Vu le Film Bagdad Café de Percy Adlon (1987) avec Marianne Sägebrecht CCH Pounder Jack Palance Christine Kaufmann Darron Flag Monica Calhoun George Aguilar Apesanahkwat
Il y a des films qui ressemblent à une petite oasis au milieu d'un désert, des rencontres qui font du bien et des histoires qui vous réchauffent le cœur sans jamais avoir besoin de sortir les violons. Bagdad Café de Percy Adlon appartient à cette catégorie, avec cette particularité de vous donner envie de prendre la route, même si celle-ci vous conduit au milieu de nulle part, sous un soleil qui ne fait pas de cadeau.
Bagdad Café (1987), c'est avant tout la rencontre improbable de deux femmes que tout semble opposer, mais que la vie a placées dans une situation finalement assez semblable. D'un côté, Jasmine Münchgstettner, une touriste allemande qui vient de quitter son mari au cours d'un voyage dans le désert américain. De l'autre, Brenda, une Afro-Américaine qui tient un motel-café perdu au bord de la route, non loin de Las Vegas, et dont le quotidien ressemble à un combat permanent contre les contrariétés de l'existence. Deux femmes en pleine rupture amoureuse, deux caractères bien trempés, deux âmes un peu cabossées qui vont devoir apprendre à se reconstruire chacune à leur manière.
L'arrivée de Jasmine dans cet établissement poussiéreux ne va évidemment pas passer inaperçue, d'autant que notre Allemande débarque avec ses habitudes, sa personnalité et une manière bien particulière de s'imposer dans un environnement qui ne l'attendait absolument pas. Brenda, qui a déjà suffisamment de problèmes à régler avec sa famille et son commerce, ne voit pas forcément cette nouvelle venue d'un très bon œil. Il faut dire que la cohabitation commence plutôt mal, mais les premières impressions ne sont pas toujours les bonnes, surtout lorsqu'on prend le temps de regarder derrière les apparences.
Peu à peu, cette étrangère va trouver sa place et redonner un peu de vie à ce coin perdu, en nouant des relations avec les habitués et les personnages qui gravitent autour du motel. Elle va notamment révéler des talents inattendus, apporter une certaine fantaisie dans un univers qui en manquait sérieusement et finir par transformer ce lieu de passage en véritable lieu de rencontres. Ce qui n'était au départ qu'un établissement à moitié déserté va devenir un petit monde à part entière, où chacun semble retrouver quelque chose qu'il avait perdu en chemin.
Et pour donner vie à cette histoire, Percy Adlon a eu la chance inouïe de réunir deux artistes absolument exceptionnelles. Marianne Sägebrecht, avec son physique singulier, son regard et sa présence extraordinaire, compose une Jasmine inoubliable, sans jamais tomber dans la caricature de la bonne Allemande un peu excentrique. Face à elle, CCH Pounder est tout simplement remarquable dans le rôle de Brenda, avec cette énergie, cette autorité et cette sensibilité qui donnent une véritable épaisseur à son personnage. Leur rencontre fonctionne merveilleusement bien, avec des oppositions, des incompréhensions et des rapprochements qui donnent toute sa saveur au film.
Et comment ne pas évoquer Jack Palance, extraordinaire dans le rôle de Rudy Cox, cet artiste peintre qui apporte encore une autre couleur à cette galerie de personnages. Sa présence est un bonheur, avec ce mélange de fantaisie, de tendresse et de malice qui lui permet de composer un personnage aussi attachant qu'inattendu. Un acteur qui n'a décidément pas besoin de forcer son talent pour capter l'attention.
Mais Bagdad Café, c'est aussi une atmosphère absolument magnifique, avec ces paysages désertiques, cette poussière qui semble recouvrir les êtres et les choses, ces couleurs chaudes et cette lumière américaine qui donne au film une beauté presque irréelle. La mise en scène de Percy Adlon sait prendre son temps, laisser respirer les personnages et installer une poésie qui ne cherche jamais à se faire remarquer. On est loin des grandes démonstrations hollywoodiennes, mais quelle richesse dans cette simplicité !
Et puis il y a cette chanson, I'm Calling You, interprétée par Jevetta Steele, qui accompagne le film comme une seconde âme. Une mélodie envoûtante, presque hypnotique, qui donne une dimension supplémentaire à ces images et finit par vous rester dans la tête bien après la projection. Il y a des musiques qui accompagnent un film et d'autres qui deviennent indissociables de lui, celle-ci appartient définitivement à la seconde catégorie.
C'est un film sur la solitude, les différences, l'amitié et ces rencontres inattendues qui peuvent parfois remettre une existence sur les rails. Rien de révolutionnaire dans le propos, mais une façon tellement humaine de raconter cette histoire que l'on se laisse volontiers embarquer dans cette aventure au milieu du désert.
Bagdad Café possède ce charme rare des films qui ne cherchent pas à épater la galerie, mais qui finissent par vous toucher profondément. On s'attache à ces personnages, on sourit de leurs petites querelles, on apprécie leurs évolutions et l'on finit par avoir presque envie de pousser la porte de ce motel pour partager un café avec cette drôle de communauté.
C'est beau, c'est loin, c'est poussiéreux, parfois un peu décalé, mais qu'est-ce que c'est beau ! Et lorsque les dernières notes de Jevetta Steele vous accompagnent encore après le générique, on comprend que certaines destinations valent largement le détour, même lorsqu'elles se trouvent au milieu de nulle part.
NOTE : 13.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Percy Adlon
- Scénario : Percy Adlon, Eleonore Adlon
- Dialogues : Christopher Doherty
- Décors : Bernt Amadeus Capra, Byrnadette Di Santo, Christian Bachet
- Costumes : Regine Bätz
- Peintures : Robert Campbell
- Photographie : Bernd Heinl (de)
- Son : Heiko Hinderks
- Montage : Norbert Herzner (de)
- Musique : Bob Telson
- Production : Percy Adlon, Felix Adlon, Dietrich von Watzdorf
- Production exécutive : Eleonore Adlon
- Sociétés de production : Filmverlag der Autoren (de)(Allemagne), Pelemele Film, Hessischer Rundfunk (Allemagne), et Bayerischer Rundfunk (Allemagne)
- Sociétés de distribution : MK2 (France), Filmverlag der Autoren (en) (Allemagne)
- Pays d'origine :
Allemagne de l'Ouest,
États-Unis
DISTRIBUTION
- Marianne Sägebrecht (VF : Hélène Vallier) : Jasmine Münchgstettner
- CCH Pounder (VF : Maïk Darah) : Brenda
- Jack Palance (VF : Jean Lagache) : Rudi Cox
- Christine Kaufmann : Debby
- Monica Calhoun : Phyllis, la fille de Brenda
- Darron Flagg : Salomo, le fils de Brenda
- George Aguilar : Cahuenga, le serveur amérindien
- G. Smokey Campbell (VF : Med Hondo) : Sal
- Hans Stadlbauer (de) (VF : Edmond Bernard) : M. Münchgstettner
- Alan S. Craig : Eric, le campeur lanceur de boomerang
- Apesanahkwat (VF : Georges Atlas) : le shérif Arnie
- Ronald Lee Jarvis : Ron, un routier
- Mark Daneri : Mark, un routier
- Ray Young : Ray, un routier
- Gary Lee Davis : Gary, un routier

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire