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mercredi 10 septembre 2025

11.90 - MON AVIS SUR LE FILM L'AMOUR EST EN JEU DE MARC ALLEGRET (1957)


 
Vu le film L'Amour est en Jeu (Ma Femme , mon Gosse et moi) de Marc Allegret (1957) avec Robert Lamoureux Annie Girardot Yves Noel (Gégé) Jacques Jouannau Louis Massis Pierre Doris Robert Rollis Jean Paredes 

Robert et Marie-Blanche sont un jeune couple, ils s'aiment mais se disputent sans arrêt. Ils décident alors de se séparer, chacun se partageant une semaine sur deux la garde de leur fils Gégé. Cette situation fait l'affaire du petit garçon, gâté par ses deux parents qui espèrent ainsi obtenir sa garde exclusive. Aussi, lorsque - après avoir mené l'un contre l'autre une guerre sans merci - Robert et Marie-Blanche tentent de se rapprocher, Gégé fait tout pour contrecarrer ce projet. 

 

Scénario de Odette Joyeux (la maman de Claude Brasseur) d'après le roman La Victime de Fernand Vanderem 

Dans la comédie française des années 50, il existe des films qui respirent la gaieté, d’autres qui cherchent la tendresse, et certains qui essaient les deux sans vraiment choisir. L’Amour est en jeu, signé Marc Allégret, appartient à cette dernière catégorie. Sous le titre un peu trompeur Ma femme, mon gosse et moi, il a été pris à tort pour un prolongement des deux Papa, maman… avec Lamoureux. Le titre sème la confusion, mais c’est une autre histoire, avec d’autres enjeux, et un autre ton. 

L’intrigue repose sur un couple séparé. Robert Fayard (Robert Lamoureux), père à la fois maladroit et sincère, retrouve par intermittence son fils Gégé, un gamin vif, rieur, au langage savoureux, qui bouscule tout ce qu’il touche. La mère, incarnée par Annie Girardot, a refait sa vie, mais reste attentive, protectrice, souvent partagée entre colère et indulgence pour les maladresses paternelles et les élans imprévisibles de l’enfant. 

Le petit Gégé, lui, est l’étincelle qui met le feu à la tranquillité apparente des adultes. Il ne le fait pas exprès : il réclame de l’attention, de l’amour, et par sa spontanéité, il force ses parents à se retrouver, à se reparler, à se repositionner dans leurs rôles. Il y a de jolies scènes où le comique vient des maladresses parentales : Robert Lamoureux, fidèle à son élégance un peu détachée, se débat avec les exigences de la paternité ; Annie Girardot, déjà d’une modernité de jeu étonnante, apporte une vérité simple, directe, loin des mamans idéalisées d’avant-guerre. 

Mais voilà : le film, plutôt qu’une comédie mordante, choisit une douceur presque morale. À mesure que Gégé devient le centre de tout, la légèreté du ton s’efface. L’histoire prend une tournure bien-pensante, presque éducative : on insiste sur l’importance de protéger « l’enfant du divorce », de lui épargner les blessures des conflits adultes, de faire passer son bien-être avant tout le reste. On comprend le message, on en perçoit la sincérité, mais la vitalité comique en souffre. 

Ce n’est ni le rythme enlevé ni l’acidité tendre des Papa, maman, la bonne et moi. C’est un cinéma de mœurs plus sage, plus lisse, avec des situations touchantes mais parfois convenues, où les personnages, au fond, ne risquent jamais grand-chose. Le sourire reste, le rire manque. On se surprend parfois à espérer un peu plus de piquant, un grain de folie, quelque chose qui emporte vraiment. 

Pour autant, il faut reconnaître à Marc Allégret son savoir-faire. La mise en scène est fluide, attentive aux acteurs. Robert Lamoureux, sans ses dialogues habituels, prouve qu’il peut être charmant dans un registre plus tendre, presque mélancolique. Annie Girardot, déjà lumineuse, annonce le ton des années 60 : une actrice qui joue « vrai », qui enlève le vernis, qui dit les choses comme on les dirait dans la vie. Quant au petit Gégé, avec sa bonne bouille et ses phrases d’enfant, il donne au film ses plus beaux moments de fraîcheur, même si, en le plaçant au centre, le scénario glisse vers la mièvrerie. 

Au finalL’Amour est en jeu est un film attachant mais déséquilibré. Pas aussi drôle qu’on pourrait le souhaiter, pas assez mordant pour marquer les esprits, mais suffisamment tendre pour émouvoir par endroits. Il reste le témoin d’une époque où le cinéma français commençait à parler des familles éclatées avec douceur, sans scandale ni jugement, en cherchant à rassurer son public : un couple peut se défaire, mais si l’enfant va bien, tout peut se reconstruire. C’est maladroit, oui, mais sincère, et parfois, ça suffit à rendre un film agréable à revoir — ne serait-ce que pour mesurer à quel point la comédie familiale allait, dans les années suivantes, se libérer et se complexifier. 

NOTE : 11.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

 

jeudi 28 août 2025

15.90 - MON AVIS SUR LE FILM 3H10 POUR YUMA DE DELMER DAVES (1957)


 Vu le Film 3H10 pour Yuma de Delmer Daves (1957) avec Van Heflin Glenn Ford Leora Dana Felicia Farr Robert Ernhadt Richard Jaeckel Henry Jones Ford Rainey 

Dan Evans est fermier. La terre est ingrate, avare et la sécheresse une inlassable ennemie. Un matin, accompagné de ses deux jeunes fils, il surprend une attaque de diligence, menée par la bande du brigand Ben Wade. Celui-ci abat le convoyeur qui avait sorti son arme. Lui-même désarmé et seul contre tous, Dan entend préserver ses garçons. Il n'intervient donc pas et laisse même les voleurs s'emparer de ses propres chevaux. 

Dans la grande tradition du western américain, 3h10 pour Yuma (1957) de Delmer Daves s’impose comme un film qui transcende les limites du genre. Inspiré d’une nouvelle d’Elmore Leonard, il raconte une histoire simple mais tendue : dans un petit patelin de l’Arizona, un fermier modeste, Dan Evans (Van Heflin), accepte, moyennant 200 dollars, d’escorter jusqu’au train de 3h10 pour Yuma un dangereux bandit capturé, Ben Wade (Glenn Ford). Le voyage n’est pas long en distance, mais il se transforme en épreuve psychologique et morale. Entre la menace de la bande de hors-la-loi qui rôde à l’extérieur et les tourments intérieurs des deux hommes, le film se déploie comme un huis clos haletant, avec un crescendo de tension jusqu’au dernier plan. 

Ce qui frappe d’emblée, c’est la beauté du noir et blanc. Delmer Daves filme les grands espaces de l’Ouest dans des plans amples, mais réduit ensuite le décor à l’étroitesse d’une chambre d’hôtel, où le face-à-face entre le fermier et le bandit prend une intensité théâtrale. On passe ainsi d’un western d’action à une véritable pièce de caractère. La force du film tient dans ce rétrécissement : là où beaucoup de westerns élargissent l’horizon, 3h10 pour Yuma resserre l’étau, jusqu’à ne laisser que deux hommes et une pendule qui avance inexorablement. 

Van Heflin incarne à merveille ce fermier digne mais acculé. Evans n’est pas un héros par nature : il est pauvre, il voit sa terre se dessécher, il peine à nourrir sa famille. Lorsqu’il accepte de convoyer Ben Wade, ce n’est pas pour la gloire ni pour une quelconque quête de justice, mais simplement pour gagner l’argent qui lui permettra de sauver son exploitation. Ce réalisme social donne au film une dimension humaine rare dans le western classique. Heflin, avec son jeu sobre et terrien, transmet parfaitement cette obstination presque résignée. 

Face à lui, Glenn Ford incarne un Ben Wade fascinant. L’acteur, d’ordinaire associé à des rôles plus droits, campe ici un bandit cynique, manipulateur, séducteur, mais jamais monolithique. Dès les premières scènes, Wade se révèle capable d’une violence froide – il abat un de ses hommes et un conducteur de diligence sans remords – mais aussi d’un charme troublant. La scène où il séduit Emmy (Felicia Farr), la serveuse, est d’une douceur inattendue, presque suspendue dans le temps, comme un rêve éphémère dans un univers brutal. Cette parenthèse romantique, au cœur d’un récit tendu, donne à Wade une dimension humaine : on comprend que derrière la façade du criminel se cache un homme en quête, lui aussi, d’une forme de tendresse. 

Le talent de Daves, humaniste dans l’âme, est de ne jamais réduire Wade au rôle du méchant. Il montre qu’un bandit, même meurtrier, peut avoir des zones de lumière. Cette ambiguïté nourrit tout le suspense du film : Ben Wade finira-t-il par s’évader, manipulera-t-il Evans jusqu’au bout, ou au contraire se laissera-t-il emporter par une forme de respect envers ce fermier opiniâtre ? C’est précisément cette dualité qui rend l’attente du train si captivante. Le spectateur doute sans cesse, partagé entre la menace des complices de Wade, prêts à tout pour le délivrer, et le duel psychologique qui se joue dans la chambre d’hôtel. 

La mise en scène est d’une précision remarquable. Chaque regard, chaque silence, chaque réplique mesurée fait monter la tension. Le temps devient presque un personnage à part entière, matérialisé par la pendule qui rapproche inexorablement l’heure du train. L’hôtel devient une prison à ciel ouvert, où le fermier est autant prisonnier de son sens du devoir que le bandit de ses menottes. 

Le final, intense et magistral, reste l’un des plus beaux du western classique. Sans le révéler dans tous ses détails, il scelle la confrontation entre deux hommes que tout oppose mais que le destin rapproche. On y lit à la fois la rigueur morale d’Evans et l’étrange panache de Wade. Cette conclusion, poignante et ambivalente, illustre bien le regard de Daves : un cinéaste qui croit à la dignité humaine jusque dans les situations les plus désespérées. 

3h10 pour Yuma est bien plus qu’un simple western de série. C’est un huis clos tendu, un drame moral, une méditation sur l’honneur et la compromission. Glenn Ford y trouve l’un de ses rôles les plus surprenants, Van Heflin impose une droiture bouleversante, et Felicia Farr apporte une grâce délicate dans une scène inoubliable. L’écriture serrée, la photographie contrastée et la mise en scène d’une sobriété implacable font de ce film un classique qui n’a pas pris une ride. 

À mes yeux, c’est sans doute le plus grand film de Delmer Daves, précisément parce qu’il condense son humanisme dans une intrigue minimaliste mais universelle. Avis aux amateurs : voilà un western qui, sous ses apparences de petit drame local, atteint la grandeur des tragédies intemporelles. 

 

« J’ai le sentiment que ce film, derrière ses fusillades et ses chevaux, parle avant tout d’une rencontre improbable entre deux solitudes. C’est peut-être pour cela qu’il reste si moderne.

NOTE : 15.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION