Pages

mercredi 21 octobre 2026

17.30 - MON AVIS SUR LE FILM SI VERSAILLES M'ETAIT CONTE DE SACHA GUITRY (1954)

 


Vu le Film Si Versailles m'Etait Conté de Sacha Guitry (1954) avec Sacha Guitry Jean Marais Claudette Colbert Orson Welles Jean Pierre Aumont Marie Mansart Edith Piaf Gérard Philipe Bourvil Jean Louis Barrault Pauline Carton (évidement) Micheline Presle


Plus de trois heures de petits moments de notre Histoire de France, racontés par un réalisateur unique, Sacha Guitry, dans le plus célèbre château de notre pays, le château de Versailles, avec les petites histoires de la grande Histoire, depuis sa création jusqu’à sa modernisation au fil des siècles, sans oublier ses habitants, rois, reines et petits marquis prêts à tout pour obtenir les faveurs royales, car ce qui se passe dans les chambres est parfois aussi intéressant que ce qui se décide dans les salons !


J’ai visité deux fois le château de Versailles, avec des souvenirs assez différents de ces deux expériences. La première fois, c’était au pas de charge, au milieu d’une multitude de touristes qui m’empêchaient de prendre le temps de regarder, d’admirer et de m’imprégner de ce lieu exceptionnel. On avançait avec la foule, et il fallait presque suivre le mouvement sous peine de se retrouver séparé du troupeau. Difficile, dans ces conditions, de savourer pleinement un endroit qui mérite pourtant qu’on s’y attarde.


La seconde fois, j’avais pris une chambre dans le coin, avec la chance de pouvoir profiter d’une journée sans ces fameux touristes, ce qui change absolument tout. J’ai pu découvrir le château à mon rythme, m’arrêter devant les détails, prendre le temps de regarder les jardins, les fontaines et le Petit Trianon, sans avoir l’impression de participer à une course contre la montre. Ce fut un moment magique, une véritable parenthèse, où l’on peut enfin mesurer la beauté et la démesure de ce patrimoine exceptionnel. J’aurais simplement aimé avoir Sacha Guitry à mes côtés pour me guider, avec sa voix, son humour et ses anecdotes, car je n’avais malheureusement pas ses mots pour accompagner ma visite !


C’est précisément ce que réussit ce film, en nous faisant découvrir Versailles autrement qu’à travers ses dorures, ses tableaux et ses kilomètres de galeries, puisque Guitry nous raconte aussi les hommes et les femmes qui ont façonné le lieu, habité ses appartements et participé à ses intrigues. On y retrouve les ambitions, les amours, les jalousies, les rivalités et les petits arrangements qui ont accompagné les grandes décisions politiques, car derrière la majesté des décors, les puissants restent des êtres humains avec leurs qualités, leurs défauts et leurs petites faiblesses.


L’histoire commence avec Louis XIII et se poursuit avec Louis XIV, le Roi-Soleil, qui transforme le domaine en un instrument de pouvoir et de représentation de la monarchie. Versailles devient alors bien davantage qu’une résidence royale, puisqu’il sert à contrôler la noblesse, à afficher la puissance du royaume et à imposer une certaine idée de la grandeur française. Guitry traverse ensuite les règnes et les époques, jusqu’aux bouleversements qui conduiront à la Révolution française, sans oublier les personnages qui ont marqué cette longue histoire.


Le réalisateur ne se contente pas d’aligner les dates et les événements comme dans un manuel scolaire, il préfère nous faire entrer dans les coulisses, avec cette manière si particulière de mêler la petite histoire à la grande, de raconter une anecdote avec malice avant de nous rappeler qu’elle appartient à un ensemble historique bien plus vaste. On apprend plein de petites choses, on découvre des personnages parfois oubliés et l’on se surprend à sourire devant les habitudes d’une cour où obtenir les bonnes grâces du souverain pouvait devenir une véritable occupation à plein temps.


Sacha Guitry est un conteur incomparable, dont la voix accompagne le film avec une élégance et une personnalité que personne ne pourrait lui emprunter sans risquer de faire pâle figure. Son phrasé, son ironie et son goût pour les formules donnent à cette fresque historique une saveur particulière, car il ne raconte pas seulement Versailles, il nous fait entendre sa propre vision de l’Histoire. C’est un cinéma de la parole, mais aussi un cinéma du spectacle, où les dialogues, les décors et les personnages participent à une même célébration de notre patrimoine.


Le casting est à la hauteur de cette entreprise monumentale, avec Michel Auclair, Jean Marais, Georges Marchal, Jean-Louis Barrault, Jean-Pierre Aumont, Gino Cervi et une multitude d’acteurs qui viennent incarner les figures de cette histoire mouvementée. Sacha Guitry lui-même est évidemment au rendez-vous, puisqu’il assure la narration et apparaît également à l’écran. Le film rassemble une véritable constellation de comédiens, dont les interventions donnent à cette traversée des siècles une richesse qui aurait été impossible avec une distribution ordinaire.


On croise ainsi les souverains, les courtisans et les figures historiques qui ont fait vivre Versailles, avec leurs ambitions et leurs contradictions, sans que le réalisateur perde son fil conducteur. Le château devient presque un personnage à part entière, témoin silencieux des règnes qui se succèdent, des fêtes somptueuses et des drames qui finiront par bouleverser l’ordre établi. Les murs restent debout, tandis que ceux qui se croyaient indispensables passent à leur tour dans les livres d’histoire.


Il y a aussi cette fierté française que le film réveille avec une gourmandise évidente, sans qu’il soit nécessaire de sortir le drapeau tricolore à chaque changement de règne. On regarde ces décors, ces jardins, cette architecture et cette organisation du pouvoir avec une admiration qui ne dispense pas de sourire devant les travers de ceux qui les ont occupés. Ça ira, ça ira, même si certains personnages auraient probablement préféré que la chanson ne soit jamais écrite !


Plus de trois heures pour raconter tout cela, ce n’est pas rien, mais Guitry possède suffisamment de matière et de talent pour éviter que cette longue promenade ne se transforme en visite guidée interminable. Son film donne envie de revoir les lieux, de s’intéresser aux personnages et de prolonger la découverte, ce qui est déjà une belle réussite pour une œuvre qui embrasse plusieurs siècles d’histoire.


La scène finale est tout simplement grandiose, avec cette procession de personnages qui descendent le grand escalier, réunissant symboliquement les habitants de Versailles au fil des siècles. L’effet est saisissant, car tous ces personnages semblent revenir habiter les lieux, comme si le château retrouvait soudain la mémoire de ceux qui ont fait sa grandeur, avant de disparaître dans les méandres du temps. C’est une conclusion spectaculaire, à la fois élégante et émouvante, qui donne à cette fresque une dimension presque magique.


Lorsque je repense à mes deux visites, je mesure encore davantage ce que le film apporte à la découverte du château. La première fois, la foule m’avait empêché de profiter pleinement des lieux, tandis que la seconde m’avait permis de savourer chaque instant, du Petit Trianon aux jardins et aux fontaines. Mais avec Guitry, il y a quelque chose en plus, cette voix qui nous raconte les histoires cachées derrière les pierres, les intrigues derrière les dorures et les hommes derrière les personnages officiels.


Si Versailles m’était conté est un film unique, généreux et magique, porté par un cinéaste qui savait raconter notre histoire comme personne. Une œuvre qui donne envie de retourner à Versailles, de préférence un jour sans touristes, avec suffisamment de temps devant soi et, si possible, Sacha Guitry dans les oreilles. Pour l’ego du Français que je suis, je dois reconnaître que cette promenade a de quoi satisfaire quelques fiertés nationales, sans oublier que derrière la splendeur du château se cache une histoire humaine aussi fascinante que mouvementée.

NOTE : 17.30

FICHE TECHNIQUE


  • Réalisation : Sacha Guitry
  • Scénario et dialogue : Sacha Guitry
  • Directeurs de la photographie : Pierre Montazel et Roger Dormoy (non crédité)
  • Cadreur : Louis Née, assisté de Raymond Mairesse
  • Costumes : Maggy Rouff et Alex Papin, d'après les maquettes de Monique Dunan
  • Décors : René Renoux
  • Son : Joseph de Bretagne
  • Montage : Raymond Lamy
  • Assistants réalisateur : François Gir, Gérard Renateau
  • Scripte : Francine Corteggiani
  • Musique originale : Jean Françaix
  • Musiques additionnelles : Frères Andrieu, Alexandre Artus, Albert Gossez, Marius Joseph Millot
  • Direction musicale de Marc Lanjean (éditions Ray Ventura, Claveau Pleyel)
  • Maquillage : Marcel Rey
  • Chef perruquier : Alex Archambault
  • Régisseur général : André Chabrol
  • Ensemblier : Roger Bar
  • Production : Clément Duhour (producteur exécutif), Ignace Morgenstern, Sacha Guitry
  • Sociétés de production : Cocinex, C.L.M
  • Pays de production : Drapeau de la France France
  • Éclairage des prises de vues : Son et Lumière et Luxtone
  • Enregistrement système Western Electric
  • Mixages faits aux studios de la Métro-Goldwyn-Mayer
  • Caméra de location Chevereau
  • Distribution : Cocinor
  • Laboratoire G.T.C Joinville
  • Tournage : du  au 
  • Format : Couleurs (Eastmancolor) - 35 mm - 1,37:1 - Mono
  • Genre : fresque historique
  • Durée : 165 minutes (France) ; 158 minutes (Royaume-Uni) ; 152 minutes (États-Unis, Orson Welles étant le narrateur des deux versions anglo-saxonnes)

DISTRIBUTION

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire