Vu le Court-métrage Blue Jeans de Jacques Rozier (1958) avec René Ferro Francis de Peretti
Elisabeth Klar Laure Coretti Roger Migliore
Pierre Michaël (Voix du narrateur)
Avec Blue Jean de Jacques Rozier, nous voici devant un petit morceau de Nouvelle Vague qui porte assez bien son époque, mais qui risque surtout de mettre la patience du spectateur à rude épreuve. Deux jeunes loosers passent leur temps à draguer des filles avec une lourdeur qui ferait passer un représentant en aspirateurs pour un grand séducteur. Ils parlent, tentent leur chance, insistent, recommencent, et pendant ce temps-là, le cinéma semble avoir décidé de prendre des vacances.
Car le véritable problème de ce court-métrage, c'est son vide abyssal. Il ne se passe pratiquement rien, et ce qui pourrait constituer une situation comique ou une observation amusante des comportements de ces deux énergumènes tourne rapidement en rond. On attend un événement, un rebondissement, une réaction, une petite étincelle qui viendrait réveiller tout ce petit monde. Mais rien. Même pas une bonne baffe bien sentie pour remettre les deux dragueurs à leur place ! Il y aurait pourtant eu là de quoi donner un peu de relief à cette promenade dans le néant sentimental.
Le film ressemble à une sorte d'antichambre de Adieu Philippine, le long-métrage que Jacques Rozier réalisera quelques années plus tard. On y retrouve déjà cette manière de filmer les jeunes gens, leurs conversations, leurs hésitations et leurs petites aventures quotidiennes. Sauf qu'ici, la matière est bien maigre et que l'on a parfois l'impression d'assister à une répétition générale dont personne n'aurait pris la peine d'écrire la suite.
On pourra toujours invoquer la spontanéité, le naturel, l'improvisation et cette fameuse liberté de ton chère à la Nouvelle Vague. Mais encore faut-il que cette liberté débouche sur quelque chose. Filmer le vide peut être un parti pris artistique, encore faut-il savoir lui donner une consistance. Ici, les personnages brassent de l'air, les situations piétinent et le spectateur finit par regarder sa montre avec davantage d'intérêt que les exploits de nos deux champions de la drague.
Voilà donc un court-métrage qui résume assez bien ce que je peux reprocher à une certaine Nouvelle Vague : beaucoup de bavardages, des personnages qui se cherchent et un scénario qui semble avoir oublié de venir au rendez-vous. La Nouvelle Vague, finalement, c'est comme la mer : il y a le flux et le reflux. Avec Blue Jean, on attend encore la vague.

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