Vu le Film Pillion de Harry Lighton (2025) avec Harry Melling Alexander Skarsgård Brian Martin Georgina Hellier Jake Shears Kavcic Miha Zamir Meziti Paul Taillis
Si l’on s’attarde sur le pitch de Pillion, qui nous parle de domination et de soumission entre hommes, et que l’on regarde les premières images qui semblent annoncer un film plus que trash, on peut se dire que l’on va passer une soirée un peu spéciale. Comme souvent, j’ai pourtant donné sa chance au film avant de me faire une opinion, et j’ai bien fait, car derrière ce pitch qui pouvait laisser craindre un simple catalogue de pratiques BDSM, je suis tombé sur un film d’une extrême pudeur, beaucoup plus intéressant que ce que son résumé pouvait laisser penser.
Adapté du roman Box Hill d’Adam Mars-Jones, le film de Harry Lighton nous présente Colin, un jeune homme introverti, pas vraiment beau, mais avec quel regard, qui va tomber non pas sous le charme mais sous la domination de Ray, un homme plus âgé incarné par Alexander Skarsgård. Ray fait subir à Colin différentes humiliations physiques et mentales dans le cadre de jeux BDSM, mais la relation entre les deux hommes est consentie et c’est justement là que le film devient beaucoup plus intéressant que son pitch.
Au départ, on prend évidemment fait et cause pour Colin, ce garçon qui semble subir les exigences de Ray et qui accepte des situations pour le moins particulières. On pourrait donc se retrouver dans une sorte de 50 Nuances de Grey Gay, avec le beau mâle dominant d’un côté et Colin dans le rôle de la petite « pute » de Ray de l’autre. Sauf que Harry Lighton ne s’arrête pas à cette mécanique et comprend très vite que le personnage le plus important n’est pas Ray, malgré sa belle gueule et ses beaux muscles, mais Colin.
Parce que Colin est un garçon sans grande envergure, chanteur dans une chorale, dont la vie semble aussi excitante qu’une réunion de copropriété un lundi matin. Il ne cherche finalement pas tellement à exister qu’à donner à sa vie une intensité à la hauteur de son ennui. Ouvertement gay, il choisit cette relation et recherche justement ces sensations qui vont lui permettre de sortir de son quotidien.
Et petit à petit, le rapport de force se renverse. Celui que l’on croyait dominé devient presque celui qui dicte les règles à son maître provisoire, car Ray n’est finalement qu’une rencontre parmi d’autres dans la vie de Colin. Ce qui semblait être une relation de domination devient donc beaucoup plus ambigu et intéressante, puisque Colin pousse Ray à exercer sur lui cette domination qu’il recherche lui-même. Le véritable pouvoir n’est alors peut-être pas là où on pensait le trouver.
C’est cette idée qui m’a particulièrement intéressé dans le film, parce qu’elle dépasse largement le simple rapport sexuel entre deux hommes et peut même faire réfléchir, sans que le réalisateur ait besoin de sortir le panneau lumineux « attention, réflexion philosophique ». Il y a quelque chose dans cette relation qui renvoie plus largement à l’état du monde, aux rapports entre agresseurs et victimes, entre celui qui croit posséder le pouvoir et celui qui choisit finalement de lui donner ce pouvoir.
Pour son premier film, Harry Lighton montre une véritable maîtrise du temps et de l’image, sans en faire des tonnes mais sans tomber non plus dans une pudeur artificielle. Il montre ce qu’il faut montrer, assume son sujet et laisse surtout ses personnages exister. C’est assez rare pour être signalé, surtout avec un sujet pareil qui aurait très facilement pu basculer dans le film à provocation permanente.
Et pour ce type de rôle, il fallait deux acteurs capables de croire à ce qu’ils font, même si évidemment tout cela est chorégraphié et encadré. D’un côté, Alexander Skarsgård, la belle bête suédoise, qui approche des cinquante ans, des kilos de muscles et pas beaucoup de grammes de graisse, avec une beauté de Viking qui semble avoir été livrée directement depuis la Scandinavie. Ray possède donc le physique du personnage qui pourrait naturellement prendre le dessus.
Et de l’autre, Harry Melling, trente-huit ans, qui n’a évidemment pas le même physique mais qui crève l’écran comme rarement. Ce garçon, je l’avais déjà repéré dans La Ballade de Buster Scruggs, Le Diable, tout le temps et The Lost City of Z, et les aficionados de Harry Potter reconnaîtront évidemment le jeune rondouillard Dudley Dursley. Eh oui, il a bien fondu le Harry Melling !
Il nous revient ici avec une silhouette émaciée qui fait ressortir encore davantage ses yeux et surtout son talent. Son Colin n’est jamais ridicule, même lorsqu’il se retrouve dans des situations pour le moins particulières, et c’est justement parce que Melling joue le personnage avec une vraie fragilité qu’on finit par s’intéresser à ce garçon bien davantage qu’au beau Viking qui lui sert de maître.
J’ai également beaucoup aimé les scènes avec les parents de Colin, qui acceptent son coming out et reçoivent Ray chez eux. Deux mondes qui se rencontrent et qui n’ont franchement pas grand-chose en commun, ce qui donne une scène assez drôle sans avoir besoin de forcer le trait.
Au bout du compte, Pillion est une très bonne surprise, un film qui pouvait facilement être racoleur mais qui choisit finalement de parler de désir, de solitude, de domination et surtout de la manière dont chacun peut trouver sa propre façon d’exister. Harry Lighton ne juge pas ses personnages et ne cherche pas non plus à nous expliquer ce que nous devons penser de leur relation.
Je m’attendais à un film beaucoup plus trash et je découvre finalement une œuvre pudique, intelligente et surtout portée par deux acteurs qui s’engagent totalement dans leurs personnages. Harry Melling y est particulièrement impressionnant et confirme que le petit Dudley Dursley a définitivement quitté le placard de Privet Drive.
Une vraie découverte et même un coup de cœur qui vient directement entrer dans mon TOP 30 des films vus en 2026. Comme quoi, parfois, il suffit de ne pas s’arrêter au pitch pour découvrir autre chose derrière la vitrine.
NOTE : 16.30
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation et scénario : Harry Lighton
- Musique : Oliver Coates
- Photographie : Nick Morris
- Montage : Gareth C. Scales
- Décors : Francesca Massariol
- Costumes : Grace Snell
- Production : Emma Norton, Ed Guiney, Andrew Lowe et Lee Groombridge
- Sociétés de production : Element Pictures, BFI et BBC Film
- Société de distribution : Picturehouse Cinemas (Royaume-Uni), Memento (France)[2]
- Pays de production :
Royaume-Uni
DISTRIBUTION
- Alexander Skarsgård : Ray[]
- Harry Melling : Colin
- Brian Martin : Colton
- Georgina Hellier : Reese
- Kavcic Miha : Pillion
- Jake Shears : Kevin
- Zamir Mesiti : Usher
- Paul Tallis : Pillion

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire