Pages

mercredi 2 septembre 2026

10.20 - MON AVIS SUR LE FILM LE MOME DE ALAIN CORNEAU (1986)

 


Vu le film Le Môme de Alain Corneau (1986) avec Richard Anconina Ambre Michel Duchaussoy Yan Epstein Georges Montiller Thierry de Carbonnières Marc Brunet Jean Claude Adelin


On peut avoir été un grand réalisateur, notamment dans le polar, et se rater au moins une fois. C’est humain, même pour Alain Corneau. Ce qui est plus incompréhensible, c’est que quelques années auparavant il nous avait offert, excusez du peu, Police Python 357, Série Noire et Le Choix des Armes. Trois films qui prouvaient qu’il connaissait parfaitement les codes du polar, ses personnages, ses flics, ses voyous et surtout cette atmosphère poisseuse qui faisait sa marque. Peut-être que Corneau a lui aussi pensé être allé au bout du sujet, car après Le Môme, il est parti vers des univers complètement différents, et souvent avec beaucoup plus de réussite qualitative.

Et pourtant, Le Môme avait tout pour être un bon polar. Mais attention, ce n’est pas une version masculine du biopic d’Édith Piaf malgré son titre : ici, le môme est un petit flic parisien qui possède une grande qualité, celle de réussir à se mettre dans la merde tout seul. Il ne respecte ni les règles de la Police, ni celles du milieu, ce qui peut être une excellente base pour un personnage de cinéma, à condition de lui donner un peu de consistance.

Dans ses conneries, notre flic va évidemment s’amouracher de Jo, une jeune femme qu’il a connue lors d’une arrestation. Jo appartient au milieu, mais notre policier n’en a absolument rien à foutre. Il fonce, comme il fonce dans tout le reste, sans vraiment mesurer les conséquences.

Le problème, c’est que Corneau semble lui-même ne plus respecter grand-chose, notamment son personnage féminin. Ambre, qui joue Jo, est montrée sous toutes les coutures, et le mot est faible, avec une succession de scènes de nudité frontale et totale dont on cherche encore la véritable utilité dans le récit. Pour provoquer ? Pour attirer le spectateur ? Pour faire plus sulfureux ? Mystère. Cela donne surtout l’impression que Corneau confond parfois liberté de mise en scène et obligation de montrer.

Autre problème de taille : Anconina. Sympathique acteur, certes, et parfaitement à son aise dans certains registres, mais là, en flic parisien, cela ne fonctionne tout simplement pas. Anconina en policier, c’est aussi crédible que Chalamet en catcheur de MMA, vous voyez ce que je veux dire. Il n’a ni la position, ni les courses, ni le langage, ni cette façon d’occuper l’espace que l’on attend d’un flic de terrain. On sent l’acteur qui joue au policier plutôt que le policier qui est devenu acteur.

Il aurait peut-être fallu lui faire prendre quelques cours chez Olivier Marchal avant de commencer le tournage, histoire de lui expliquer qu’un flic ne se promène pas dans Paris comme s’il sortait d’une publicité pour une eau de toilette.

Et ce n’est malheureusement pas le scénario qui va sauver l’affaire. Tout est attendu, tout est prévisible, et les quelques rebondissements ne provoquent guère de surprise. On attend que les personnages fassent exactement ce qu’ils vont faire, et ils le font. Le polar devient alors une mécanique dont on connaît déjà les rouages avant même qu’elle commence à fonctionner.

Heureusement, Corneau reste Corneau lorsqu’il s’agit de filmer Paris. Il y a quelques très beaux plans nocturnes de la capitale, avec cette lumière particulière et ces rues parisiennes qui donnent au film une atmosphère que l’histoire elle-même peine à fabriquer. Et puis il y a la musique, avec Otis Redding, qui apporte une vraie présence au film et quelques beaux moments de respiration.

Mais cela ne suffit pas à sauver Le Môme. Quand on connaît le réalisateur de Police Python 357, de Série Noire et du Choix des Armes, on ne peut qu’être déçu de voir Corneau se prendre ainsi les pieds dans le tapis. Le réalisateur qui savait autrefois installer une tension, construire des personnages et faire respirer un polar semble ici chercher son film sans jamais vraiment le trouver.

Le Môme reste donc une curiosité dans la carrière d’Alain Corneau, un polar qui aurait pu être solide mais qui se contente d’aligner les clichés, un acteur sympathique mais totalement à côté de son personnage, une héroïne beaucoup trop déshabillée pour que cela paraisse encore nécessaire au récit, et quelques belles images de Paris pour nous rappeler qu’Alain Corneau savait tout de même filmer.

Comme quoi, même les grands réalisateurs peuvent parfois avoir un mauvais jour. Et celui-là, Corneau l’a malheureusement transformé en film.

NOTE : 10.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire