupez ! ».
La solution fut digne de 1941 : un fusil-mitrailleur à blanc pour couvrir le vacarme et faire comprendre que, cette fois, la scène était terminée. Chouette ambiance sur le plateau !

On retrouve aussi une distribution complètement folle : Dan Aykroyd, Ned Beatty, John Candy, Slim Pickens, Nancy Allen, Treat Williams, Murray Hamilton, Lorraine Gary, Christopher Lee, Toshiro Mifune et bien sûr John Belushi.
Et si vous ouvrez bien les yeux, vous apercevrez Samuel Fuller, James Caan et même Mickey Rourke pour l’une de ses toutes premières apparitions à l’écran.

1941 fut un échec financier et critique à sa sortie, avec un budget devenu énorme pour l’époque, mais le film a fini par retrouver une seconde vie grâce notamment à sa version longue de 146 minutes et à ses éditions vidéo.

Il fut même nommé trois fois aux Oscars, pour la photographie, le son et les effets visuels : comme quoi, même quand Hollywood ne riait pas beaucoup, Hollywood savait reconnaître le travail technique.
Alors oui, 1941 est un ovni, un film imparfait, bruyant, bordélique, parfois franchement foutraque. Mais je refuse de le considérer comme un accident dans la carrière de Spielberg.
C’est plutôt une parenthèse, une énorme récréation où le réalisateur des Dents de la Mer décide de casser tous ses jouets en même temps.

Et puis Spielberg avait déjà compris une chose essentielle : après un échec, il faut rebondir. Son film suivant sera donc… un petit film totalement inconnu intitulé Les Aventuriers de l’Arche perdue.

On connaît la suite.

NOTE : 14.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Acteurs non crédités