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samedi 24 octobre 2026

18.10 - MON AVIS SUR LE FILM LES ENFANTS DU PARADIS DE MARCEL CARNE (1945)


 Vu le Film Les Enfants du Paradis de Marcel Carné (1945) avec Pierre Brasseur Arletty Jean Louis Barrault Maria Casares Marcel Herrand Pierre Renoir Jane Marken Leon Larive Robert Dhéry Paul Frankeur Jean Carmet


Film fondateur du cinéma français d'après-guerre, Les Enfants du Paradis est un chef-d'œuvre absolu que Marcel Carné a eu l'audace de mettre en scène sous l'Occupation, sur un scénario et des dialogues de Jacques Prévert, où chaque mot compte et colle aux images avec une précision remarquable. Une maestria dans la mise en scène, où chaque plan devient un morceau de cinéma, sublimé par les décors de Léon Barsacq et Alexandre Trauner , qui reconstitue le Paris du XIXe siècle et son célèbre boulevard du Crime, avec ses théâtres populaires, ses saltimbanques et ses personnages hauts en couleur.

Au milieu de cette fresque romantique et théâtrale, Jean-Louis Barrault incarne de façon magistrale le poétique et mélancolique Baptiste Deburau, mime dont le silence exprime parfois davantage que les plus beaux discours. Un Marcel Marceau d'un autre temps, dont les gestes, les regards et les expressions donnent au personnage une dimension presque irréelle. Face à lui, Pierre Brasseur est flamboyant dans le rôle de Frédérick Lemaître, comédien extraverti, ambitieux et irrésistible, dont on remarquera la ressemblance frappante avec son fils Claude Brasseur. Deux personnalités opposées, deux façons d'aimer et de vivre le théâtre, qui donnent à cette histoire une profondeur exceptionnelle.

Et puis il y a Garance, éternelle, belle et piquante, incarnée par Arletty, dont la présence illumine le film. Autour d'elle gravitent des hommes qui l'aiment chacun à leur manière, entre passion, jalousie, rêves impossibles et désillusions. Maria Casarès apporte également sa personnalité à cette distribution prestigieuse, tandis que Marcel Herrand prête ses traits à Pierre-François Lacenaire, escroc et criminel devenu personnage de théâtre, dont la présence trouble complète cette galerie de figures inoubliables.

Tous ces artistes ont donné vie à cette grande fresque, où le théâtre de rue côtoie les salons dorés du boulevard, où les saltimbanques croisent les comédiens célèbres et où les passions humaines se jouent aussi bien sur scène que dans la vie. Le boulevard du Crime a disparu, mais les grands boulevards parisiens, de la République à l'Opéra, conservent encore la mémoire de cette époque où les théâtres faisaient partie du paysage quotidien. Le Théâtre du Déjazet, où certaines scènes furent tournées, en est un témoin, et j'y ai même posé mes fesses à l'époque où il était encore un cinéma !

Ambitieux, tragique et d'une richesse inouïe, le film a aussi suscité des débats, notamment chez certains futurs représentants de la Nouvelle Vague, qui ne partageaient pas forcément l'admiration vouée au cinéma de Carné. Cela ne m'empêche pas de considérer Les Enfants du Paradis comme l'un des plus grands films du cinéma français, aux côtés des chefs-d'œuvre de Renoir et de Pagnol.

Trois heures de bonheur absolu, portées par les dialogues de Jacques Prévert, qui trouvent dans la bouche des plus grands acteurs de cette époque une résonance extraordinaire. Il se passe quelque chose à chaque plan, chaque personnage possède son existence propre, et l'ensemble compose une œuvre d'une générosité rare, où la poésie côtoie la cruauté et où le rire n'est jamais bien loin de la tragédie.

Grandiose, j'ai dit ! Avec Arletty et Maria Casarès, face à un Pierre Brasseur en Frédérick Lemaître qui ne manque ni d'ambition ni de panache, et surtout Jean-Louis Barrault, dont le Baptiste m'a profondément marqué. Une histoire tragique, certes, mais tellement de bonheur à regarder que l'on en redemande, même après trois heures passées dans ce Paris disparu.

Les Enfants du Paradis, c'est du grand cinéma, celui qui fait oublier le temps qui passe et qui vous rappelle pourquoi on aime tant le septième art.

NOTE : 18.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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